Avant l’avènement et le couronnement de Marco Odermatt l’hiver dernier, les seuls et uniques vainqueurs de Globe de cristal masculin helvétiques depuis Didier Cuche en 2011 avaient pour nom Beat Feuz et Mauro Caviezel. Le Bernois s’était imposé comme le meilleur descendeur au monde ces dernières années, tandis que son compère grison avait intégré la crème des spécialistes de vitesse, notamment en super-G. Mais coup sur coup ces dernières semaines, les deux hommes ont annoncé leur retraite. Et à Wengen, tout le monde se souvient de l’arrêt de Carlo Janka il y a exactement un an.
Un réservoir immense
De quoi s’inquiéter pour la vitesse helvétique? Absolument pas! Le phénomène Marco Odermatt est en train d’enchaîner les records. Surtout, il emmène dans son sillage tout une équipe, prête à prendre ses responsabilités. Stefan Rogentin, excellent 2e ce vendredi du super-G de Wengen, Niels Hintermann, Loïc Meillard, Gino Caviezel et le malheureux Urs Kryenbühl sont déjà montés sur le podium en vitesse. Justin Murisier et Gilles Roulin n’en sont pas passés loin. Et les plus jeunes, emmenés par le prodige Alexis Monney, enchaînent les podiums en Coupe d’Europe.
Ce vendredi, dans l’Oberland bernois, pas moins de 7 Suisses ont intégré le top 15. Une performance réalisée une seule fois au cours des 20 dernières années, déjà sur le Lauberhorn, en 2015. « J’espère que la relève est prête, sourit Beat Feuz. C’est en tout cas une chance aussi pour les générations futures lorsqu’un vieux renard comme moi disparaît. Il n’y a pas que du négatif mais il y a également plein de positif à retirer de cette situation. En tout cas, les performances semblent suivre pour le moment. »
Des responsabilités à prendre
Son successeur naturel Marco Odermatt abonde. « C’est une belle histoire. Deux très grands athlètes arrêtent, mais d’autres arrivent. » Le Nidwaldien, leader évident de l’équipe de Suisse, ne recule pas devant les responsabilités. « Nous, les plus jeunes, on a de nouveaux rôles, c’est certain. À nous de faire le nécessaire pour boucler la boucle. »
Stefan Rogentin, qui est monté sur son premier podium de Coupe du monde ce vendredi, semble lui aussi libéré. « Ça va être spécial sans Mauro, Beat et Janks, avoue le Grison. On perd des athlètes avec une énorme connaissance du ski. Mais c’est le sport et les rôles évoluent. » Le skieur de 28 ans se réjouit de l’esprit qui anime le groupe helvétique. « Il y a une super dynamique, tout le monde est capable de faire de bons résultats. »
Les cartes rebattues
Cette vague de retraite va également libérer des places de départ au sein de l’équipe de Suisse, qui peut aligner huit skieurs dans chaque discipline (hors places nominatives glanées en Coupe d’Europe). Avant d’autre jeunes, notamment romands, Alexis Monney devrait être le premier à en bénéficier, étant désormais constamment aligné parmi l’élite. « L’arrêt de Beat est tout de même un sacré changement, relève le Fribourgeois, très respectueux pour son aîné. Il était en quelque sorte le chef de groupe et prenait beaucoup de place. Ça peut faire du bien, donner de nouvelles responsabilités. »
Et s’il fallait soulever un bémol à la situation actuelle, c’est peut-être la densité de l’équipe. « Il ne faut pas oublier qu’il n’y a que quatre places pour les Championnats du monde, rappelle Justin Murisier. J’espère que ça va tourner dans mon sens prochainement. » Actuellement, le Valaisan est 5e Suisse (15e total) de la Coupe du monde de super-G derrière Marco Odermatt (1er), Stefan Rogentin (4e), Gino Caviezel (6e) et Loïc Meillard (9e). Il occupe également le rang officieux de 5e Suisse « qualifiable » pour les Mondiaux en descente (Beat Feuz et Urs Kryenbühl le précèdent mais n’iront pas à Courchevel).
Laurent Morel, Wengen