Si la tenue des Jeux olympiques à Salt Lake City en 2034 ne faisait plus guère de doute depuis plusieurs semaines tant le dossier était proche de la perfection, les responsables américains auraient certainement préféré pouvoir fêter leur victoire sans avoir à traiter de politique, en se retrouver coincés au centre d’un conflit entre le CIO et les États-Unis. C’est pourtant bien les demandes lourdes de l’instance lausannoise qui ont suscité le plus de questions lors de la conférence de presse de Salt Lake 2034 quelques heures après leur élection en tant qu’hôte de leurs deuxième Jeux olympiques d’hiver après ceux, réussis, de 2002.

Le CIO met la pression

En cause donc, une demande émanant du CIO aux futurs organisateurs de confirmer qu’ils s’engageaient à pleinement respecter le code mondial antidopage mise en place par l’Agence mondiale. Dans une communiqué, le CIO précise avoir se dit prêt à « résilier le contrat hôte olympique dans les cas où ‘l’autorité suprême de l’Agence mondiale antidopage dans la lutte contre le dopage ne serait pas pleinement respectée ou si l’application du code mondial antidopage était entravée ou compromise’. »

Quelque peu contraints et forcés, l’état et le comité olympique américains ont donc souscrit à cette mesure renforcée. Le différent date de ce printemps. La chaîne allemande ARD et le New York Times ont révélé que 23 nageurs chinois ont été contrôlés positifs à la trimétazidine (une substance qui améliore la circulation sanguine) en 2021, juste avant les Jeux olympiques de Tokyo sans être inquiétés en prônant la contamination alimentaire. Certains d’entre-eux ont pu aller au Japon et y gagner des médailles.

Salut Lake City calme le jeu

La décision de les blanchir n’a pas du tout plu aux Américains. L’agence antidopage américaine (USADA) a demandé une enquête externe et c’est carrément le gouvernement des États-Unis qui a ouvert une enquête fédérale, en vertu de la loi Rodchenkov, votée en 2020, qui permet désormais aux US de poursuivre n’importe que athlète, quelle que soit sa nationalité, impliqué dans un scandale international de dopage.

Si l’AMA a très probablement commis des erreurs (volontairement ou pas) dans cette affaire, le CIO a donc tenu à réaffirmer son soutien à son agence. Histoire de rappeler que c’est lui qui décide et pas les Américains. Du côté du comité de candidature, on a surtout tenu à calmer les esprits. « On veut tous éliminer le dopage du sport de compétition, alors travaillons ensemble », a notamment lâché Spencer Cox, gouverneur républicain de l’Utah. « Ça nous est tombé dessus même si ce n’était pas directement notre problème », a ajouté Fraser Bullock, président du comité de candidature. On doit faire en sorte que tout le monde se sente en sécurité en venant chez nous. » Et donc pas sous la menace des autorités américaines après avoir été blanchi, par exemple.

Les menaces du CIO n’ont toutefois pas du tout plus à Travis Tygart, charismatique patron de l’USADA. Le dirigeant a trouvé « choquante » la manière d’agir de l’instance internationale.

Laurent Morel, Paris