C’est un nouveau pas en avant vers une troisième édition des Jeux olympiques en Suisse. Après les éditions hivernales de Saint-Moritz en 1928 et 1948, un nouveau projet pourrait bien se concrétiser dès 2030. C’est en tout cas le souhait de Swiss Olympic, soutenu par les fédérations olympiques helvétiques des sports de neige et de glace. Et ce mercredi, tout ce beau monde s’est réjoui à l’heure de présenter l’étude de faisabilité du projet.
Car les résultats sont positifs. « La Suisse dispose du potentiel, des connaissances et du soutien de la population pour organiser des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver selon un nouveau concept à partir de 2030 », s’est ainsi félicité la faîtière du sport suisse. Concrètement, il s’agirait d’épreuves décentralisées, disputées sur des installations existantes dans les quatre régions linguistiques du pays. Désormais, le sort du concept est dans les mains du Parlement du sport suisse, qui doit donner son aval le 24 novembre pour aller de l’avant.
Des jeux plus « durables »
Swiss Olympic se réjouit particulièrement du fait que l’étude « montre que la vision Switzerland 203x – et donc de Jeux adaptés à la Suisse – est réalisable ». Avec le soutien du Parlement du sport, qui regroupe l’ensemble des fédérations du pays, l’instance entend ensuite entamer la phase de dialogue avec le CIO. Désormais, il ne s’agit plus de candidatures comme c’était le cas par le passé, mais bien de discussions qui aboutissent à la désignation d’un projet. Pour la Suisse, l’idée est de se présenter pour 2030, voire 2034 ou 2038. La France et la Suède visent elles aussi 2030, tandis que Salt Lake City (USA) est la grande favorite pour 2034.
Président de Swiss-Ski et membre du comité de pilotage, Urs Lehmann a tenu à préciser les forces de la « candidature » helvétique. « La Suisse a la chance de disposer déjà de pratiquement toutes les infrastructures nécessaires, des installations sportives au réseau de transport, en passant par les hébergements. Saisissons cette chance! Et faisons des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver non seulement un événement sportif inoubliable, mais aussi un programme d’impulsion durable pour la Suisse et le sport suisse. » Le délai est « court », mais « c’est aussi une chance pour nous car nous sommes probablement plus prêts que nos concurrents ».
Un budget de 1,5 milliard de francs
Contrairement à ce qui se faisait jusqu’à aujourd’hui lorsque des villes ou des régions se présentaient, le CIO autorise désormais des pays entiers à candidater pour l’accueil de Jeux olympiques. C’est ce qui a mis la puce à l’oreille aux dirigeants du projet, qui rappellent que la Suisse accueillera les Championnats du monde de 9 ou 10 des 14 sports olympiques d’ici 2027. De quoi se baser sur de nombreux installations existantes et sur un savoir-faire certain, le tout en limitant largement un budget évalué à 1,5 millard de francs, qui doit être totalement compensé par les recettes de ces Jeux. La Confédération et les Cantons seraient sollicités pour une participation financière totale de 100 millions de francs, ainsi que pour des investissements dans les domaines de la sécurité et de l’héritage. Les discussions avec les différents groupes politiques vont être entamées « rapidement ».
Afin d’éviter les camouflets des dernières candidatures helvétiques, qu’elles soient grisonnes ou valaisannes et qui ont souvent été mis à l’arrêt par la population, un sondage a été commandé par Swiss Olympic. Deux tiers des personnes interrogées ont indiqué qu’elle étaient favorables à l’idée. Reste à espérer qu’un ou plusieurs référendums ne vienne pas mettre un terme prématuré au projet. « La bonne nouvelle, c’est que si un canton refuse, nous avons passablement de solutions de repli (ndlr: se passer du soutien du Canton ou changer de site), c’est quelque chose de nouveau », s’est réjoui Urs Lehmann. Toujours est-il que dans cette mouture du projet, les investissements des Cantons et de la Confédération sont suffisamment légers pour qu’il soit impossible de lancer un référendum.
Lausanne, Crans-Montana, Morgins et Fribourg dans les sites
En ce qui concerne le plan provisoire des sites des cérémonies et des compétitions, la Suisse romande accueillerait la cérémonie d’ouverture, le patinage artistique et le short track (Lausanne), le ski alpin (Crans-Montana), le ski alpinisme (Morgins) ainsi qu’une partie du tournoi de hockey sur glace masculin (Fribourg). Il faut dire que le succès rencontré par les Jeux olympiques de la Jeunesse de Lausanne en 2020 est souvent mis en avant à l’heure de se positionner. Enfin, le patinage de vitesse, pour lequel la Suisse ne dispose pas d’infrastructures adaptées, pourrait se dérouler en Italie, en Allemagne ou aux Pays-Bas.
Laurent Morel