Le Valaisan a écrit une nouvelle page de l’histoire du ski suisse en devenant champion olympique de slalom à Bormio. Il pourra fêter sa médaille d’or avec sa famille, puisqu’avec sa compagne Zoé Chastan, ils attendent un heureux événement. Réaction.
Les larmes ont coulé sur les joues de Loïc Meillard. Au moment de fêter son titre olympique, qui couronne une carrière sensationnelle pour celui qui restera à coup sûr l’un des meilleurs skieurs de l’histoire, l’émotion était extrêmement forte dans l’aire d’arrivée. Un an après son titre mondial, déjà en slalom, le génie d’Hérémence a remporté l’or olympique à Bormio. Tout simplement grandiose. Il faut remonter à 1948 pour trouver un champion olympique helvétique en slalom. Il s’agissait alors d’Edi Reinalter.
Le vide est donc comblé. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, le secret de polichinelle qui existait depuis plusieurs semaines n’en est plus un. Avec sa compagne Zoé Chastan, responsable de la communication de l’équipe de Suisse masculine de ski alpin, Loïc Meillard attend un heureux événement pour l’été prochain. De quoi rendre la fête qui s’annonce encore plus belle.
Loïc Meillard, vous venez de remporter l’or et avez réussi des Jeux olympiques monumentaux. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
C’est incroyable! Avoir les trois médailles en trois courses, c’était l’objectif, et réussir à conclure avec l’or, c’est juste exceptionnel. Il y avait tellement d’émotions au moment où j’ai compris que je devenais champion olympique, après la sortie de piste d’Atle Lie McGrath, que c’est difficile d’expliquer exactement ce qui m’est passé par la tête. C’était vraiment un moment à part.
Comment avez-vous vécu cette course, notamment avec des conditions compliquées?
Les deux manches étaient difficiles. C’étaient des manches très techniques, où les erreurs pouvaient vite arriver. Sur une piste comme celle-ci, on n’a pas le droit à beaucoup de fautes, il faut toujours travailler. En deuxième manche, je savais que j’avais entre cinq dixièmes à rattraper, donc il fallait tout donner.
Champion du monde l’an dernier, champion olympique aujourd’hui: où placez-vous ce titre?
Je dis toujours que chaque nouveau titre, chaque nouvelle médaille, devient le plus beau jour sur le moment. Jusqu’au prochain. J’en profite au maximum, je savoure les émotions et tout ce que l’on vit aujourd’hui. Ce sont ces moments qui restent les meilleurs souvenirs.
Qu’avez-vous ressenti en franchissant la ligne d’arrivée?
Quand j’ai vu du vert et le meilleur temps de la manche, j’ai su que j’avais fait ma part du travail. Après, le meilleur devait gagner. C’est ce qui compte le plus.
C’est votre troisième médaille lors de ces Jeux. Vous allez enfin pouvoir célébrer ?
Heureusement qu’il n’y a plus de course, parce que je ne pense pas que j’aurais encore la forme. C’est fatigant, c’est intense d’être sur le podium. On est tous les jours sollicités, il y a beaucoup d’attentes, beaucoup de pression que l’on se met soi-même. Je suis content que ce soit terminé, et je vais pouvoir en profiter.
Aujourd’hui, on a l’impression que vous avez su parfaitement gérer une piste pourtant piégeuse. Comment analysez-vous votre performance?
C’était une piste facile mais difficile à skier correctement. En première manche, je savais qu’il y avait deux ou trois choses qui n’avaient pas bien fonctionné sur le bas. Heureusement, j’ai réussi à corriger cela pour la deuxième manche, et ça a payé.
Fin novembre, vous étiez dans une période compliquée avec des résultats qui ne suivaient pas. Comment expliquez-vous ce retour au sommet?
Il ne faut jamais abandonner. Quand on a des objectifs comme les Jeux olympiques en ligne de mire et qu’on connaît le chemin à parcourir pour y arriver, il faut continuer à y croire, continuer à travailler dur chaque jour et trouver des solutions. C’est ce que l’on a fait tout l’hiver. On a progressé petit à petit, et cela nous a permis d’arriver ici en pleine forme.
Votre coéquipier Tanguy Nef vous décrit comme un modèle et une source d’inspiration. Qu’est-ce que cela vous inspire?
S’il me voit ainsi et que je peux tirer mes coéquipiers vers le haut, cela me fait très plaisir. Tanguy a produit une manche exceptionnelle en combiné, et j’espère que l’on pourra partager encore beaucoup de succès ensemble. Le travail que chacun fournit finit par payer, et c’est important que tout le monde puisse en profiter.
Vous êtes en train d’écrire une page importante de l’histoire du ski suisse. En avez-vous conscience?
Ces dernières années, ce qui se passe lors des grands événements est exceptionnel. On arrive avec des attentes, avec beaucoup de pression, et réussir à chaque fois à répondre présent et à montrer son meilleur ski me rend extrêmement heureux. C’est aussi une grande source de motivation pour la suite.
Cette année sera aussi marquée par un heureux événement dans votre vie personnelle… Vous saurez à qui offrir les mascottes que vous avez reçues sur le podium.
Oui, c’est une magnifique nouvelle. Cela montre qu’il y a aussi une vie à côté du ski. On s’en réjouit énormément et on profite pleinement de ces moments.
La paternité qui arrive va-t-elle changer votre approche en tant qu’athlète de haut niveau?
Il n’y a pas de questionnement particulier. Cela viendra naturellement. On trouvera les solutions en temps voulu et on profitera du chemin à parcourir.
On a l’impression que rien ne peut vous atteindre mentalement. D’où vient cette sérénité, cette fraîcheur?
Elle vient de la confiance en ce que je fais. Je sais que je donne le maximum chaque jour, que je me pousse à la limite et que je trouve des solutions quand ça ne va pas. Je n’ai aucun regret au départ, et je sais que je peux m’exprimer au maximum. C’est ce qui me donne cette confiance.
Qu’est-ce qui vous motive encore, après de tels succès?
La beauté du ski, c’est que l’on n’est jamais à sa limite. On peut toujours faire mieux, skier un peu plus vite, un peu plus juste. C’est ce qui me motive: me surpasser chaque jour, progresser encore, et garder cette faim et cette envie d’aller plus loin.
Vous avez une solide équipe autour de vous. C’est aussi la victoire de votre entourage?
Oui, clairement! Tout le monde travaille dur. Quand ça ne va pas, ils sont aussi affectés et je pense qu’ils aimeraient parfois mettre les skis à ma place pour que ça aille mieux. Réussir ensemble et obtenir ces résultats rend toute l’équipe fière. On ne peut que leur dire un immense merci.
Savez-vous déjà comment vous allez célébrer ce titre?
Ce n’est pas encore décidé. On verra ce qu’il y a, mais on va profiter, c’est sûr.
Laurent Morel, Bormio
