La joie du titre olympique de Loïc Meillard était communicative au sein de l’équipe de Suisse. Que ce soit ses coaches Thierry Meynet et Julien Vuignier, ou son coéquipier Tanguy Nef, tous saluent la prestation de choix délivrée par le nouveau médaillé d’or du slalom.
L’image est totalement folle. Au moment où Atle Lie McGrath, dernier athlète à s’élancer pour décrocher l’or du slalom, enfourche, puis jette ses bâtons par-dessus les filets de protection, en arrière-plan, Thierry Meynet exulte de bonheur en tombant dans les bras de son homologue autrichien. Le coach tricolore des slalomeurs helvétiques peut se laisser aller, son protégé Loïc Meillard vient d’être sacré champion olympique, une année après avoir été champion du monde. Comme son poulain, il laisse couler quelques perles sur ses joues. « J’ai attendu longtemps, en tant qu’entraîneur, pour vivre ça. Les émotions, elles n’ont pas besoin de grands discours. Il n’y a pas de mots », savoure le Zermattois d’adoption. « Je suis tellement fier de l’homme, de l’équipe, du comportement, de l’état d’esprit depuis le début de ces Jeux. »
Ce n’est pas Tanguy Nef qui va dire le contraire. Le Genevois, 6e du slalom du jour, a aussi lâché une petite larme au moment du sacre de celui qui a l’habitude de partager sa chambre durant les stages d’été. « Il a offert un show magnifique, son titre est amplement mérité », lance le médaillé d’or du combiné par équipes. « C’est vraiment une inspiration. J’ai de la chance que ce soit mon coéquipier. Il peut paraître parfois mécanique aux interviews, mais c’est davantage une carapace. C’et un super gars, qui est émotionnellement très sensible. »
« Relâché comme jamais »
Les images du nouveau champion olympique des virages courts, qui va rentrer avec trois médailles de Bormio, le confirment. Rarement, il n’a été aussi expressif qu’après avoir réalisé une prestation folle sur la seconde manche. Les poings serrés, le cri rageur au bas de la Stelvio, une véritable libération pour le skieur d’Hérémence, qui a su assembler toutes les pièces du puzzle pour proposer un ski stratosphérique. « On savait que c’était un tracé pour Loïc », analyse Julien Vuignier, autre coach de l’équipe de Suisse, qui a la particularité de suivre le plus souvent l’athlète hérensard. « Je l’ai vu relâché comme jamais entre les deux parcours. Il était prêt, toutes les choses étaient en place, il n’avait plus qu’à laisser aller les skis. Il s’est élancé en pleine confiance et il a sorti une énorme seconde manche. »
De l’aveu du coach d’Évolène, Loïc Meillard a abordé ce slalom en pleine confiance, libéré déjà d’un poids après le bronze « chanceux » récolté il y a une semaine lors du combiné par équipes avec Marco Odermatt. « Après, tout s’enchaîne. Quand la roue commence à tourner, elle tourne véritablement », poursuit Julien Vuignier qui place Loïc Meillard « comme l’athlète le plus fort du monde mentalement ».
Sans s’affoler malgré un début d’hiver mitigé
Jamais le Valaisan ne s’est affolé. Même lorsqu’il ne pouvait s’entraîner durant l’été à cause de problèmes dorsaux, ni lorsqu’il ne trouvait pas les clés pour jouer les premiers rôles lors des premières sorties de la saison, où il skiait loin de ses standards, alors même qu’il se disait impatient. Le premier déclic est intervenu en France, mi-décembre, lorsqu’il remportait le géant de Val d’Isère, avant de terminer 2e du slalom. Depuis, trois autres podiums en Coupe du monde, dont une victoire sur le géant nocturne de Schladming juste avant les Jeux, complètent son excellent bilan. « Il savait qu’il avait les capacités. Il fallait juste trouver la patience, les clés, faire des manches d’entraînement, accumuler des kilomètres pour retrouver son ski », assure toujours Julien Vuignier. « Depuis qu’il n’a plus vraiment d’objectif de Globe cette saison, il est au-dessus de tout. » Et pour le mettre dans les meilleures conditions, les coaches helvétiques avaient simulé la déclivité inédite du bas de la Stelvio, en trouvant des pistes d’entraînement similaires.
Le pari est gagnant pour Loïc Meillard qui devient seulement le deuxième slalomeur à être sacré champion olympique une année après avoir été couronné champion du monde, après Benjamin Raich, titré à… Bormio en 2005, puis à Turin en 2006. De quoi offrir une dernière belle occasion de fêter à toute l’équipe de Suisse. « On termine avec quatre titres en cinq courses. On va clairement profiter », sourit Thierry Meynet.
Johan Tachet/LMO
