Robin Briguet a pris la décision d’arrêter le halfpipe de compétition à 26 ans, après une décennie sur le circuit. Le choix du Valaisan, qui a participé à trois Jeux olympiques, a été motivé par sa non-sélection dans les cadres de Swiss-Ski.

À 26 ans, il n’imaginait sans doute pas refermer ce chapitre aussi tôt. Et pourtant, Robin Briguet a décidé de mettre un terme à sa carrière, contraint par une accumulation de blessures et un système de sélection devenu trop exigeant. « Je n’a pas pu remplir les critères pour rester dans les cadres A et cela a motivé ma décision d’arrêter », regrette le spécialiste de halfpipe qui aurait dû réaliser deux top 10 ou un top 8 cet hiver. « C’est dommage d’avoir des critères de sélection aussi compliqués après avoir connu une blessure. »

Le Valaisan, meilleur skieur suisse dans sa discipline, a souvent joué de malchance ces dernières années. En décembre 2024, il se blesse gravement au genou gauche à Copper Mountain, là même où il lui était arrivé pareille mésaventure trois ans plus tôt. Il se fait opérer un mois plus tard, avant de repasser sur la table en juin dernier, pour soigner une épaule récalcitrante, avec le but de mettre toutes les chances de son côté pour participer une troisième fois aux Jeux olympiques. Sa préparation est alors chamboulée. «J’ai repoussé au maximum. Je n’ai eu que deux semaines d’entraînement en halfpipe en Autriche en novembre», explique-t-il. Insuffisant pour retrouver pleinement ses sensations avant l’enchaînement de quatre épreuves de Coupe du monde en fin d’année. « Le but était de me remettre en confiance, sans attente de résultat. » Avec l’objectif uniquement de réaliser les minima olympiques.

Le plaisir des Jeux, puis all-in à Silvaplana

Chose faite, puisqu’il s’est qualifié et a eu la chance d’évoluer devant sa famille et ses potes à Livigno, pour l’un des moments marquants de sa carrière, réussissant à réaliser un run plein, pour une 18e place finale, une année seulement après son grave accident aux États-Unis. Peu à peu, les choses se son améliorées, mais le retard est là. Et la pression aussi. Car, après les Jeux, il ne restait plus qu’une compétition à Silvaplana, avec des critères de sélection qui n’ont pas bougé. Et il ressent naturellement le poids sur ses spatules. «Ça m’a mis un coup de pression énorme. Je devais réussir à 100%. Soit tu poses, soit ça devient très compliqué.»

Le jour J, tout se joue à peu de choses. «Je chute sur mon premier run. Franchement, il ne me manquait rien. Ça aurait pu passer.» Mais le résultat n’est pas là et les portes des cadres nationaux se referment. Ni les performances des saisons précédentes, ni l’appui de Greg Tuscher, l’entraîneur de l’équipe helvétique de freeski, n’ont pu convaincre les patrons du ski freestyle suisse de conserver le rider de Lens dans les cadres. « Je savais que Swiss-Ski avait une vision future différente et que cela n’allait pas changer. J’ai pris le temps de la réflexion, pour décider désormais que c’était le bon moment pour arrêter. »

Une nouvelle vie sans quitter la neige

La déception est naturellement présente. « J’avais encore la motivation de m’améliorer, je me voyais aller plus loin. » Mais en parallèle, de nouvelles portes professionnelles se sont ouvertes au golf de Crans-sur-Sierre où il travaille tous les étés depuis plusieurs années. « J’ai des opportunités avec plus de responsabilités. » Mais au moment de regarder en arrière, sur une belle carrière de près d’une décennie, Robin Briguet se montre fier du parcours accompli. « Je suis content de tout ce que j’ai pu vivre. Le ski m’a fait grandir pendant près de dix ans. » Le bilan est même solide, avec la participation à trois Jeux olympiques et trois Championnats du monde, complétée avec un podium en Coupe du monde à Secret Garden en 2017 et surtout la fierté d’avoir toujours su rebondir malgré les pépins physiques. «J’ai souvent eu des problèmes avant les grandes échéances, mais j’ai toujours réussi à me qualifier. Ça montre que la persévérance paie.»

Le sport de haut niveau va lui manquer, forcément. «Se dépasser, repousser ses limites, ça m’a toujours donné un but.» Mais Robin Briguet ne compte pas tourner le dos à la montagne pour autant. Il va entamer une formation pour obtenir sa patente et devenir entraîneur, avec l’envie de transmettre son expérience. Et surtout, il veut retrouver une certaine liberté. «En fin de saison, ça faisait longtemps que je n’avais plus simplement profité de rider avec les potes dans un park.» Le Lensard entend profiter de ces petits plaisirs. «Je vais continuer à aller dans les parks, repousser mes limites. J’ai encore les figures dans la tête», sourit-il. Peut-être même quelques doubles, «histoire de ne pas perdre la main».

Johan Tachet