Cela fait maintenant plus de 10 ans que Jan Schmid n’est plus un combiné suisse. Après un accord entre les fédérations suisse et norvégienne de quelques dizaines de milliers de francs, l’athlète de Trondheim avait été autorisé à courir sous les couleurs scandinaves. Et alors que le combiné nordique helvétique est au plus mal, avec un seul concurrent au plus haut niveau (Tim Hug) et une relève qui se fait attendre, le Norvégien vit sa plus belle saison.

S’il s’est manqué lors de l’épreuve au petit tremplin dans des conditions compliquées (vent) en terminant seulement 25e, Jan Schmid a l’occasion de se reprendre ce mardi sur l’imposante rampe d’Alpensia pour l’épreuve-reine. Il partira parmi les grands favoris. En effet, le Norvégien de 34 ans a longtemps occupé la tête de la Coupe du monde cet hiver, avant de la céder juste avant les Jeux olympiques au Japonais Akito Watabe. Le Globe de cristal se jouera par ailleurs entre les deux hommes.

Une question de confiance

“Je me sens en meilleure forme que les dernières années, assure le vice-champion du monde sur le petit tremplin en 2009. Ça se passe mieux que par le passé à l’entraînement où je mets passablement l’accent sur le ski de fond.” Mais surtout, Jan Schmid profite de ses excellents résultats pour surfer sur la vague du succès. Il compte déjà 7 podiums individuels cette saison en Coupe du monde, dont 3 victoires, contre un total de 21 podiums et 2 succès au cours de sa carrière. “En combiné, la confiance joue un rôle primordiale, précise-t-il. Quand elle là depuis le début de la saison, ça change tout. Surtout en saut à skis. Ça peut faire des différences de 20 mètres! C’est ce qui fait qu’on se retrouve 1er ou 15e.”

Cependant, le natif de Trondheim ne se met pas de pression particulière. “Les Jeux, c’est clair que ça reste un événement un peu différent des autres et j’espère que ça va bien se passer pour moi, expliquait-il quelques semaines plus tôt. Il faut être prêt le jour-J. Pour moi, ma saison ne serait pas ratée si je me plantait lors des Jeux. Je sais que ça peut arriver.”

Une médaille norvégienne avec une petite part de Suisse

Mais s’il réussissait à aller chercher une première médaille olympique, Jan Schmid serait fier de la ramener au pays. En Norvège, donc, après avoir pourtant participé aux Jeux sous les couleurs helvétiques en 2002 et 2006 (7e puis 4e de l’épreuve par équipes). “J’ai décidé d’aller courir sous les couleurs norvégiennes car c’est mon pays, avoue le sympathique trentenaire. J’y ai toujours vécu. Par ailleurs, le combiné nordique devenait de plus en plus anonyme en Suisse.”

Pourtant, ce combiné au caractère très suisse (plutôt réservé, il n’étale pas sa vie sur les réseaux sociaux) ne cherche pas à renier ses origines. Car s’il a toujours vécu en Norvège, ses deux parents sont bien Suisses. “Si je gagne une médaille, je la partagerai volontiers un petit peu avec la Suisse, sourit-il. Il n’y aura pas de souci.” D’ailleurs, cette histoire de drapeau ne le tracasse pas plus que ça: “Les Jeux olympiques sont les Jeux olympiques, que je sois Suisse ou Norvégien. Je ne suis pas plus l’un que l’autre. Actuellement, je suis plus proche de la Norvège, j’y ai plus d’attaches. Tout est plus facile au niveau de l’organisation.”

Des attaches indéniables avec la Suisse

C’est là que le bât blesse. Car lorsqu’on évoque avec lui la situation du combiné nordique en Suisse, le sourire disparaît de son visage. “C’est dommage, vraiment, regrette-t-il. Lorsque je fais partie des structures, on avait vraiment une belle équipe. Tim (ndlr: Hug) s’entraîne parfois avec nous l’été. Mais l’hiver, il est seul. C’est triste pour un pays avec des montagnes et de la neige et où il y a eu un champion olympique (Hippolyt Kempf, en 1988).” Désormais, Jan Schmid espère que Swiss Ski se concentre sur la relève dans la discipline.

En attendant, le champion norvégien envisage de mettre un terme à sa carrière en fin de saison. Histoire peut-être de se consacrer à l’éducation, alors qu’il a étudié la pédagogie. A noter encore que cet amateur de course d’orientation se rend souvent en Suisse durant l’été pour pratiquer sa passion. Il s’agit d’ailleurs d’une véritable obsession familiale puisque les Schmid n’ont jamais cessé de pratiquer ce sport très couru en Suisse. Sa mère a notamment décroché des titres par le passé, avant désormais d’occuper des fonctions dirigeantes au sein de la fédération norvégienne de… combiné nordique. On se rappellera également que le petit frère de Jan, Tommy, avait également participé à des épreuves de Coupe du monde et aux Jeux olympiques en 2010, sous les couleurs de la Suisse.

Laurent Morel, PyeongChang