Contre toute attente, ça va plutôt bien pour l’Autriche aux Championnats du monde de ski alpin avec quatre médailles en trois courses. Mais pourquoi si peu d’émotions de la part de deux médaillés? Pourquoi une star du ski se lance-t-elle dans le reggae? Et qui est ce mystérieux sponsor qui s’affiche partout à Méribel? Toutes les réponses dans ce numéro de Servus Österreich.

Manuel Feller est déjà une rockstar du ski. Maintenant il se met officiellement à la musique! Le skieur autrichien a sorti lundi un single intitulé “Frau Holle”, ce qui peut se traduire par “Mère Hiver”. Un mélange de Schlager et de reggae, ça parle de neige, de ski, de sorties dans la poudreuse avec les copains et de “winter vibes”. Manuel Feller y chante et rappe en dialect autrichien. Le single peut se trouver sur iTunes et Spotify.

L’Autrichien enchante ses fans depuis longtemps avec ses créations musicales, souvent filmées dans sa voiture, qu’il poste sur les réseaux sociaux. Ces vidéos ont connu un énorme succès, au point où Manuel Feller a même collaboré avec le chanteur jamaïcain Anthony B pendant la pandémie. Des parents lui ont aussi envoyé des vidéos de leurs enfants chantant ses chansons et demandant où on pouvait les télécharger, selon le skieur. D’où l’idée de ce single qu’il a enregistré en juste trois jours avec une maison de production locale.

Le slalomeur, qui répète à qui veut entendre qu’il ne sait pas vraiment chanter, est depuis longtemps un fan de reggae. “On est beaucoup en voiture, et plutôt que d’écouter la radio ou des playlists, je joue des rythmes et des beats et je chante ou je rappe sur n’importe quel thème qui me vient à l’esprit”, a-t-il confié à la Kleine Zeitung. La musique reste un hobby, Manuel Feller n’est pas prêt à ranger ses skis. Mais qu’il fasse une médaille à Méribel ou pas, on prédit que son single sera le prochain tube d’après-ski!


ZG-quoi??

Les fans de ski ont certainement remarqué l’énorme portillon de départ jaune et noir et les lettres “ZGONC” un peu partout aux Championnats du monde de ski alpin. Mais ZGONC, kesako? Là où on voit d’habitude des marques internationales comme Audi, Red Bull ou Generali, c’est une chaîne de magasins viennoise spécialisée dans les outils, les machines, le matériel de construction et de jardinage qui affiche cette année son nom autour des pistes: au départ, sur les portes et sur la grande arche d’arrivée. Comment une petite compagnie basée en Autriche et qui ne fait pas de commerce à l’étranger est-elle devenue un partenaire majeur du plus grand événement de ski de la saison? Une histoire invraisemblable.

La boîte, créée par Peter Zgonc en 1957, est un sponsor de la Coupe du monde de ski depuis plusieurs années. Elle compte aussi un grand atout: Hans Knauss, ex-champion de ski et ambassadeur de la marque depuis 10 ans. Le lien avec le Cirque blanc n’est donc pas entièrement nouveau. Mais une nouvelle opportunité s’est présentée en novembre lorsqu’Audi s’est retiré comme partenaire majeur de Méribel. Aucune autre firme n’était prête à s’engager rapidement et ZGONC s’est vu offrir un bon prix, selon la Kleine Zeitung. Un tel package de sponsor coûte d’habitude entre 4 et 5 millions d’euros. Même au rabais, cela restait une grosse somme pour une boîte qui dépense normalement 1 million d’euros par an sur la Coupe du monde.

D’autant plus que ZGONC ne cherche pas à attirer une clientèle internationale. Selon les estimations, jusqu’à 180 millions de téléspectateurs pourraient suivre ces Mondiaux, mais seulement 10% de ce taux d’audience se trouve en Autriche où ZGONC a 37 filiales. Peu importe, la boîte profitera de cette attention, selon son directeur-général Michael Dockal. C’est la première fois qu’une entreprise de cette taille est un partenaire majeur aux Championnats du monde, a-t-il confié lors d’une conférence de presse le mois dernier. Une telle situation ne se reproduira plus jamais, a-t-il avoué.


Des Haaser de glace

Indifférence? Rigidité devant les caméras? Ou juste timidité et manque d’habitude? Raphael et Ricarda Haaser ont fait sensation en tant que frère et soeur en gagnant chacun une médaille de bronze en combiné à Méribel alors que personne ne s’y attendait. Mais ils se sont aussi fait remarquer pour ce qui semblait être un manque total d’émotions, là où d’autres auraient bondi de joie. Ricarda n’a encore jamais fait un podium en Coupe du monde et pour Raphael, 2e à Bormio la saison dernière, c’était une première médaille dans ses tout premiers Championnats du monde. Même la presse autrichienne a relevé leur mine impassible après leurs podiums surprises. “Je suis plutôt un type calme, qui traite ce genre de choses tout seul et ne montre peut-être pas tout sur le dehors”, s’est justifié Raphael Haaser au site Laola1.

Après le stress de la compétition, les deux se sont tout de même relâchés. Raphael s’est donné à coeur joie en aspergeant ses collègues de “Sekt” (vin mousseux) à l’hôtel des Autrichiens aux côtés du médaillé d’argent Marco Schwarz mardi soir. Ricarda a laissé échapper un rire lorsqu’elle est montée trop tôt sur le podium pendant la cérémonie des médailles lundi. “Je n’avais aucune idée ce que j’étais censée faire! Je n’ai encore jamais été sur un podium…” a-t-elle confié à l’ORF plus tard, visiblement plus décontractée.

Et pendant que ses enfants gardaient leur sang froid au milieu des célébrations, leur papa était ému pour trois. Rene Haaser est le serviceman de sa fille et ne se tenait plus après sa médaille lundi, essuyant les larmes et vibrant de joie. Une famille en bronze.

En vrac…

  • Moutarde autrichienne: Les skieurs et skieuses autrichiens ont présenté des nouvelles tenues d’une couleur inhabituelle aux Championnats du monde. D’habitude, la marque Schöffel s’en tient au rouge et blanc du drapeau mais cette fois elle a decidé de faire autrement. La spécialiste de vitesse Ramona Siebenhofer a trouvé que ça rappelait la moutarde de Dijon. Pour sa collègue Franziska Gritsch, ça penchait plutôt vers le beige. D’autres auraient comparé les tenues à des vêtements de camouflage pour le désert, selon l‘APA. Ils n’étaient pas loin. Selon Schöffel, la couleur serait “Sanddrift”, bref dunes de sable. Peut-être étaient-ils inspirés par le réchauffement climatique et l’état des pistes en début de saison…

Sim SIm Wissgott, Vienne