Fidèle à lui-même, le Valaisan n’a pas fait de grosses folies pour fêter son titre olympique en slalom remporté à Bormio. Sur le chemin du retour à la maison, où il se réjouit de « profiter de quelques jours tranquilles », le futur papa s’est confié.

Au lendemain du plus grand accomplissement de sa carrière, Loïc Meillard n’a rien changé à son ton. Posé, égal à lui-même, le Valaisan a pris le temps de répondre à nos sollicitations, sur le chemin du retour à la maison. « Attention, on risque d’être coupés dans les tunnels », prévient-il, alors qu’il s’est occupé de conduire au début du trajet qui doit le ramener vers sa station d’Hérémence.

Le skieur de 29 ans répond sans emphase. « Ça va bien, impeccable. Comme d’habitude », glisse-t-il, comme si le poids d’un titre olympique n’avait pas encore totalement infusé. Pourtant, la réalité est là: le technicien suisse est devenu champion olympique de slalom, une consécration qui le fait entrer dans une autre dimension, celle des skieurs qui ont touché l’or aux Jeux. Une récompense rare, et d’autant plus précieuse qu’elle s’inscrit dans une régularité exceptionnelle au plus haut niveau, lui qui était devenu champion du monde dans la discipline il y a un an et qui reste sur six médailles lors de ses six derniers départs dans un grand évènement.

Perfectionniste

La soirée qui a suivi sa victoire a été à l’image de sa quinzaine: dense, rythmée, presque millimétrée. « J’ai bossé (ndlr: oui, ça fait partie de son travail) jusqu’à 20 heures, pour faire tout ce qu’on pouvait faire, les interviews, les shootings. Ensuite, on est passé à la Maison suisse, comme on doit le faire quand on a gagné une médaille. Et on a profité du moment tous ensemble. » Entouré de ses coéquipiers et de ses proches, Loïc Meillard a savouré sans excès. Juste assez pour mesurer ce qu’il venait d’accomplir. D’ailleurs, il n’a pas encore ouvert ses très nombreux messages reçus.

Ce titre olympique dépasse tout. « C’est exceptionnel. Ce sont des choses qui resteront pour toujours avec moi », confie-t-il. Comme tous les enfants qui grandissent avec des skis aux pieds, il a d’abord rêvé de participer aux Jeux. Puis de décrocher une médaille. Désormais, il est champion olympique. Le genre de trajectoire qui ne doit rien au hasard. Depuis plusieurs saisons, le Valaisan empile les podiums dans les grands rendez-vous avec une constance remarquable. Une régularité qui repose sur une exigence personnelle sans compromis. « Je ne pense pas que je serai moins dur avec moi-même. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis là. Je ne me contente pas du strict minimum. » Cette quête permanente du détail est sa signature. Même dans les bons jours, il traque ce qui peut être amélioré, ce qui peut être optimisé, quitte à ne jamais être satisfait.

Ce perfectionnisme s’exprime aussi dans la manière dont il gère son corps, notamment son dos, fragilisé par une fissure d’un disque intervertébral subie en octobre 2024. Désormais, il est moins protégé. « Quand ça va bien, je n’ai pas de douleur et tout se passe bien. Mais je dois gérer tout ce qui est autour: la récupération, l’alignement des hanches, l’équilibre musculaire. Il faut éviter tout déséquilibre. » Une vigilance de tous les instants, invisible pour le grand public, mais essentielle à la performance. Certaines périodes s’étendent sur des semaines, voire des mois, sans douleur. D’autres rappellent la fragilité de l’équilibre. « Ça peut rester à vie et toujours être là », reconnaît-il, presque fataliste.

Sur la neige, pourtant, rien ne transparaît. Le ski de Loïc Meillard reste fluide, précis, engagé. Et son exigence ne s’arrête pas à lui-même. Elle s’inscrit dans une dynamique collective qu’il juge fondamentale. « Tout seul, on n’y arriverait pas. On a besoin d’être bien entouré avec les bonnes personnes pour avancer et trouver des solutions. Et il faut profiter de ce chemin ensemble. » Derrière le champion olympique se cache un groupe, une équipe, des entraîneurs, des partenaires d’entraînement. Des centaines de jours (« 250 », précise-t-il) de préparation pour quelques minutes de course et une médaille au bout, parfois. Le trio d’entraîneurs Matteo Joris – Thierry Meynet – Julien Vuignier a une importance énorme. L’apport de la physio Laura Herr également, sans oublier celui du préparateur physique Patrick Flaction, du manager Mathieu Rossier ou du skiman Niclas Cronsell. Celui de sa compagne Zoé Chastan, responsable de la communication de l’équipe de Suisse, est également primordial. Pas question donc de passer dans une structure privée.

Essayer de partager ce succès

Ce succès, Loïc Meillard l’a aussi partagé lundi avec ceux qui l’ont accompagné depuis le début: ses parents, présents pour célébrer ce moment. « C’est extrêmement plaisant de partager ça avec les gens qui ont toujours été là. » Une fidélité qui dit beaucoup de l’homme derrière le skieur. Accessible, reconnaissant, conscient de ce qu’il doit à ceux qui le soutiennent. Malgré un programme chargé, il a pris le temps de saluer les supporters, de signer des autographes, de poser pour des photos avec les enfants. « J’ai essayé de prendre le maximum de temps possible. Juste passer vers eux et dire merci, ça compte. Pourtant, je n’ai malheureusement pas réussi à satisfaire tout le monde. Il y a probablement plus de déçus que de satisfaits, j’en suis désolé. Ce n’est jamais facile quand il y a des enfants et qu’on n’a pas le temps. J’essaie de leur mettre des étoiles dans les yeux. C’est important de remercier tout le monde qui vient me voir, qui me soutient. Je fais de mon mieux, même si ce n’est pas possible de toujours donner suffisamment à tout le monde. »

Au cœur de cette quinzaine olympique, le Valaisan n’a pourtant pas vécu les Jeux comme un athlète pourrait les fantasmer, surtout en raison de la distance entre Bormio, probablement le site le moins animé de ces Jeux, et les autres. « Si les Jeux, c’est aller voir d’autres sports ou manger avec les autres athlètes, ça, on ne les a pas vécus. » Mais l’essentiel était ailleurs: sur la piste, dans l’intensité de la compétition, dans l’ambiance des courses. « Il y avait du monde, une belle ambiance. On a eu de belles courses. »

Quelques jours au calme à Hérémence

Maintenant, le temps est venu de ralentir. De laisser retomber la pression. De retrouver le calme et de penser aussi à son futur rôle de papa, puisqu’il va le devenir cet été. « Pour l’instant, je n’ai aucune idée de comment on va gérer le futur », explique le Valaisan. « On fera au mieux mais ça ne sert à rien de faire des plans sur la comète sans connaître le calendrier des courses, des entraînements, etc. On planifiera lorsque les choses seront concrètes. On s’adaptera. »

En attendant, à son retour à Hérémence, Loïc Meillard se réjouit de se poser, enfin. « Je vais rester tranquille chez moi, ne voir personne et me reposer physiquement et mentalement. Peut-être skier, mais moi, ou faire du ski de fond. Ensuite, on reprendra le physique avant de retourner sur les skis de compétition. » Pas question de s’éloigner trop longtemps, cependant. L’analyse fait partie de son ADN. Il regardera ses courses, décortiquera ses trajectoires, cherchera encore ce qui peut être amélioré. Sans oublier de suivre sa sœur Mélanie, qui disputera son premier slalom olympique mercredi.

Chez Loïc Meillard, la victoire ne marque jamais une fin. Elle ouvre simplement un nouveau point de départ. « La beauté du ski, c’est qu’on peut toujours être un peu meilleur que le jour d’avant. À chaque course, ça repart à zéro. » Le champion olympique est déjà tourné vers la suite. Toujours en mouvement. Toujours en quête d’exploits.

Laurent Morel, Bormio