Il se rêvait footballeur professionnel petit, le Bernois Aron Fahrni a remporté le bronze du snowboardcross pour sa toute première course paralympique. Réaction.

« Elle est quand même bien lourde cette médaille de bronze », se marre Aron Fahrni. Le Bernois se plaît à faire peser son bout de métal à l’assistance quelques minutes après avoir pris la 3e place du snowboardcross sous le soleil de Cortina d’Ampezzo. C’est en leader de la Coupe du monde de para-snowboard, dans sa catégorie Upper Limb (Handicap aux membres supérieurs), qu’il avait débarqué en Italie. Mais comme aux Championnats du monde de Big White au Canada l’hiver dernier, le Bernois n’a rien pu faire face à l’hégémonie des riders chinois, qui limitent leurs apparitions sur le circuit international. Mais contrairement à la saison passée, le snowboardeur helvétique a su jouer des coudes face aux athlètes de l’Empire du Milieu pour remporter sa première médaille paralympique.

Dans une finale où il était le seul athlète non Chinois, il a profité d’une grosse erreur de Pengyao Weng à mi-parcours, pour prendre la 3e place et ne plus la lâcher, derrière Lijia Ji et Yonggang Zhu, qui signent le doublé. Mais quelques instants après sa performance, le rider d’Oberthal n’arrive pas encore à poser des mots sur ses émotions. « Pour être honnête, j’ai un peu coupé mon cerveau. Je me suis rendu compte qu’il fallait simplement aller là où on me dit d’aller. Je sais qu’il faut sourire, mais je n’ai pas encore essayé de digérer ou d’analyser. »

Une lourde médaille de bronze pour Aron Fahrni. (JT/SkiActu)

Un férule de sport qui a vu les nerfs de son bras sectionnés

Toujours est-il qu’à 27 ans, Aron Fahrni se retrouve avec une médaille paralympique autour du cou. Plus jeune, il se rêvait footballeur professionnel, il y a même longtemps joué en juniors, malgré son accident à 6 ans, lorsque son bras gauche s’est retrouvé coincé dans la poulie d’un téléski à câble bas, sur une piste à quelques pas de la maison familiale. Les nerfs broyés, dont trois jusqu’à la moelle épinière, n’ont jamais freiné ce mordu de sport. « J’en ai toujours fait énormément », poursuit-il. « J’aime les défis et j’avais l’impression d’en trouver davantage dans le sport traditionnel. Et je ne connaissais pas vraiment le parasport non plus. Avant d’y entrer, je ne savais pas ce que cela signifiait d’être un athlète paralympique ni à quoi ressemblait la compétition. J’avais même un peu le préjugé que ce ne serait pas très intéressant. »

Et pourtant, le voici aujourd’hui non pas foorballeur, mais para-snowboardeur professionnel et de talent. « C’est un privilège, c’est génial de faire du snowboard mon métier. Je peux travailler chaque jour sur moi-même, sur mes capacités mais aussi sur mon caractère, tout en représentant la Suisse. » Et avec honneur, même si le Bernois, qui domine sa discipline, est arrivé dans les Dolomites sans se fixer d’objectifs chiffrés pour ses tout premiers Jeux paralympiques. « Pour moi, cela n’a pas vraiment de sens, ça en a davantage pour les gens de mon staff. Mon objectif était plutôt d’arriver ici détendu et de prendre du plaisir. Je sais que lorsque je suis relax, c’est là que je suis dans mon état de performance optimal. Et je pense que ça a fonctionné. » Même s’il n’a pas apprécié la piste de cross proposée par les organisateurs, qui a été plusieurs fois modifiée au cours des derniers jours.

Aron Fahrni ne s’est pas plu sur la piste de Cortina d’Ampezzo, cela n’a l’a pas empêché d’être médaillé. (Dominic Brügger/liveit.ch)

Une nouvelle chance de briller en banked slalom

Il espère ainsi profiter d’un parcours plus spectaculaire samedi prochain pour le banked slalom où il sera une nouvelle fois l’un des principaux candidats au titre. « De base, ma discipline préférée est le snowboardcross, car tout peut arriver lorsque l’on s’élance à quatre de front. Mais le banked slalom me correspond mieux. Là encore, je ne me fixerai pas d’objectif de classement. » Mais avec l’espoir de pouvoir peut-être comparer le poids d’une médaille d’or ou d’argent avec le bronze, déjà dans sa collection.

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo