À 19 ans, Emerick Sierro vit sa première expérience paralympique. Le Valaisan, qui a découvert la compétition de para-ski grâce à sa prof d’allemand, progresse vite et bien. Rencontre.

Emerick Sierro arbore un large sourire dans l’aire d’arrivée de l’Olimpia delle Tofane. À 19 ans, le Valaisan établi à Clarens découvre un tout nouveau monde. Celui du sport du haut niveau, dans l’atmosphère incomparable des Jeux paralympiques, où les spectateurs venus de tous les pays colorent et ambiancent la manifestation. Le jeune Suisse profite, admire, grandit et apprend à gérer la tension, l’excitation et les sollicitations d’un tel événement. Il n’a aucun problème à répondre en allemand au micro de la SRF après avoir pris la 9e place du combiné alpin. « Je suis vraiment content de la performance, notamment sur le super-G du matin », concède le néophyte qui prend de plus en plus d’assurance lors de chaque sortie. « J’étais beaucoup plus posé et moins nerveux que lors des courses précédentes. »

Le stress l’avait rattrapé avant la descente, sa première course paralympique, à l’issue de laquelle il avait terminé 16e. Lundi, en super-G, l’athlète originaire du Val d’Hérens avait déjà progressé dans la hiérarchie en se classant 15e. « Je prends de plus en plus de plaisir au fil des courses. J’accumule aussi de l’expérience. » Et des leçons, car il a failli ne jamais se présenter au départ du combiné mardi matin, après avoir oublié d’enclencher son réveil à 5 heures du matin. « Je me suis réveillé à 5h30 et je me disais que la nuit devenait de plus en plus longue. En cinq minutes, j’ai dû m’habiller, manger un truc sur le pouce et être prêt au départ pour me rendre à la reconnaissance à 5h55. » Une mésaventure qui lui a coûté quelques pin’s égarés – « Je suis tout le temps à la bourre, alors ils tombent de mon accréditation -, mais qui ne l’a pas empêché de réaliser son meilleur résultat dans ces Jeux paralympiques.

De la Lenk à Cortina d’Ampezzo, en passant par le Chili

Car Emerick Sierro brûle les étapes. À l’origine, celui qui a fait ses débuts en Coupe du monde l’hiver dernier, visait les Jeux de 2030 en France. L’été dernier, alors qu’il vient tout juste de terminer sa maturité gymnasiale, il s’accorde une année sabbatique dans ses études. Pour s’entraîner, s’améliorer et les entraîneurs suisses, convaincus de son potentiel, choisissent de l’emmener en camp d’entraînement au Chili en septembre avec l’équipe nationale. Les résultats et sa progression se sont rapidement fait remarquer sur la piste. « Au début de la saison, je n’avais pas vraiment de repères en Coupe du monde. L’an dernier, j’avais fait deux courses et j’avais terminé à environ 20 secondes du vainqueur. » La marge a déjà diminué de moitié avec les meilleurs et il a signé cinq top 10 sur les six dernières courses de la saison de Coupe du monde.

Emerick Sierro prend de plus en plus d’assurance sur les pistes de Cortina d’Ampezzo. (Gabriel Monnet/Swiss Paralympic)

Emerick Sierro apprend vite et bien. Dès qu’il met des skis aux pieds, il se sent dans son élément. Logique, lorsque l’on songe que son grand-papa l’a posé sur les lattes à 3 ans sur les pistes des Masses, à côté du chalet familial. Hémiplégique du côté droit, après avoir été victime d’un AVC seulement 12 heures après sa naissance. Cela ne l’a jamais empêché de pratiquer le sport et de s’épanouir, que ce soit avec sa famille ou ses amis. En 2018, il découvre les Paralympiques à travers les exploits de Théo Gmür, sacré à trois reprises à Pyeongchang, qui l’a ensuite pris sous son aile. C’est alors son enseignante d’allemand qui lui donne le coup de pouce nécessaire. « Elle était également prof de sport et responsable d’un centre de détection pour la relève en Suisse. Elle a vu que je skiais bien et elle m’a proposé d’aller faire une course à la Lenk quand j’avais 12 ans. » Et en 2020, le Valaisan exilé sur la Riviera a intégré la relève suisse de para-ski.

La PDG, peut-être un jour

Un sport qu’il combine avec ses études, puisque l’année prochaine, il entrera à l’EPFL dans la faculté des Sciences de la vie. Mais avant de plonger à nouveau son nez dans les bouquins, Emerick Sierro va disputer encore le slalom et le géant paralympiques, avec des ambitions légitimes dans cette dernière discipline, sa préférée, où il a terminé au 6e du classement de la Coupe du monde. Puis il sera temps de s’accorder un peu de temps pour enfiler les peaux de phoque. Normal lorsque sa famille est adepte de ski-alpinisme, avec un tonton Jean-Pierre, qui va participer à sa 18e Patrouille des Glaciers, dans un peu plus d’un mois. « La PDG, ce n’est pas encore pour moi », rigole Emerick. « Peut-être plus tard, une fois que ma carrière en parasport sera terminée. Là, peut-être que je me lancerai ce défi. » Car le premier objectif est de s’installer parmi les meilleurs athlètes de sa discipline. Et d’être toujours plus à l’heure sur les portes.

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo