Très déçue de l’organisation des Jeux, la Vaudoise va devoir batailler pour accrocher une médaille pour son cinquième départ olympique ce vendredi. Rencontre.
Les signaux ne sont pas très positifs pour Fanny Smith à Livigno. Avant de participer à ses cinquièmes Jeux olympiques (elle n’a pas manqué une édition depuis l’introduction de la discipline au programme en 2010), la Villardoue ne s’est pas montrée très optimiste mais plutôt réaliste. Pour elle, l’organisation n’est pas à la hauteur de l’événement et le parcours n’est pas digne d’un tel événement.
« J’ai la chance qu’un de mes gros partenaires ait un chalet ici », a-t-elle d’emblée prévenue à Livigno, en parlant de son sponsor principal RedBull. « J’ai la chance de pouvoir m’y reposer, m’entraîner, manger correctement. » La Vaudoise pointe du doigt les installations du village olympique de la station lombarde, qui est un hôtel transformé pour l’occasion. « Au village, le fitness est rikiki. Tout cela entre jeu pour mettre en place ce qui est important pour performer le jour-J. Ce genre de choses peut faire la différence. »
Un parcours « bas de gamme »
Lorsqu’on la lance sur le parcours mis en place en bordure du halfpipe dans le park Mottolino, Fanny Smith n’est pas plus positive. « Il n’est vraiment pas spécial et n’a rien de technique », insiste-t-elle. « Je trouve vraiment triste pour des Jeux olympiques de faire un parcours aussi simple et bas de gamme. » Il est vrai que depuis quelques années, la FIS a pris la décision de diminuer la difficulté des pistes, afin de faciliter l’accès à la discipline à plus d’athlètes, notamment.
L’organisation en général en prend pour son grade. « Il n’y a pas de tribune alors qu’on nous en avait annoncé dans un premier temps, ce n’est pas intéressant pour les spectateurs et pour les téléspectateurs. Il n’y a rien par rapport aux JO en soit. » La skieuse de 33 ans, qui vit ses premiers Jeux en Europe, est amère. « Jusqu’à maintenant, c’était autre chose. Là, il n’y a même pas de cérémonie des médailles dans la station! Ils n’ont pas été au bout du projet. Il y avait de quoi bien faire, pourtant. »
« Il n’y a pas d’esprit olympique »
Pour autant, la Vaudoise ne veut pas se décourager. « Il n’y a pas d’esprit olympique mais je suis professionnelle et je vais faire en sorte de mettre tout cela de côté », décrit-elle. « J’ai mon taf et je vais réussir à le faire. Il faut réussir à donner le meilleur le jour de la compétition, c’est le plus important. » Pour cela, elle devra parvenir à dompter un circuit qui avantage forcément les athlètes les plus lourds par rapports aux plus techniques, de par son aspect majoritairement plat. « Je pèse actuellement 58 kg », relève Fanny Smith, dont le poids « idéal » se situe plutôt aux environs de 63 kg. « C’est très peu par rapports à d’autres. Cela vient aussi du fait que j’étais blessée l’été dernier et que j’ai eu un souci de parcours avec mon dos (ndlr: à Veysonnaz il y a quelques semaines). « Heureusement, ça ne devrait pas m’embêter le jour-J », souligne l’octuple médaillée mondiale, qui rajoute encore une couche sur le parcours.
« Il n’y a rien pour vraiment faire la différence », poursuit celle qui reste sur deux médailles de bronze aux Jeux. « T’as beau être devant en fin de course, il faudra se faire la plus petite possible prier jusqu’à la ligne d’arrivée pour ne pas se faire dépasser. Il sera également important d’être juste sur les modules. » Le fait de ne pas avoir eu d’événement test la saison dernière et même plus tôt cet hiver gêne passablement la tenante du Globe de cristal. Les plusieurs dizaines de centimètres tombées sur Livigno au cours des derniers jours et notamment jeudi ne joueront pas non plus en la faveur de la skieuse aux 89 podiums de Coupe du monde.
« Réussir devant mes proches »
Cependant, Fanny Smith trouve malgré tout du positif dans le fait de disputer ses premiers Jeux sur le Vieux Continent. « La grosse différence par rapport aux autres éditions, c’est que je veux vraiment réussir devant mes proches, mes amis et ma famille », sourit-elle. « Tout le monde est là. » La Vaudoise espère également que le scénario de Pékin ne se reproduira, lorsqu’elle avait été éliminée avant d’être reclassée au 3e rang plus tard après un recours. « Quelque chose s’était cassé alors j’espère vraiment qu’ils ne vont pas encore inventer quelque chose… »
Pour terminer, la légende de sa discipline explique qu’elle n’est « pas à 100% » de ses capacités, mais se montre malgré tout rassurante. « Sur un parcours comme celui-là, pas très long, ce n’est pas trop un souci », affirme-t-elle. « Donc si mon dos ne m’embête pas trop, ça devrait aller. » Mercredi, Fanny Smith a réussi le 8e temps des entraînements. Pas forcément très encourageant mais la championne a plus d’un tour dans son sac.
Laurent Morel, Livigno
