Michelle Gisin est la seule skieuse à avoir participé aux 21 courses de la saison. Infatigable, ou presque, l’Obwaldienne enchaîne les manches, passant de la technique à la vitesse, et vice-versa. A 100 km/h sur les skis et hors des pistes, la skieuse d’Engelberg prend rarement le temps de souffler. Qu’importe le rythme effréné, la double championne olympique de combiné tient le coup. Et malgré l’enchaînement des courses, elle progresse de sortie en sortie avec son nouveau matériel qu’elle continue à apprivoiser.
D’ailleurs, ce dimanche à Sankt Anton, elle réalise la deuxième meilleure performance de sa saison en prenant la 6e place du second super-G disputé dans la station autrichienne, remporté par Lara Gut-Behrami. Et sans une grosse faute de trajectoire sur le bas du parcours, elle aurait même pu prétendre au podium.
Michelle Gisin, vous vous êtes pris la tête dans les mains au moment où vous vous êtes rendue compte que vous n’étiez qu’à une seconde malgré une énorme faute. Quel était votre sentiment?
Quand je passe la ligne d’arrivée, je suis énervée. C’était impossible… Avec cette faute, je ne me voyais pas prendre la porte, et je suis rentrée dedans. Je regarde le chrono, ce n’était pas possible d’avoir aussi peu de retard. Mais d’un autre côté, j’ai très bien skié, j’ai attaqué à fond, par rapport à hier (ndlr: elle a été éliminée sur une faute de trajectoire). Le ski est là et je suis sûr que je vais bientôt réussir à faire des manches entières.
Vous étiez déjà 4e à Saint-Moritz, c’est dire que vous êtes proche du podium en super-G?
Il y a beaucoup de filles qui skient super bien car le niveau est fantastique. Il y a toujours des petites fautes chez tout le monde. C’est la raison pour laquelle, il faut attaquer à fond. On ne peut pas attendre une manche parfaite dans cette discipline.
On a l’impression que vous vous éclatez dès que vous mettez les skis de vitesse?
Je prends tellement de plaisir. C’était un peu difficile ces derniers temps en slalom et en géant. Je me suis un peu perdue, il y avait beaucoup de critiques, des voix qui s’élevaient et qui disaient que mes skis n’allaient pas. Et ce n’était pas vrai, les skis n’étaient pas un problème. Il y avait un petit souci avec les chaussures, mais ce n’était pas que le ski n’allait pas… C’était difficile à gérer. Les critiques contre mon matériel, contre Salomon, je les ai prises personnellement. Les skis sont super, j’ai beaucoup de soutiens, je prends beaucoup de plaisir de travailler avec tout le monde. Et je suis en train de retrouver la confiance.
Vous êtes la seule skieuse à avoir disputé toutes les courses cette saison. Comment parvenez-vous à gérer l’enchaînement des courses?
Je suis folle. Complètement folle (rires). Je me disais que j’étais débile d’aller à Sankt Anton après la phase de courses techniques, que c’était impossible à enchaîner. Mais après ma performance à Saint-Moritz, je me suis dit que je n’allais pas avoir beaucoup le choix et qu’il fallait faire le voyage à Sankt Anton. Et quand j’ai vu le programme devant moi, je me suis dit que c’était de la folie.
Vous n’êtes pas fatiguée?
Je suis étonnée de ma capacité à récupérer entre les épreuves de vitesse. Aujourd’hui, j’ai bien dormi, je me sentais vraiment bien, même si, oui effectivement, je suis un peu fatiguée. C’était un peu difficile ces derniers temps, j’ai eu la sensation d’avoir le jetlag. Les dernières courses n’étaient jamais au même horaire. À Kranjska Gora, je me suis levée à 5h20 et ensuite à Flachau, le slalom était programmé à 21 heures. C’était ainsi pendant deux semaines et mon corps était perdu. Là, j’ai retrouvé du rythme. Mais maintenant, je vais aussi faire attention à bien récupérer.
Hors Championnats du monde, allez-vous réellement disputer les 39 courses de l’hiver?
On va voir. A la base, je pensais sauter Spindelruv Mlyn (28 et 29 janvier), mais désormais, comme deux slaloms y sont organisés, j’ai presque l’obligation d’y aller (ndlr: Michelle Gisin n’a pas encore rempli les critères de sélection pour les Mondiaux en slalom). Mais là, je me réjouis enfin d’avoir deux jours de pause. C’est incroyable, car c’est la première fois de la saison. Je vais passer deux jours à la maison avec Luca (De Aliprandini, son compagnon). Après Sindelruv Mlyn, je vais aussi profiter de faire une pause avant les Mondiaux.
Avez-vous une routine pour récupérer au mieux entre les compétitions?
Je fais un peu de yoga le matin. Ensuite, au Team Hospitality (ndlr: le lieu où patientent les athlètes avant et entre les manches), le plus important est de se concentrer sur soi-même, de dormir un peu, de mettre les écouteurs, cela m’aide beaucoup. Surtout que je suis quelqu’un qui prend beaucoup d’énergie pour être avec les autres, de faire des jeux. Je dois faire attention à ne pas exagérer non plus. Et penser à moi.
La mononucléose dont vous avez été victime au printemps 2021 semble oubliée?
Là, j’ai l’impression que je suis totalement de retour à 100%, sinon ce serait impossible de tenir ce rythme. C’est déjà presque impossible de faire ce que j’ai réalisé jusqu’à maintenant, mais d’un autre côté, je suis très reconnaissante d’y être parvenue.
Johan Tachet, Sankt Anton