Dans l’arène d’arrivée de la Gran Risa, Marco Odermatt est le roi. Il sourit, savoure, en contemplant, les bras ouverts, une nouvelle fois l’exploit qu’il vient d’accomplir sur la plus haute marche du podium. Si Filip Zubcic l’avait poussé dans ses derniers retranchements dimanche, le Suisse était bien le seul patron du second géant d’Alta Badia lundi. Ses adversaires, qu’il a réduits à nouveau au rang du faire-valoirs, le regardent d’en bas, à déjà plus d’une seconde sur le tableau d’affichage. Comme à Val d’Isère, il y a neuf jours.
Pourtant, le succès de la veille a davantage de valeur pour le skieur d’Hergiswil. « Hier (dimanche), c’était la victoire de l’émotion. Aujourd’hui, c’est celle de la tête », analyse le Nidwaldien qui avait déjà pris la mesure de ses contradicteurs sur le tracé initial en les reléguant à la seconde. « Ma très bonne première manche m’a permis de skier intelligemment sur la seconde. »
À le regarder, faire sa trace dans la glace de la Gran Risa, sur une piste qui ne pardonne rien et qu’il a fait sienne pour la quatrième fois, les suiveur ont l’impression que tout est facile. « J’avais le sentiment de ne pas pouvoir skier aussi bien que l’année dernière et pourtant je recommence à le faire à nouveau », sourit le prodige helvétique. « Au niveau du matériel, je remarque également que l’on a su trouver les bons réglages ici, car il y a plusieurs années, j’avais de la peine à Alta Badia. »

Cinq courses en cinq jours: « J’ai l’énergie à zéro »
Techniquement au-dessus du lot, mentalement sûr de son fait, Marco Odermatt est également une bête physique. Là où le Nidwaldien est très fort, c’est qu’il réalise une nouvelle prestation époustouflante, alors qu’il est le seul, avec Marco Schwarz, James Crawford, Justin Murisier et Cyrien Sarrazin, à avoir disputé cinq courses en cinq jours. « J’ai l’énergie à zéro », lance-t-il en se réjouissant des cinq prochains jours de pause qu’il va s’octroyer. « Il est possible de skier cinq jours de suite, mais c’est trop. Une blessure peut vite arriver, même si on récupère bien mieux après une victoire et lorsque le ski fonctionne. »
Si Marco Odermatt défie les lois de gravité sur les plus exigeantes pistes de ski de la planète, il défie également les plus belles statistiques. En géant, il dénombre désormais six succès de rang. Dans l’histoire, seul l’immense Ingemar Stenmark a fait mieux avec ses 14 victoires consécutives entre 1978 et 1980. Pour égaler ce record, le phénomène d’Hergiswil devrait remporter encore les huit géants restants au programme cette saison. Utopie ou réel objectif pour un skier qui a déjà tout gagné à 26 ans? « Cela fait encore beaucoup de courses », analyse-t-il sans se détourner du challenge qui réveille en lui son instinct de compétiteur. « Pour le moment, tout va bien, avec le matériel, les réglages, Chris (Lödler) mon serviceman. Et j’espère continuer sur cette lancée. »
Le ciel est sa limite. Et telle une fusée, Marco Odermatt n’a pas fini d’explorer les étoiles.
Johan Tachet, La Villa