Le jeune Finlandais a impressionné lors des trois premiers slaloms de la saison. Un des grands espoirs du Cirque blanc, il est d’ores et déjà le fer de lance d’une équipe finlandaise dont les résultats ont un peu stagné ces dernières années. Rencontre.

Il a beau être très discret, Eduard Hallberg se fait remarquer depuis le début de la saison. À Levi, le grand Finlandais s’est lancé en slalom pour la première fois en Coupe du monde et a immédiatement marqué des points. À Gurgl une semaine plus tard et sur une piste périlleuse où des skieurs bien plus chevronnés que lui se sont ratés, il a terminé 8e. Il y a 10 jours, il signe encore un très bon 15e rang à Val d’Isère avant de sortir en deuxième manche.

Le skieur de 21 ans n’a pas attendu pour prouver au monde entier ce que lui-même sait depuis l’âge de 4 ans: il a une graine de champion. Même ses collègues et sa famille sont bluffés par la rapidité avec laquelle il s’est imposé. Et lui aussi, il faut le dire.

« C’est incroyable », a-t-il confié à Gurgl, jetant un regard émerveillé autour de lui aux fans, aux Alpes tyroliennes, à tout le tumulte qui entoure une Coupe du monde. « Tout se passe si vite. Je ne m’attendais pas à ce que ça vienne si rapidement, que je fasse des résultats si solides. Je ne trouve pas les mots. »

Une étoile montante

La saison dernière, le skieur de 21 ans disputait encore des slaloms en Coupe d’Europe. Mais deux victoires en mars l’ont catapulté parmi l’élite du ski. Vice-champion du monde junior en géant en 2023 et double champion de Finlande en géant et slalom, le colosse de 1,94 m est d’ores et déjà le fer de lance d’une équipe finlandaise dont les résultats ont un peu stagné ces dernières années.

Sa 8e place à Gurgl est le meilleur résultat en ski de ce pays nordique depuis 2016, homme ou femme et toutes disciplines confondues. Cerise sur le gâteau, Eduard Hallberg figure aussi en tête du classement « Rising Ski Star » de la FIS désignant les étoiles montantes du Cirque blanc.

Un champion précoce

C’est à deux ans que le natif de Sipoo chausse les skis pour la première fois. Ses premiers virages se font sur le Kokonbacken à Porvoo, près de Helsinki. Ses parents skiaient « mais pas à ce niveau! », confie sa maman, Janina Nerdrum.

« À quatre ans, il a dit à sa grand-mère qu’il serait un jour champion. Il le savait déjà! », s’amuse-t-elle. “J’ai toujours su qu’il serait bon. Mais ce genre de résultats, je dois admettre que c’est une surprise », ajoute-t-elle en riant.

Son papa Thomas Hallberg lui sert d’entraîneur lorsqu’il est chez les juniors. Mais à 16 ans, il quitte la maison familiale pour la Norvège et l’école de ski d’Oppdal où il trouve de meilleures conditions d’entraînement. Ses parents restent toutefois très présents et lui rendent souvent visite. Janina Nerdrum part même en Norvège en camping-car pour pouvoir passer plusieurs semaines avec son fils. À Gurgl, les parents d’Eduard Hallberg sont logiquement dans les tribunes.

« Sa force c’est son cool »

Ce qui fait la force du Finlandais, en plus d’une technique impeccable, c’est un cocktail détonant de cool et d’intrépidité. « Il est plutôt calme, il réfléchit beaucoup avant de faire quelque chose. Mais quand il le fait, c’est à 100 pour cent », explique Janina Nerdrum.

Pareil constat de la part de son entraîneur, l’Autrichien Mario Rafetzeder. « Il est très fort dans la tête. Il est si jeune mais cette intelligence qu’il a, c’est incroyable. Avec toute la pression qu’il y avait à Levi, il m’a vraiment impressionné. »

« Sa force c’est son cool », continue l’entraîneur, qui a aussi travaillé avec des jeunes skieurs en Autriche et en Grande-Bretagne. « Il ne se pose pas trop de questions au départ, il fonce. Mais il skie très intelligemment, il ne pousse pas à fond mais skie de façon tactique, et cela donne les résultats qu’on voit. »

Le jeune skieur voit les choses encore plus simplement: « J’essaie juste de faire ce que je sais que je sais bien faire. Quand la tête fonctionne et que je peux réaliser cela, tout va bien. »

« Tout absorber »

Eduard Hallberg prend du temps dans ses réponses et s’exprime avec candeur. Ce n’est pas encore le champion qui donne 35 interviews par jour et a des phrases toutes faites en tête. Les impressions et les émotions sont aussi nouvelles, difficiles à décrire.

Mais peut-être est-on voué à l’échec quand on demande à un stoïque Finlandais de parler de ses émotions. « Ce n’est pas très finlandais en effet », dit-il en riant. « J’essaie de tout absorber », ajoute-t-il, émerveillé de se retrouver parmi des champions comme Loïc Meillard ou Henrik Kristoffersen. « C’est assez génial. »

Guerrier de la semaine

Ayant commencé en Coupe d’Europe en super-G et en géant, c’est en slalom qu’Eduard Hallberg réalise actuellement ses meilleurs résultats sur le Cirque blanc. Dans le top 10 de sa deuxième course, il est élu « Weekly Warrior » (Guerrier de la semaine) par les fans après Gurgl.

« Il était déjà très fort à l’entraînement et on avait de grandes attentes. Mais que cela se réalise si vite, c’est un rêve », s’enthousiasme Mario Rafetzeder, qui refuse pourtant de parler de podiums cet hiver. « On va déjà profiter de ces bons résultats et prendre les choses un pas à la fois. »

Janina Nerdrum n’en revient pas de la vitesse avec laquelle son fils a signé des bons résultats sur le Cirque blanc. « Je pensais que ça se passerait la saison prochaine, ou peut-être celle d’après. Mais déjà à Levi, et puis à sa deuxième course à Gurgl… Je ne trouve pas les mots », dit-elle, ravie.

À Gurgl, après sa démonstration de force, Eduard Hallberg observait tranquillement la course de l’arrière de la zone mixte, un peu en retrait. Mais qu’on ne se méprenne pas, il a trouvé sa place au milieu du Cirque blanc.

Sim Sim Wissgott, de retour de Gurgl