Dans la culture Sami, le renne a une place bien particulière puisqu’il a assuré la survie de tout un peuple depuis plusieurs millénaires. Car les résidents de l’extrême Nord ont fait de l’élevage de ces animaux leur principale activité depuis fort longtemps. Aujourd’hui, en Laponie finlandaise, les rennes ont également une place à part dans le coeur des skieurs. En effet, les vainqueurs des slaloms de Levi se voient remettre chaque année une bête dont ils deviennent en quelque sorte les parrains. Si quelques-uns d’entre-eux peuvent être rencontrés et même caressés au bas de la piste de Coupe du monde, c’est à quelques kilomètres de la Black Levi que vit en hiver le troupeau dont sont extraites les bêtes promises aux champions, dans la localité de Köngäs. Car le renne est un animal sauvage, qui certes peut-être dressé, mais vit en liberté durant plus de la moitié de l’année, de fin avril à novembre en général.

Des rennes de tous les âges (leur durée de vie varie entre 10 et 15 ans) vivent dans la ferme d’Ounaskievari.

Extrêmement contente qu’on ai fait appel à son exploitation pour “fournir” les sympathiques mammifères aux vainqueurs, Johanna Hietanen, responsable de la ferme d’Ounaskievari, accueille les visiteurs avec plaisir. Il faut dire qu’elle a fait du tourisme sa principale source de revenu, les voyageurs débarquant des quatre coins du globe pour découvrir les secrets de la Laponie. Souvent, le tour en traineau tiré par les rennes fait partie des incontournable dans les latitudes les plus septentrionales de l’Europe. “Il faut avoir des animaux suffisamment dressés” “Lorsque l’on m’a demandé si je pouvais m’occuper d’offrir les rennes aux vainqueurs, avant l’édition 2013, j’ai tout de suite été enchantée, raconte l’éleveuse. L’organisation voulait faire quelque chose de local, de traditionnel et j’ai pensé qu’il n’y avait pas mieux. La tâche n’a cependant pas été simple car il faut à chaque fois avoir des animaux suffisamment dressés afin qu’ils soient assez dociles pour les tâches qu’ils doivent remplir en public, notamment la cérémonie.” Car les rennes remis aux vainqueurs sont toujours des jeunes, qui n’ont en général pas plus de 6 ou 7 mois mois.

Nés au printemps, les jeunes rennes sont déjà très bien éduqués avec Johanna Hietanen.

Désormais, ce sont 10 rennes qui ont été remis aux athlètes, qui les ont souvent prénommés comme l’un de membres de leur famille. Mikaela Shiffrin (Rudolf en 2013, Sven en 2016 et Mr. Gru en 2018) et Marcel Hirscher (Ferdinand en 2013, Leo en 2016 et Mr. Snow en 2018) sont ceux qui en possèdent le plus alors que Tina Maze (Victor en 2014), Henrik Kristoffersen (Lars en 2014), Petra Vlhova (Igor en 2017) et Felix Neureuther (Matti en 2017) en parrainent chacun un. “Oui, car il sont uniquement parrainés, précise Johanna Hietanen. Les skieurs demandent parfois s’ils peuvent les embarquer mais ce n’est pas possible. La loi interdit d’élever des rennes dans d’autres lieux qu’en Laponie.” L’animal d’Henrik Kristoffersen porté disparu Les athlètes sont donc “condamnés” à venir donner un bouquet de lichen chaque année à leur protégé. Petra Vlhova est ainsi passée à Ounaskievari la semaine précédent la course cette année. Marcel Hirscher, s’il n’est pas venu à Köngäs cette fois, s’y est déjà rendu à deux reprise. Mikaela Shiffrin a pour sa part demandé à le voir près de la piste.
 
 
 
 
 
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Happy to see you again after a long time 😍❤️🙏🏼 my reindeer Igor😇 @ounaskievari

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Moins de chance en revanche pour Henrik Kristoffersen, dont le renne n’a pas pu être retrouvé pour le moment. “Ils viennent à nous avant ou pendant l’hiver lorsqu’ils ont fini leurs vacances en forêt, mais c’est vrai que nous n’avons pas pu mettre la main sur Lars pour le moment, j’espère qu’il va bien, précise l’éleveuse. Nous ferons plus attention l’année prochaine pour espérer l’avoir avant les courses.” Il faut dire que le prolongement de l’été indien n’a pas forcément poussé les rennes à se rendre dans leur port d’attache, où ils sont nourris et abreuvés. Mr. Gru et Mr. Snow doux et dociles

Mr. Gru et Mr. Snow sont les deux jeunes les mieux apprivoisés. Il s’approchent rapidement pour grignoter du lichen. “C’est comme des bonbons”, sourit l’éleveuse.

Par chance, pour l’heure, aucun des animaux remis comme prix n’a encore été tué. Les rennes peuvent en effet parfois être chassés par les ours, les loups, les lynx ou encore les gloutons présents dans la région. Si la plupart des bêtes d’Ounaskievari sont dressées pour être utilisé dans le tourisme, elles peuvent parfois également être abattues pour leur viande. “De nombreux touristes, notamment autrichiens, viennent ici et demandent à voir les rennes de Marcel Hirscher, raconte encore Johanna Hietanen. Heureusement, les rennes que nous choisissons sont en général les plus calmes et les plus accessibles.” Vérification faite avec une botte de lichen, les doux Mr. Gru et Mr. Snow sont bien plus dociles que leurs congénères du même âge. Bien plus curieux aussi… Ils paradent quasiment à la vue d’un visiteur. “Par contre, Victor (le renne de Tina Maze) m’a violemment poussé avec ses bois cette année lorsqu’on l’a retrouvé en forêt, poursuit son éleveuse. On va devoir remettre une couche au niveau de l’entraînement avec celui-là.” Laurent Morel, Levi