Tout a été très vite pour Sue Piller. Il y a un an, la Fribourgeoise n’avait jamais pris un départ en Coupe du monde. Ce dimanche, la jeune athlète de 20 ans se présentera dans le portillon du géant olympique. Sans grosses attentes qui pèsent sur ses épaules, avec l’unique volonté de démontrer son potentiel, avant de graver sur sa peau ce moment historique. Rencontre.
L’été, Sue Piller se faisait tatouer sur le poignet le mot « sushi », en lettres japonaises, en référence à son surnom. Après ce troisième tatouage, elle s’était promise de faire un break avec les aiguilles. « Je m’étais dit que ce serait cool de me faire ensuite les anneaux olympiques, si je participais un jour aux Jeux, mais j’avais plutôt imaginé cela dans quatre ou huit ans. La pause a été très courte, car j’ai déjà pris rendez-vous pour le faire. » La Fribourgeoise se marre. Jamais, elle n’aurait imaginé vivre déjà une aventure olympique du haut de ses 20 ans. « C’est totalement fou. Quand j’y repense, il y a une année, j’étais super contente de terminer dans le top 10 en Coupe d’Europe. Je ne réalise pas vraiment ce qu’il se passe. »
La skieuse de Planfayon a brûlé les étapes ces douze derniers mois, avec une histoire intimement liée à l’Italie. Janvier 2024, elle se faisait remarquer en remportant l’or en géant et en slalom aux Universiades à Bardonecchia. Un mois plus tard, après seulement une petite dizaines de départs sur le circuit continental, elle vivait son baptême en Coupe du monde à Sestrières. C’est dans cette même station piémontaise qu’elle a remporté son premier succès en Coupe d’Europe voici quelques jours, avant de confirmer, au plus haut niveau à Špindlerův Mlýn, en prenant une magnifique 6e place en République tchèque. « J’étais totalement surprise. Je savais que j’avais un bon niveau et que je pouvais faire mieux qu’une vingtième place, mais je ne pensais pas pouvoir déjà faire un top 7 », poursuit la talentueuse athlète. « Ce que j’ai fait cette saison est déjà incroyable. Tout ce qui vient maintenant, c’est du bonus. »
Une nouvelle notoriété à apprivoiser
Petit à petit, Sue Piller apprivoise aussi une nouvelle vie, celle de sportive d’élite, traquée par les médias et les caméras. Elle partage aussi volontiers les coulisses de son sport sur ses réseaux sociaux. « J’aime bien partager cette vie un peu folle et ma passion. Si je peux donner un sourire à une seule personne, c’est déjà génial. Je suis contente que les gens puissent apprendre à me connaître », souligne celle qui essaie de s’inspirer de Camille Rast: « C’est super de pouvoir la côtoyer dans l’équipe. J’apprécie a personnalité, son caractère, sa façon de voir les choses. »
La Fribourgeoise se rappelle avoir rigolé avec ses parents l’automne dernier, lorsque la famille Piller évoquait la possibilité d’aller aux Jeux et avait même regardé des possibilités de logement. Au cas où. Mieux valait être prévoyant, même si les réservations se sont faites au dernier moment pour que la famille singinoise puisse encourager la skieuse pour sa première expérience olympique. Drapeau suisse sur les épaules, car malheureusement, sans sonnette puisque celles-ci sont interdites sur l’ensemble des sites.
Des pin’s, et des portes rouges et bleues
Devant sa famille et les caméras du monde entier, Sue Piller s’élancera dans le portillon sans la moindre pression. « J’ai une position assez confortable par rapport à d’autres. Si je pense à des athlètes comme Marco Odermatt ou Lara Gut-Behrami, qui sont toujours attendus et doivent être capable de gérer cette pression. Moi, je n’en ai pas. Je peux simplement faire mon ski. Je ne vais pas changer mon approche, Au final, ça reste rouge-bleu, droite-gauche, droite-gauche. Ce qui change, c’est juste le casque, la combinaison et la veste olympique », sourit la néophyte, philopiniste à ses heures perdues lors de ces Jeux, comme en témoignent les nombreux pin’s qu’elle porte autour de son accréditation. « J’en ai plein à échanger et j’ai aussi promis à Juliette Fournier (ndlr: qui évolue en Coupe d’Europe) de lui en ramener pour de prochains échanges. Je fais volontiers du troc, mais ce n’est pas mon principal focus. »
Car même si Sue Piller, découvre l’univers olympique et n’est pas attendue au tournant, elle souhaite proposer ce qu’elle sait le mieux faire sur l’Olimpia delle Tofane. « Je n’ai pas de pression, mais de la motivation. Je veux montrer mon meilleur ski. » Pour pourvoir pleinement justifier ces anneaux olympiques qu’elle s’apprête à immortaliser sur sa peau.
Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo
