C’est un Ramon Zenhäusern une nouvelle fois sur son petit nuage qui est apparu devant la poignée de journalistes helvétiques présents dans l’aire d’arrivée ensoleillée de la Verte des Houches ce dimanche. Deuxième pour la seconde journée consécutive à Chamonix, le géant de Bürchen n’avait aucune regret, très heureux d’enchaîner les podiums lors des dernières courses avant les Championnats du monde. Avec son franc-parler inégalable et sa gêne à peine masquée lorsqu’on évoque son statut de favori pour Cortina d’Ampezzo, le Valaisan s’est confié.
Ramon Zenhäusern, comment expliquez-vous cette remontée fantastique sur une piste défoncée?
Je savais que j’étais dans une situation où je devais prendre des risques, après avoir fini 11e de la première manche. La course était complètement différente par rapport à samedi, plus difficile. Il y avait des rails et des bosses. Je n’étais pas content avec ce résultat. Je savais que je devais prendre des risques, ça m’a demandé beaucoup de courage. C’était le secret. Il faut sortir ses c*******, comme nous disent toujours les entraîneurs. Et ça, j’ai réussi à le faire.
Vous terminez deux fois deuxième sur la Verte des Houches, ce week-end. Un bilan excellent?
C’est extraordinaire et j’en connais la raison (sourire). C’est grâce à ma chambre d’hôtel, la 222. Je ne pouvais terminer qu’à cette place. S’il y avait une troisième course lundi, j’aurais clairement encore terminé 2e.
Le bilan de ce moins de janvier chargé est bon, pour vous?
C’est tip top, oui. Et si je peux me permettre, je suis très heureux de partager le podium aujourd’hui avec Sandro (ndlr: Simonet), ou un autre Suisse d’ailleurs. Ça montre que l’équipe a fait un beau travail ces dernières années. Sandro, c’est un « mini-Ramon »: il skie vite à l’entraînement mais il n’arrivait pas encore à le montrer en course. Je suis content pour lui.
Six Suisses ont réussi les minima pour les Championnats du monde de Cortina d’Ampezzo. Les entraîneurs vont devoir faire des choix. Mais vous, vous êtes assuré d’y aller, non?
(Rires) Si vous le dites… Je pense, oui.
Qui seront les trois autres suisses sélectionnés?
Je n’en ai aucune idée. Je suis surtout heureux que ce ne soit pas à moi de décider.
Vous aurez probablement un statut de favori au départ, à Cortina d’Ampezzo.
Une fois de plus, c’est vous qui le dites. Je sais skier vite et ça ne sert pas à grand chose d’être le patron ou pas. Dans le sport, la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain et c’est aussi ça qui est sympa. Cette saison, il y a eu sept vainqueurs différents en neuf slaloms. Il y a beaucoup de favoris, peut-être 10 ou 15 et j’en fais partie, oui. Mais à la fin, tout se jouera sur une course. Je ne ressens en tout cas pas de pression particulière, tant le niveau est serré devant.
Quel sera votre programme d’ici aux Championnats du monde?
Il reste trois semaines. Je vais prendre un peu de vacances, je voulais aller à la mer mais j’ai renoncé à cause de la situation sanitaire. Je vais faire du ski de fond, un peu de poudreuse aussi, si possible. Je veux surtout me reposer après un mois très chargé. J’ai bien mérité une bonne semaine de pause.

Sandro Simonet: « Je n’imaginais jamais pouvoir monter sur le podium »
Auteur d’une remontée fantastique, de la 30e place, qu’il a accroché pour un centième en première manche, à la troisième, Sandro Simonet a enfin confirmé les espoirs placés en lui depuis plusieurs années. Toujours très rapide à l’entraînement, le Grison n’avait jamais vraiment réussi à confirmer en course. C’est désormais chose faite. Et à double titre, puisqu’il intègre le top 30 mondial de la liste de départ et bénéficiera désormais de dossard plus favorables.
« Je suis vraiment très content de pouvoir sortir une manche comme je sais le faire à l’entraînement, s’est réjoui le skieur de 25 ans. Ma qualification pour la deuxième manche était vraiment limite mais parfois, il faut avoir un peu de réussite. Je suis fier de moi d’avoir réussi à saisir ma chance cet après-midi. » Interrogé sur l’importance de ce podium, le skieur de Savognin peinait à réaliser. « Je n’imaginais jamais pouvoir monter sur la boîte, surtout en terminant 30e en matinée. Même après ma deuxième manche, je n’ai pas pensé que ça suffirait. »
Son résultat est synonyme de minima pour les Championnats du monde. Mais la Suisse compte six slalomeurs à avoir rempli les conditions nécessaires à faire le déplacement à Cortina d’Ampezzo (deux top 15 ou un top 7 en Coupe du monde). Du coup, il n’est pas certain d’être du voyage. « Jusqu’à présent, je ne pensais pas aux Mondiaux, a avoué celui qui a survolé la deuxième manche à Chamonix ce dimanche. Mon ski n’était tout simplement pas au niveau jusque-là. Mais on est six et on verra ce que les coaches vont décider. Quant à prendre part au combiné, je ne pense pas car j’ai fait une mauvaise saison l’hiver passé dans la discipline donc je n’ai pas de points et je partirais avec un gros dossard à Cortina. »
Désormais, Sandro Simonet va discuter avec ses entraîneurs pour la suite de son hiver. Entre Championnats du monde en slalom et Coupe d’Europe en géant, il risque de faire le grand écart.
Laurent Morel, Chamonix