C’est l’une des informations qui fait beaucoup parler aux Championnats du monde en Engadine. Figure emblématique du halfpipe helvétique depuis de longues années, Pat Burgener veut désormais concourir sous les couleurs brésiliennes, comme nous vous le révélions il y a quelques jours. Si cette annonce a surpris passablement de monde dans le milieu de freestyle, elle a un sens profond selon le principal intéressé, qui s’est confié à quelques heures de son entrée en lice dans le pipe de Corvatsch.

« C’est un projet qui me tient vraiment à cœur, j’y pense depuis huit ans », révèle le Vaudois, qui a récemment obtenu le passeport brésilien, pays où a grandi sa maman (de ses 5 à ses 18 ans) après avoir quitté le Liban en raison de la guerre civile. Il faut dire qu’une partie de la famille de sa mère est brésilienne et y habite toujours. « J’ai beaucoup de liens là-bas et c’est un bon moyen de développer ma carrière sportive mais aussi musicale. Ça me permet d’ouvrir un nouveau marché », avoue celui qui vit en parallèle de ses deux passions, sur sa planche et derrière sa guitare et un micro.

Un pays orienté « freestyle »

Âgé de 30 ans, Pat Burgener estime qu’il s’agit du bon moment pour franchir le pas. « Il était déjà important pour moi d’obtenir le passeport brésilien sur le plan personnel et je pense que je peux apporter quelque chose au pays », précise celui qui compte déjà deux médailles de bronze mondiales à son palmarès (en 2017 et 2019). D’ailleurs, depuis plusieurs mois, il développe son portugais. « Ma mère me parle beaucoup dans cette langue, c’est bien. Avant, elle communiquait en arabe », raconte-t-il. « M’élancer sous la bannière brésilienne permettrait de donner un joli coup de projecteur au snowboard. Le pays est déjà très attiré par le freestyle, on le voit notamment avec le skate. Mon arrivée permettrait de compléter le panel en quelque sorte. »

Concrètement, les démarches ont été entreprises afin de pouvoir changer de nationalité sportive au printemps. La FIS devra notamment donner son aval. « Attention, je ne suis pas en conflit avec la fédération suisse », souligne celui qui est monté sur 9 podiums de Coupe du monde. « Swiss-Ski est et restera toujours ma famille. Je veux continuer à m’entraîner avec la Suisse. » Si Swiss-Ski ne mettra pas de bâtons dans les roues de son athlète en ne bloquant pas son « transfert » et en ne s’en formalisant pas, elle ne lui fera pas de cadeau non plus. S’il compte continuer à s’entraîner avec les Suisses, Pat Burgener (ou ses partenaires) devra débourser plusieurs dizaines de milliers de francs par saison.

La situation est toutefois différente de celle de Lucas Pinheiro Braathen, qui concourt pour le Brésil en raison de différends avec la fédération norvégienne. « C’est drôle, lorsque c’est arrivé, des amis m’ont écrit pour me dire qu’il voulait faire comme moi car j’avais déjà évoqué ce changement de national auparavant », rigole le Vaudois.

Ambitieux aux Mondiaux

Avant de se mettre à la samba, le rider va disputer ce qui pourrait être sa dernière compétition sous le chandail helvétique lors des Championnats du monde en Engadine. Il aura un vrai rôle d’outsider en halfpipe, après avoir retrouvé un excellent niveau ces derniers mois (il a notamment réussi trois top 10 cette saison). « Pourquoi pas viser un top 5 ou même un podium », évoque-t-il lorsqu’il s’agit de ses ambitions. « On observe qu’il faut avoir du style et être constant, je pense en être capable », lâche encore celui qui est malgré tout conscient que la tâche sera ardue. Les meilleurs spécialistes au monde, parmi lesquels Scotty James et l’armada japonaise, sont capables de plaquer des triple cork mais cela n’effraie pas le rider de Crans-Montana. « Ce n’est pas toujours le plus important et on a déjà pu observer que ce n’était pas une condition absolue pour obtenir un bon résultat. Tout reste possible. »

Place désormais au spectacle, dès jeudi pour les qualifications. Côté suisse, en l’absence de Jan Scherrer, Iouri Podladtchikov, David Hablützel et Jonas Hasler en snowboard et de Robin Briguet en freeski, tous blessés, les espoirs reposeront notamment sur les épaules de Pat Burgener donc, mais aussi de Rafael Kreienbühl et d’Alan Bornet. Le freeskieur valaisan de 18 ans a été médaillé de bronze aux Jeux olympiques de la Jeunesse la saison dernière.

Laurent Morel, Saint-Moritz