Trente ans après la naissance de l’Xtreme de Verbier, le freeride rejoint la famille olympique. Artisan majeur de cette ascension, Nicolas Hale-Woods revient sur les coulisses d’une décision historique, les défis à venir et l’avenir de son sport. Interview.

Il y a 30 ans l’Xtreme de Verbier voyait le jour, sur le Bec des Rosses, une montagne qui allait devenir l’emblème du freeride, sous l’impulsion de Nicolas Hale-Woods et de ses compagnons d’aventure. Trois décennies plus tard, voilà le freeride reconnu comme nouveau sport olympique, après l’aval du CIO, mardi, pour l’intégrer au programme des Jeux 2030 en France voisine. Une reconnaissance qui porte encore une fois le sceau du Bagnard qui aura réussi à donner à sa discipline une renommée internationale. C’est donc un tout nouveau défi qui se présente pour le patron du Freeride World Tour, naturellement heureux de cet accomplissement.

Nicolas Hale-Woods, on imagine votre fierté de voir votre sport, le freeride, intégrer officiellement le programme olympique?

C’est davantage de la joie que de la fierté. Je pense à toutes les personnes qui se sont engagées dans cette aventure. Des premiers riders à ceux d’aujourd’hui, mais aussi à ceux qui vont désormais rêver des Jeux olympiques. Je pense également aux organisateurs des premières compétitions, à ceux qui, aujourd’hui encore, mettent sur pied des épreuves dans 23 pays, ainsi qu’aux partenaires qui ont investi de l’énergie pour développer notre sport. Cette décision donne une dimension extraordinaire au développement du freeride pour les quatre prochaines années. C’est surtout beaucoup d’excitation pour l’avenir.

Depuis combien de temps imaginiez-vous le freeride devenir un sport olympique?

Cela fait 15 ans. Ces cinq dernières années ont toutefois été beaucoup plus intenses avec l’intégration du Freeride World Tour à la FIS (ndlr: en 2022), puis notre candidature auprès du COJO (Comité d’organisation des Jeux olympiques). À l’origine, la décision devait être prise en juin 2025. Il a donc fallu faire preuve de patience.

Comment avez-vous vécu ce long processus de candidature?

Par définition, c’est un processus que l’on ne vit qu’une seule fois. Il y a énormément de paramètres et d’intervenants, donc c’est forcément stressant. Mais nous savions que nous avions un bon produit, ce qui nous a rendus confiants à chaque étape. Il était finalement logique que la décision soit repoussée compte tenu du calendrier du COJO, sachant que son comité n’a été constitué qu’à l’hiver 2025. Au final, cela a été une expérience extrêmement enrichissante lors de laquelle nous avons pu expliquer notre sport, montrer sa richesse et démontrer que nous répondions à tous les critères.

Quels sont d’ailleurs les arguments qui ont convaincu le COJO et le CIO?

Le premier critère était la participation. Aujourd’hui, nous comptons plus de 11’000 riders issus de 73 nations dans les différentes catégories. Ce sont des chiffres qui parlent. Le CIO a également été sensible à la croissance de la relève, qui représente l’avenir de notre discipline.

Le deuxième critère concernait l’audience. Nous touchons près de 400 millions de téléspectateurs et de spectateurs sur les plateformes numériques chaque année, partout dans le monde.

Enfin, il y avait la maturité de notre sport. Le CIO a pu la constater lors des premiers Championnats du monde que nous avons organisés l’hiver dernier en Andorre, mais également lors des finales du FWT à Verbier, grâce à la qualité de notre production télévisée en direct. Tout cela prouve que nous disposons aujourd’hui d’un produit solide grâce au développement réalisé depuis une trentaine d’années qui porte ses fruits.

Avez-vous dû faire des concessions pour intégrer le programme olympique?

Aucune. Le CIO a observé le format que nous proposons aujourd’hui, aussi bien sur la montagne que pour les spectateurs. L’idée est de reproduire ce modèle, avec simplement peut-être un peu moins d’athlètes. Ce sera très proche d’un Championnat du monde ou de l’Xtreme Verbier. Le CIO ne nous demande pas de changer notre sport.

Certaines voix craignent que l’entrée du freeride dans le programme olympique dénature l’esprit originel de la discipline?

On nous l’a souvent dit… Mais ce discours vient surtout de personnes de plus de 50 ans. Quand on discute avec les moins de 30 ans, je n’en connais pas un seul qui estime que participer aux Jeux est une mauvaise idée. Notre objectif a toujours été de devenir olympique. Les Jeux apportent une dimension supplémentaire à une discipline. Les athlètes, les organisateurs, les partenaires, tout le monde en bénéficie. Pour rester compétitifs au niveau international, nous avions besoin de cette étape.

Je prends l’exemple du surf ou de l’escalade. Leur entrée aux Jeux a bénéficié aussi bien à l’élite qu’à la pratique de base. Les salles d’escalade ont explosé partout dans le monde. Tant que notre sport conserve son ADN, que ce sont les athlètes qui définissent le système de jugement et le classement — nous avons un groupe de huit athlètes qui y travaille —, nous continuerons à le protéger. Le CIO a parfaitement compris que le freeride pouvait se développer sans perdre son identité.

Quels sont les bénéfices à court terme dont va bénéficier le freeride?

Nous allons désormais travailler beaucoup plus étroitement avec les associations nationales de ski. C’est une formidable opportunité pour développer les écoles, les académies et les structures de formation. Prenons l’exemple de Swiss-Ski. Dès demain, la fédération pourra solliciter un soutien financier de Swiss Olympic afin d’accompagner les athlètes vers les Jeux. Cela représente entre 750’000 francs et un million de francs par année pour soutenir le sport d’élite, optimiser les chances de médailles, mais aussi développer la relève, les ski-clubs et les écoles de ski. Les quatre prochaines années s’annoncent extrêmement excitantes. Les Jeux olympiques agissent comme un formidable accélérateur et ouvrent de nombreuses perspectives. Nous allons maintenant analyser toutes les possibilités.

Quel sera votre principal chantier ces prochains mois?

Le travail ne fait que commencer. Nous allons collaborer avec le COJO, le CIO et la FIS afin d’optimiser la présence du freeride aux Jeux. Il faudra définir le système de qualification, préparer la montagne et le site de compétition, organiser des épreuves tests et accompagner les fédérations nationales dans leur développement, tout en continuant, parallèlement, à faire grandir le Freeride World Tour ainsi que toute la pyramide des juniors.

Vous parlez du site de compétition. On imaginait logiquement que Val Thorens, qui a organisé des étapes du FWT lors des deux dernières saisons, soit l’hôte des épreuves olympiques de freeride?

A priori, ce ne sera pas à Val Thorens. Au sein du comité d’organisation, il existe une volonté d’équilibrer les régions et de confier les nouvelles disciplines dans la région des Hautes-Alpes. Nous avons visité deux sites qui présentent de très belles possibilités: La Grave et Montgenèvre. Le CIO annoncera prochainement lequel sera retenu.

Comme le ski-alpinisme l’hiver dernier à Milan-Cortina, on imagine que le freeride va devoir faire ses preuves en 2030 pour s’installer dans la durée au programme olympique.

Oui. Les Jeux de 2030 constitueront une première étape. L’objectif est ensuite d’être au programme des Jeux de Salt Lake City 2034, les discussions sont d’ailleurs déjà bien avancées, car l’Utah entend s’investir à tous les niveaux dans le développement du freeride. Mais la suite dépendra naturellement de la réussite de cette première édition.

Et pourquoi ne pas rêver ensuite d’une édition à Verbier, avec le Bec des Rosses, pour des Jeux 2038 qui pourraient se dérouler en Suisse.

Pour notre pays, c’est une opportunité unique qu’il ne faut pas manquer. Les retombées économiques et l’impact en matière d’image seraient largement supérieures aux investissements nécessaires, sans parler des bénéfices pour notre jeunesse.

Johan Tachet