Après sa première victoire en Coupe du monde à Crans-Montana la semaine dernière, la saison de la skieuse d’Ayent est déjà réussie. La Valaisanne aborde alors ses premiers Jeux totalement détendue, sans pression. En quête de pin’s et, pourquoi pas, d’une médaille olympique.

Malorie Blanc vit un rêve éveillé. Il y a une semaine, elle s’offrait son premier succès en Coupe du monde lors du super-G de Crans-Montana. Ce dimanche, la skieuse de 22 ans fêtera son baptême olympique en descente sur la mythique piste de l’Olimpia delle Tofane. « Je profite à fond de tous ces moments. Être aux Jeux, ce n’est que du bonus », souligne la jeune athlète qui, de son propre aveu, ne s’est « jamais projetée » lorsqu’elle suivait, surtout les Jeux olympiques d’été, à la télé le plus grand rendez-vous sportif du monde. « C’est assez drôle de le voir ainsi, mais je ne me suis jamais dit que j’arriverais ici. Ce qui me fascinait, c’était de comprendre ce qu’il y a derrière les médailles, pourquoi c’était si grand pour un athlète, de ressentir l’émotion. »

Les yeux grands ouverts, la Valaisanne profite, savoure, comme lorsqu’elle a paradé vendredi soir en compagnie de la délégation suisse dans les rues de Cortina d’Ampezzo lors de la cérémonie d’ouverture. Elle a entamé une collection de pin’s. « J’ai repéré celui de Snoop Dogg. Je suis en train de faire le forcing auprès des skieuses américaines pour le récupérer », se marre-t-elle. Compléter cette moisson avec une médaille olympique ne serait pas pour lui déplaire. Mais elle n’en fait pas du tout une obsession, au contraire. « Je vais essayer de skier relâchée, en gardant avec moi ce qui s’est bien passé à Crans-Montana. Ma saison est déjà plus que réussie, donc je suis trop contente d’être là et de pouvoir m’éclater. »

Du repos pour se retaper physiquement et mentalement

Comme elle l’a toujours fait, même si désormais elle fait partie du gratin mondial de sa discipline. « Cette année, je me sens un peu plus à ma place, je connais mieux les gens sur le circuit. J’apprends gentiment à gérer. » Même si son succès de Crans-Montana a été vécu intensément, à deux pas de la maison. « Il y avait tellement d’émotions que j’avais l’impression d’être un peu en dehors du truc. En tant que spectatrice de moi-même, c’était particulier. Mais apparemment, c’est assez normal après autant d’émotions. En regardant les images et en en parlant avec les gens, on réalise. »

Pour fêter sa première, Malorie Blanc s’est octroyée un burger et un petit verre de rouge. Mais surtout quelques jours de repos à la maison avant de débarquer en Italie. « J’ai surtout dormi. J’ai surtout dormi. J’ai vraiment fait la larve, parce que c’est ce qu’il faut après une journée pareille. J’ai ralenti le rythme, et ça fait beaucoup de bien. » Pour la meilleure skieuse de vitesse suisse de l’hiver, ces quelques jours ont permis de recharger les batteries « tant physiquement que psychologiquement ». « J’ai digéré toutes les émotions et je me lance dans ces Jeux olympiques avec une page blanche, car il est important de ne pas rester bloquée sur le passé. »

La bonne gestion de la pression

La Valaisanne apprécie ce format de course d’un jour, où il faut être capable de performer le jour-J. Elle l’avait prouvé aux Championnats du monde juniors en 2024 à Châtel, en France voisine, lorsqu’elle s’était parée de l’argent en descente, puis de l’or en super-G. Elle a une nouvelle fois démontré qu’elle savait gérer la pression la semaine dernière devant plusieurs milliers de fans valaisans. « Cela m’étonne moi-même », sourit-elle. « À Crans-Montana, ce n’était pas une course différente des autres, mais il y avait beaucoup de monde, j’avais envie de bien faire, de régaler les gens que j’aime. Et ça m’étonne de réussir à gérer tout cela de la bonne manière et à performer dans ces conditions. »

Contrairement à la semaine dernière, celle qui a appris à skier sur les pistes d’Anzère certifie avoir « aucune pression ». « Je me dis aussi que je suis jeune, qu’il y aura d’autres occasions si ça ne se passe pas bien. Là, je suis vraiment en mode découverte. » Des pin’s, peut-être une médaille, avec Malorie Blanc tous les possibles sont ouverts. Dans ce rôle d’outsider, elle pourrait bien continuer à surprendre.

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo