Après sa chute lors de la descente de Crans-Montana, Lindsey Vonn prend le pari de participer aux Jeux olympiques avec une rupture totale du ligament croisé antérieur. Mais, physiologiquement, est-ce possible? La réponse avec la principale intéressée et le chirurgien Olivier Siegrist.

« Je ne veux avoir aucun regret. » C’est par ces mots que Lindsey Vonn a confirmé mardi qu’elle allait tout mettre en œuvre pour être au départ de la descente des Jeux olympiques ce dimanche après avoir été victime d’une rupture totale du ligament croisé antérieur du genou gauche, vendredi dernier à Crans-Montana. Ce vendredi, elle a signé, comme si de rien n’était, le 11e chrono du premier entraînement de la descente à Cortina d’Ampezzo, à un peu moins d’une seconde et demie de sa compatriote Jacqueline Wiles qui a réalisé le meilleur temps. Tout juste, a-t-elle répondu « yep » à la question d’un journaliste du pays de l’Oncle Sam qui lui demandait si tout avait bien été. « Elle n’a pas eu peur pour son genou », a rassuré son entraîneur Aksel Lund Svindal. « C’est le plus important. Et son ski avait l’air assez solide. Notre but n’est pas de la freiner »

Mais skier sans ligament croisé, est-ce vraiment dangereux? « Dans l’immédiat, ce ne l’est pas », assure le Dr. Olivier Siegrist, le chirurgien qui a opéré des milliers de genoux dans sa carrière, dont de nombreux chez des sportifs d’élite. « Ce n’est pas un danger, le mot est trop fort. Mais il y a un risque que son genou se déboîte et que cela puisse faire mal », précise-t-il.

« J’ai toujours été une aventurière »

Le Genevois établi en Valais rappelle qu’il manque « un élément stabilisateur ». Mais même si elle portera une attelle, comment la skieuse du Minnesota peut-elle, concrètement, espérer skier une descente olympique avec un genou qui n’est plus sécurisé? « Elle a vraiment une condition physique extraordinaire. C’est une sportive de très haut niveau, à la fois physiquement et mentalement. Elle a un talent énorme. Depuis sa chute, elle a été prise en charge par les physios, prend des anti-inflammatoires et effectue des drainages quotidiens. » Avant même avoir l’entraînement de vendredi, elle avait même posté jeudi après-midi une vidéo en plein entraînement physique. Comme si de rien n’était.

Lindsey Vonn certifiait en début de semaine qu’elle n’avait pas peur de s’élancer à grande vitesse sur l’Olimpia delle Tofane. « J’ai toujours été une aventurière. J’ai toujours été cette enfant qui grimpe aux arbres », lance la skieuse aux 84 victoires en Coupe du monde qui rappelle que son grand-père l’a toujours surnommée « la casse-cou ». « Je n’ai jamais eu peur de grand-chose dans ma vie, et c’est pour ça que je suis descendeuse. J’aime le risque. J’aime aller vite. J’aime me pousser à la limite. »

Plus de quinze blessures en carrière

Raison également pour laquelle, la championne de 41 ans a connu plus d’une quinzaine de blessures majeures durant sa longue carrière dont près de la moitié concerne ses deux genoux. Raison pour laquelle, l’Américaine avait également décidé de ranger une première fois ses skis en 2019 après sa médaille de bronze en descente aux Championnats du monde de Åre. Il y a deux ans, elle s’était même fait poser une prothèse partielle en titane à son genou droit dans le but de traiter des douleurs chroniques, mais également de revenir à la compétition. « Je me suis toujours relevée. Aussi souvent que j’ai échoué, j’ai aussi gagné. Et finalement, toute mon expérience m’a donné énormément de confiance. Je sais comment me gérer, comment gérer mon énergie, les gonflements et physiquement ce qu’il faut pour tenir. »

Car Lindsey Vonn, qui possède trois médailles olympiques à sa collection, ne veut pas abandonner son dernier rêve, celui de devenir la skieuse la plus âgée à remporter une médaille aux Jeux, avant de prendre une retraite définitive et méritée. « Je ne suis plus qu’à une semaine de quelque chose que, honnêtement, je n’aurais jamais cru possible. Je garde la tête haute, je me tiens droite et je ferai de mon mieux, quel que soit le résultat. » Avec l’espoir d’imiter Pierre Vaultier. Le rider français avait orné son cou d’or en remportant le snowboardcross des Jeux olympiques de Sotchi… sans ligament croisé antérieur.

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo