La Valaisanne s’apprête à disputer sa première course de Coupe du monde à quelques kilomètres seulement de chez elle, à Crans-Montana. Avec des souvenirs à effacer mais surtout beaucoup d’impatience et d’ambitions. Rencontre.
Ses derniers virages en compétition à Crans-Montana s’étaient mal terminés puisque Malorie Blanc s’y était blessée au genou gauche il y a près de deux ans. C’était après un enchaînement assez fou, entre Championnats du monde juniors et Coupe d’Europe sur le Haut-Plateau. Mais c’est avec un immense sourire que l’Ayentôte est de retour sur le Haut-Plateau, à quelques kilomètres seulement de chez elle pour y disputer ses premières courses de Coupe du monde.
Malorie Blanc, qu’est-ce que ça fait de disputer des premières courses de Coupe du monde à la maison?
Je me réjouis beaucoup! C’est vrai qu’il y avait eu un petit goût d’inachevé il y a deux ans maintenant. Ça fait longtemps! C’est vraiment chouette de revenir ici. Et la Coupe du monde, c’est quand même différent de la Coupe d’Europe. Ce n’est que du bonheur pour moi.
Aviez-vous un petit peu d’appréhension avant le premier entraînement?
Non! J’avais oublié! La première fois qu’on est revenues sur la piste, c’était la semaine passée pour l’entraînement. Au Trou du Renard, je me suis dit: “Tiens, ici, il s’était quand même passé quelque chose.” J’ai ressenti un peu de respect au début, mais ça s’est vite envolé. Je me suis rendu compte que les conditions étaient très particulières à l’époque de ma blessure, que j’étais fatiguée. Aujourd’hui, je me sens prête physiquement, donc c’est une autre histoire. Il s’est passé tellement de choses depuis… Et puis, j’adorais déjà cette piste avant. Je dirais même que c’était peut-être le meilleur endroit pour se blesser (sourire).
Avez-vous pu en profiter pour passer un petit peu de temps à la maison?
Oui et ça fait vraiment du bien. Après Tarvisio, j’avais besoin d’un peu d’air frais. On a eu deux jours à la maison avant de revenir ici pour s’entraîner. Ça m’a replongée un peu en enfance. Partir de la maison le matin, monter en voiture, arriver ici et croiser des bénévoles que je connais, c’est trop bien… Aujourd’hui encore, j’ai vu deux ou trois personnes de mon village au départ. C’est vraiment drôle. J’ai l’impression de revenir en enfance, et c’est hyper chouette.
Vous veniez aux courses ici en étant petite. Quel souvenir en gardez-vous?
Je me souviens avoir attendu les athlètes à l’arrivée. Et quand certaines ne s’arrêtaient pas, c’était une déception monumentale! On disait: « Celle-là, elle n’est pas cool ». Du coup aujourd’hui, j’essaie toujours de m’arrêter quand il y a des enfants. L’an dernier, je suis venue voir les courses des messieurs ici, et il y avait un tel engouement! Heureusement que j’avais pris des petites cartes à distribuer, parce que les gens étaient super contents de me voir. Ça me touche énormément.
Vous ne vous rappelez pas de la victoire de Lindsey Vonn ici en 2008?
(Rires) Si mes calculs sont bons, j’avais quatre ans… donc non, je ne m’en souviens pas.
Plus sérieusement, que pouvez-vous nous dire de cette piste du Mont Lachaux?
Je connais cette piste depuis longtemps, mais s’y élancer en Coupe du monde, c’est quand même une autre histoire. Je la trouve fabuleuse. Il y a de tout: des virages où il faut vraiment oser. attaquer, des sections de glisse… Je pense qu’elle peut plaire à tout le monde. Moi, je trouve que c’est la plus belle piste du circuit, même si je ne suis peut-être pas très objective… En tout cas, elle me plaît énormément. Je vais essayer d’en profiter au maximum et d’exprimer mon ski du mieux possible sur cette piste qui peut me correspondre.
Dans quel état d’esprit arrivez-vous ici, dans ces circonstances quelque peu particulières?
Je sais qu’il y aura beaucoup de monde, des gens de ma région. J’aimerais partager des émotions avec eux, mais je me concentre vraiment sur mon ski. Par rapport à l’ambiance dans la station, j’ai discuté avec des gens d’ici qui disent que ces courses font du bien, qu’elles apportent un souffle d’air frais. Si on peut offrir un moment un peu à part, c’est quelque chose qui me tient à cœur. Je suis vraiment contente que ces courses aient lieu.
On sent aussi une belle solidarité autour de la station…
Oui, clairement. Il y a une bonne ambiance, on sent que les gens sont en pensée avec la station. Ça montre qu’on est soudés et qu’on fait face ensemble. Mais par respect pour les familles, il ne faut pas remuer les choses. Avoir une pensée pour elles, c’est tout ce qu’on peut faire.
Les Jeux olympiques sont-ils dans un petit coin de votre tête?
On est allées chercher les tenues à Zurich, donc ça donne forcément un avant-goût. Mais ici, il y a déjà des courses à faire. Je sens que je vais pouvoir vraiment profiter, m’amuser. Je me concentre d’abord sur ce week-end, qui sera très chargé en émotions et en énergie.
Une Coupe du monde à la maison, les Jeux olympiques… Vous devez vous pincez pour y croire?
Lorsque je regarde en arrière, ici, ça me fait tout bizarre. À cette arrivée-là, j’étais en luge il y a deux ans. Il s’est passé énormément de choses depuis. Ça donne presque le vertige. Mais j’essaie surtout de regarder devant et de ne pas trop réfléchir. Je viens d’une petite station à côté, le chemin a été long. Ça fait très longtemps que je suis sur les skis. Mais aujourd’hui, c’est vraiment que du bonheur, et je suis hyper reconnaissante que tout se passe comme ça.
Vous avez un nouveau statut dans cette équipe de vitesse. Tout un pays est derrière vous. Vous y pensez parfois?
Il y a sûrement beaucoup de gens qui se réjouiraient de bons résultats, mais j’essaie de rester réaliste et de garder les pieds sur terre. C’est seulement ma deuxième saison en Coupe du monde. Il faut prendre ce qui vient et donner le meilleur. Je pense que je peux viser de belles choses, j’ai des ambitions pour la suite, mais je regarde vraiment sur le long terme. Mon objectif, c’est de m’installer en Coupe du monde. Pas de faire un coup d’éclat. J’aimerais pouvoir monter plusieurs fois sur le podium dans ma carrière. Si ce n’est pas demain, ce sera peut-être dans deux ans.
Laurent Morel/JT, Crans-Montana
