Onze mois après sa terrible chute lors d’un entraînement de descente à Saint-Moritz, Michelle Gisin a annoncé la fin de sa carrière ce mardi à 32 ans. La championne obwaldienne a marqué le ski suisse par ses magnifiques médailles et sa personnalité enjouée.
« Ce fut une période magnifique de ma vie, et je mesure l’immense chance que j’ai eue de pouvoir en profiter autant. » C’est à quelques mètres du sommet du Titlis, qui surplombe son village d’Engelberg, que Michelle Gisin a annoncé ce mardi matin la fin d’une belle et brillante carrière. À son image, avec un grand sourire, sous le soleil du canton d’Obwald, là, où les sommets culminent à plus de 3000 mètres d’altitude, la championne peut contempler le chemin parcouru depuis ses débuts. « Avec le recul, je réalise de plus que ce que j’ai accompli est beau », savoure-t-elle. « J’ai toujours apprécié les moments sur les skis. Quand tu es dedans, tu ne te rends pas compte. Mais au final, jamais je n’aurais imaginé avoir une telle carrière. »
Deux médailles d’or olympiques, glanées en combiné à PyeongChang et à Pékin, auxquelles s’ajoutent encore le bronze du super-G lors des Jeux en Chine, ainsi que l’argent et le bronze aux Mondiaux, remportés dans cette même discipline à Saint-Moritz en 2017 et à Cortina d’Ampezzo en 2021 ornent son armoire à trophées. En plus de ces breloques, elle dénombre 21 podiums en Coupe du monde pour un triomphe, lors du slalom de Semmering en 2020, qui restera à jamais gravé dans sa mémoire.
Michelle Gisin a fait partie d’un très rare caste d’athlètes. Polyvalente, elle s’est plu à s’aligner dans toutes les disciplines. D’ailleurs, elle est montée au moins deux fois sur le podium dans chacune d’entre elles (4 en descente, 3 en super-G, 3 en géant, 9 en slalom et 2 en combiné). Une performance que seules Anja Pärson (SUE), Pernilla Wiberg (SUE), Tina Maze (SLO), Maria Höfl-Riesch (ALL), Janica Kostelić (CRO), Lindsey Vonn (USA), Petra Kronberger (AUT) et Elisabez Görgl (AUT) ont réalisé.
Dans le sillage de Dominique et Marc
Au total, la skieuse d’Engelberg compte 291 départs en Coupe du monde, avec une première apparition fêtée en décembre 2012 à Semmering. « Elle avait déjà beaucoup de cœur, l’envie de travailler, la passion et surtout un toucher de neige extraordinaire », se rappelait Denis Wicki, l’un de ses mentors, qui a commencé à accompagner l’Obwaldienne en 2012.
Dès son troisième slalom, « Micken » prend la 9e place à Flachau, impressionnant Mikaela Shiffrin, qui dominait déjà les virages courts. Elle doit patienter jusqu’en décembre 2016 pour monter sur son premier podium, en combiné à Val d’Isère. Son entourage et ses entraîneurs la poussent à faire davantage de vitesse, grâce à sa technique hors pair, même si quelques années plus tôt elle avouait ne pas être aussi courageuse que sa sœur Dominique, championne olympique de descente en 2014, ou son frère Marc. Le choix est payant puisqu’elle franchit un cap lors de la saison 2017-2018 en s’installant parmi les meilleures spécialistes de descente et de super-G et en remportant l’or olympique du combiné.
Mais la carrière de Michelle Gisin n’a jamais été un long fleuve tranquille, jalonnée de hauts et de bas. En janvier 2019, sa saison se termine prématurément après avoir été victime d’une lésion au cartilage et d’une distension du ligament croisé antérieur du genou droit. Mais elle revient plus forte que jamais pour remporter une victoire de prestige lors du slalom de Semmering, là où tout avait commencé huit ans plus tôt, en décembre 2020, devenant la première skieuse suisse à remporter un slalom depuis 18 ans et Marlies Oester. Cette même saison 2020-2021, elle termine 3e du classement général, son meilleur résultat dans la hiérarchie mondiale.

Michelle Gisin va continuer d’œuvrer dans le ski. (Maeva Pellet/Zoom)
Une mononucléose, du vin, de l’or et la chute de trop
Au moment où les suiveurs estimaient qu’elle avait le potentiel pour jouer le grand Globe de cristal, Michelle Gisin se voit freinée par une mononucléose à l’été 2021. Face à l’adversité, elle s’accroche pour aller cueillir le bronze du super-G et l’or du combiné lors des Jeux olympiques en Chine, après avoir trinqué avec Luca Aerni et Loïc Meillard. C’est en slalom qu’elle va connaître ses derniers exploits en montant deux fois sur le podium lors de l’hiver 2023-2024. La saison qui suit est plus délicate. La championne traverse des périodes de doutes et décide d’arrêter le slalom en course d’exercice.
Finalement, le coup de grâce arrive le 11 décembre 2025. Elle chute violemment lors du deuxième entraînement de la descente de Saint-Moritz. Son genou gauche est en miette et sa colonne vertébrale est violemment touchée. La championne échappe de peu à la paralysie. Plusieurs interventions chirurgicales sont nécessaires. Mais la skieuse de 32 ans n’a jamais pu retrouver l’intégralité de ses moyens physiques depuis. Son retour sur la neige, effectué jeudi dernier, l’a conforté dans son choix que c’était le bon moment pour tirer sa révérence. Si elle peut désormais pratiquer certaines disciplines comme le ski de fond sans douleur, ce n’est pas encore le cas pour d’autres, comme le vélo.
Le retour à Saint-Moritz où le cœur s’est serré
« Il y a des moments durant ma convalescence où j’ai pensé être capable de revenir », concède-t-elle. « Sans regarder loin, je me fixais des buts pour le lendemain, la semaine suivante, le mois d’après, sans penser aux Championnats du monde de Crans-Montana. C’était bien d’avoir des objectifs durant l’été, mais plus on avançait, plus le coeur disait que c’était bon. » C’est en retournant à Saint-Moritz, en septembre dernier, que la championne a pris la décision qui s’imposait. « Je me suis assise sur la piste de course. Et tout s’est connecté. Saint-Moritz a toujours été un point fixe de ma carrière, j’y ai fait mon premier Grand-Prix Migros, je m’y suis souvent entraînée, il y a deu es courses de Coupe du monde, les Championnats du monde et finalement cette dernière manche il y a une année. J’ai réalisé que ma décision venait du cœur, j’ai pleuré ensuite pendant trois ou quatre semaines. C’était beau en somme, même si ces émotions étaient parfois difficiles à gérer. »
Le ski, Michelle Gisin ne va pas trop s’en éloigner. Comme à Sölden il y a une dizaine de jours, elle va continuer à arpenter les sites du Cirque blanc pour encourager son mari, le géantiste Luca de Aliprandini. À côté de ses projets personnels, elle sera également présente aux Championnats du monde de Crans-Montana, puisqu’elle y officiera comme intervieweuse au pied des pistes du Haut-Plateau lors des courses et le soir lors des cérémonies protocolaires. Et on ne peut que s’en réjouir. Bon vent!
Johan Tachet/LMO, Engelberg
