Il ne reste plus que cinq journaliste romands dans l’aire d’arrivée qui attendent Marc Rochat à l’interview, plus d’une heure après que le Vaudois se soit assuré une première médaille mondiale à 32 ans, décrochant le bronze en combiné par équipes à Saalbach, avec Stefan Rogentin. En s’exprimant, très vite, des trémolos apparaissent dans la voix du skieur de Crans-Montana, monstre de résilience, qui connaît le très long chemin qu’il a de emprunter avant d’en arriver là. Petit à petit, ce sont même des larmes qui se mettent à couler le long de ses joues, alors que les journalistes ont également les yeux qui s’embuent, tant la relation nouée au fil des années avec l’attachant champion est forte.

« J’y ai cru et j’ai continué à y croire quand beaucoup n’y croyaient plus », rappelle-t-il, en sanglots. « J’ai continué à me battre et à me battre dans l’ombre des autres. J’ai traversé des moments qui étaient compliqués et ce début de saison était dur. Il y a beaucoup de moments où j’ai voulu lâcher et je me suis accroché. Maintenant, je fais 3e aux Championnats du monde, c’est beau. C’est pour ça que je me bats et aujourd’hui ça me donne raison. J’en suis extrêmement fier. » Tout au long de sa carrière et avant d’exploser au plus haut niveau l’hiver dernier, Marc Rochat a souvent connu plus de bas que de hauts, à l’image de sa saison 2018-2019 cauchemardesque, lorsqu’il avait enchaîné 8 éliminations de suite tous niveaux confondus, par exemple.

Un rêve prémonitoire

Du coup, cette médaille mondiale est d’autant plus belle. « C’est difficile à décrire », avoue-t-il. « Les émotions sont très spéciales et pouvoir les partager avec un ami, c’est d’autant plus beau. Les étoiles s’alignent enfin, c’est extraordinaire. » Il est vrai qu’après la descente du toujours souriant Stefan Rogentin terminée à la 8e place, tout était réuni pour que le Vaudois achève le travail. « Je m’élançais juste après la pause pub (ndlr: la piste est alors bien lissée) sur une piste salée qui me convient parfaitement. C’était idéal. »

Qualifié de dernière minute pour ces Championnats du monde à Saalbach, Marc Rochat a pourtant connu une nuit agité avant ce combiné par équipe, premier du nom. « C’est assez dingue, je me suis réveillé au milieu de la nuit dernière et j’avais rêvé que je gagnais la médaille de bronze. Lorsque je me suis rendu compte que ce n’était qu’un rêve, je me suis dit ‘merde, il faut tout recommencer!’ J’étais si heureux et je m’étais pourtant réveillé si serein… Au final, c’était peut-être un rêve prémonitoire alors que normalement, je fais plutôt des cauchemars. J’étais un peu ébranlé ce matin mais il faut croire que ça a joué en ma faveur. »

Et désormais, le sympathique Vaudois sait qu’il va laisser sa marque dans l’histoire du ski. « C’est une immense fierté, en plus d’avoir partager ça avec cinq de mes collègues d’équipe, c’est merveilleux. »

Laurent Morel, Saalbach-Hinterglemm