Deux courses, deux médailles d’or. Robin Cuche a réalisé un début de Jeux paralympiques de rêve. Libéré après son titre en descente, le Neuchâtelois a livré la marchandise en super-G, pour permettre à la Suisse de toujours devancer la France et l’Autriche au tableau des médailles. Réaction.

Robin Cuche skie sur les traces de Franjo von Allmen. Un mois après le Bernois qui avait remporté l’or olympique en descente et en super-G, le skieur de Neuchâtel a réalisé pareil exploit aux Paralympiques. La performance est de taille pour le skieur de Saules qui n’avait jamais, avant le début de ces Jeux, porté de l’or autour de son cou dans un grand rendez-vous. S’il était attendu dans la discipline reine, ce n’était pas forcément le cas en super-G où il n’était jamais parvenu à faire mieux que deux 3es places cette saison et n’avait remporté qu’un succès il y a trois ans dans la discipline. Mais en pleine bourre et en pleine confiance, Robin Cuche a poursuivi sur sa lancée pour réaliser un magnifique doublé.

Robin Cuche, deux médailles d’or en deux courses, on imagine un énorme sentiment de satisfaction?

C’est très beau. Mais avec le dossard 2, je n’ai pas vraiment pu célébrer comme je l’aurais voulu, parce qu’il faut attendre longtemps que tous les autres arrivent. C’est peut-être le seul petit regret. Mais au final, ce sont deux médailles d’or, donc peu importe.

Avez-vous ressenti les mêmes émotions que lors de votre premier titre en descente?

Pas vraiment. C’est un peu triste d’un côté. Je n’ai même pas encore pleuré (rires). En plus, je savais que les trois skieurs qui pouvaient le plus me menacer, Alexis Guimond, Arthur Bauchet et Aleksei Bugaev, s’élançaient rapidement après moi. Je n’ai pas pu me réjouir tout de suite. Même si je m’étais dit que mon temps pouvait suffir.

Pourtant, à voir votre gestuelle dans l’aire d’arrivée, vous hochiez la tête, nous avions l’impression que vous n’étiez pas totalement satisfait de votre performance. C’est votre côté perfectionniste?

Oui, c’est vrai, il faut que je travaille là-dessus. Quand vous partez avec le dossard 2, même si vous êtes devant, vous ne savez jamais ce qui peut se passer. Et j’ai fait exactement la faute qu’il ne fallait pas à l’endroit où les coaches m’avaient dit de rester haut et de prendre de la vitesse. Ça m’a un peu énervé. Sur le bas du tracé, j’ai pu skier comme je le souhaitais. Mais je ne pensais pas que ce serait l’or. 

Avoir remporté l’or en descente, vous a-t-il libéré en quelque sorte?

C’est bizarre à dire, mais je crois que je n’ai jamais été aussi relax au départ qu’aujourd’hui. Je rigolais avec le physio et les servicemen, alors que d’habitude j’essaie plutôt de rester dans ma bulle avant le départ. Mais aujourd’hui, la piste me plaisait et la manière dont elle était tracée aussi. Je me suis dit que je devais simplement essayer de prendre du plaisir et voir ce que ça donne en bas.

Robin Cuche a délivré une nouvelle fois la marchandise. (Gabriel Monnet/Swiss Paralympic)

Vous avez profité d’ailleurs dimanche de ne rien faire après avoir fêté votre premier titre. C’était le bonne stratégie.

Oui, je pense que la journée de repos m’a fait du bien. Le coach nous avait demandé si nous voulions aller nous entraîner en super-G, mais j’ai préféré me reposer pour garder de l’énergie, parce que la semaine est encore longue.

On a vu une pancarte “Robynator”. Vous pouvez nous raconter l’origine de ce surnom?

Non, pas vraiment. Personne ne m’appelle comme ça normalement. C’est mon frère Rémi qui a fait la pancarte. Avant-hier, il avait déjà dessiné une médaille dessus et je pense qu’il va maintenant en ajouter une deuxième.

Et pourquoi pas une troisième, une quatrième, voire une cinquième lors des prochaines courses?

Une médaille dans chaque discipline, ce serait vraiment énorme. Surtout en géant où je ne skie généralement pas très bien et c’est celle où la concurrence est la plus forte. Donc ce sera très compliqué. Pour le combiné et le slalom, on verra. Avec un peu de chance, ça peut payer. Mais j’essaie de ne pas trop y penser pour l’instant.

La Suisse s’était fixée l’objectif de trois médailles après trois jours de compétition et vous en avez remporté deux…

C’est très bien. Je crois que nous sommes toujours devant les Français au tableau des médailles et ça, ça fait plaisir. On s’entend tous bien, mais c’est vrai que j’aime toujours finir devant les Français, comme devant les Autrichiens (rires).

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo