Face aux difficultés rencontrées dans la vie ou sur les skis, Robin Cuche s’est toujours accroché. Combatif, le Neuchâtelois a fait face aux obstacles pour conquérir son premier titre paralympique sous les yeux de ses proches. Portrait du persévérant skieur vaudruzien.

Les yeux rougis par l’émotion, Robin Cuche regarde ce drapeau suisse flotter haut dans le ciel bleu de Cortina d’Ampezzo au moment où résonne le Cantique suisse. Autour de son cou, scintille cette médaille d’or, qu’il a longtemps cherchée. Parfois malchanceux, tantôt malheureux, le plus beau des métaux s’était toujours refusé au Neuchâtelois dans un grand rendez-vous. « J’en avais un peu marre de faire de l’argent », sourit-il à chaud quelques minutes après son sacre. On ne saurait lui donner tort après avoir terminé à cinq reprises deuxième aux Championnats du monde. Mais ce titre paralympique en descente, il est allé le chercher, dans la peau du favori, faisant fi de cette pression qui l’a empêché de bien dormir la nuit précédant son sacre.

Mais lorsque son réveil a sonné à 4h45 samedi matin, le skieur vaudruzien savait que son heure était enfin arrivée. Du petit déjeuner à la reconnaissance, en passant par la table de massage et l’échauffement, Robin Cuche était concentré pour aller chercher son dû dans sa discipline de prédilection, celle qu’il domine depuis quatre hivers. Sur l’Omlipia delle Tofane, rattrapé par l’enjeu, il n’a pas été parfait. Mais bien meilleur que tous ses adversaires, à commencer par son principal contradicteur, le Français Arthur Bauchet. « Je n’ai pas tout à fait effectué le plan que je voulais sur la course, mais ça suffit », souffle-t-il ému à la recherche de ses mots.

Les larmes de Robin Cuche sur le podium paralympique. (Gabriel Monnet/Swiss Paralympic)

Jamais il n’aurait pu skier selon les médecins

Cet instant suspendu, il le partage avec ses proches, ses parents Sandra et Alain, son frère Rémi et des amis de la famille, qui partagent les larmes de leur protégé. « Que ce soit sur les skis ou dans la vie, cette récompense représente tout le chemin parcouru », témoigne sa maman, fière. »Robin s’est toujours battu face aux obstacles. Et à chaque fois, il a réussi. » Comme lorsque les pronostics du corps médical annoncent à la famille, que leur enfant, hémiplégique de naissance, ne pourra jamais faire du ski. « Quand on vous dit ça, on se demande surtout ce qu’on va mettre en place pour qu’il puisse avancer et avoir une vie la plus normale possible. On n’avait aucun interdit», racontent les parents. Dans la maison de Saules, on privilégie le mouvement, quitte à laisser Robin s’épanouir avec sa trottinette, pour lui permettre de bouger, d’explorer, de se développer.

Et dans une famille, érudite de ski, avec un papa membre du ski-club local et un oncle déjà médaillé olympique de super-G, il était inévitable que les enfants choisissent de chausser les lattes. « À l’origine, l’idée était de pouvoir faire du ski en famille. On ne l’a jamais poussé », se remémore en rigolant Alain. « Et finalement, ça a merdé au milieu car Robin était bon malgré son handicap. »

Le papa Alain, la maman Sandra et le frère Rémi ont vibré pour Robin. (JT/SkiActu)

Une jambe droite qui tremble et un changement de classification

Puis viennent les premières petites courses régionales avec les copains du ski-club. Une étape après l’autre, sans plan précis. Très vite pourtant, Robin Cuche se heurte à une réalité. Face aux skieurs valides, l’écart est important. La frustration apparaît. C’est alors que la famille découvre le monde du ski paralympique. L’aîné vibre devant les exploits de Christoph Kunz, qui remporte l’or de la descente à Vancouver. C’est à Schönried qu’il va découvrir le monde du para-ski en participant à 11 ans à ses premiers Championnats de Suisse. La machine est lancée. Quatre ans plus tard, il vit ses premières émotions internationales en participant aux Jeux de Sotchi. « Pour un gamin de 15 ans, défiler devant 60’000 personnes lors de la cérémonie d’ouverture est un moment marquant. » Pourtant, les coaches suisses ont hésité à le retenir pour ce voyage à cause de son jeune âge. La décision fut la bonne.

Toutefois, les obstacles sont toujours aussi importants. Malgré son potentiel et sa progression, le skieur de Saules peine à performer à sa juste valeur, malgré des résultats probants, comme cette première médaille d’argent mondiale en super combiné en 2017 à Tarvisio ou une 6e place au général de la Coupe du monde lors de la saison 2020-2021. À l’été 2022, il demande alors une reclassification de son handicap. Après plusieurs visites médicales, le Comité internationale paralympique (CIP) le classe dans la catégorie LW-9, reconnaissant que le Suisse est atteint d’une hémiplégie lourde. À l’image de cette jambe droite qui tremble méchamment sur chaque appui sur le pied droit. « C’est le plus difficile à gérer », souligne Robin Cuche. « Parfois elle tremble un peu moins, parfois beaucoup plus. Ça dépend des jours. Mais peu importe l’appui, je dois toujours prendre plus de marge que mes concurrents pour réussir les mêmes sorties de virages. »

Robin Cuche dans ses oeuvres. (Gabriel Monnet/Swiss Paralympic)

Avec ce changement de classification salutaire, il bénéficie concrètement d’un facteur de compensation maximal sur son temps de course. Le Neuchâtelois explose enfin au plus haut niveau. Même si on lui a retiré son bâton droit, les victoires en Coupe du monde s’enchaînent. Dans l’intervalle, il cueille quatre Globes de cristal en descente et quatre autres médailles d’argent mondiales, voyant toutefois toujours l’or lui filer sous le nez.

« Mérité de parler de Robin pour autre chose que son arbre généalogique »

Alors lorsqu’il débarque à Cortina d’Ampezzo, il est en mission. Depuis plusieurs mois déjà, en prenant le pari de réduire son temps de travail de 60% à 40%, dans le but de mieux s’entraîner et maximiser son temps de récupération. En débarquant en Italie, Robin Cuche arbore un visage fermé, concentré, conquérant. Une tension qui a touché l’ensemble de la famille Cuche. « Je crois que j’étais bien plus stressé que lui au départ », rigole son frère Rémi, aussi skieur de talent, à qui la sécurité italienne a refusé qu’il embarque en tribunes un pancarte « Robinator ». Car sur l’Olimpia delle Tofane, Robin Cuche a pleinement assumé son statut de favori pour enfin se couvrir d’or. « Ça a fini par payer. Il a démontré qu’il mérite qu’on parle de lui pour ses performances et non plus pour son arbre généalogique », poursuit Rémi, en faisant référence à leur illustre oncle Didier.

Pour son frère, cette médaille est également la récompense logique d’un parcours fait d’obstination et de travail. «Robin est un peu teigneux», glisse-t-il avec affection. « Quand il veut quelque chose, il se donne les moyens d’y arriver. » Car derrière le champion paralympique se cache surtout un parcours jalonné d’obstacles, de doutes et de remises en question. « S’il y a un mot qui le caractérise, c’est combatif », sourit sa maman Sandra. Et Robin Cuche n’a pas fini de se battre dans les Dolomites. « Les Jeux sont déjà réussis, c’est clair. Mais on va essayer de ne pas en rester là. »

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo