Tenante du titre en slopestyle, la Fribourgeoise sera la grande favorite à sa propre succession lundi. Pour s’imposer, elle devra dominer sa rivale chinoise Eileen Gu. Mais elle a tout pour y parvenir. Éclairage.

Cette fois, il n’y a aucun doute. Mathilde Gremaud est bien la grande favorite de l’épreuve olympique de slopestyle. La Gruérienne, qui a fêté ses 26 ans dimanche, s’avance comme prétendante numéro un à la médaille d’or grâce à ses performances des derniers mois et des dernières années, mais aussi grâce à la sérénité dont elle a fait preuve ces derniers jours et notamment lors des qualifications, dont elle a signé les deux meilleurs runs. « Il est vrai que j’étais très détendue », s’est-elle réjouie. « J’ai pu skier libérée. J’espère pouvoir retrouver ce même sentiment lundi. Je vais tout faire pour que ça se passe bien, sans me mettre trop de pression. Je suis prête pour le challenge. » Et dire qu’il y a quatre ans, elle avait terminé 12e et avait arraché de justesse son ticket pour la finale…

Si elle est libérée, c’est que Mathilde Gremaud a muri et surtout qu’elle se sent très bien dans le park Mottolino de Livigno. Même si elle doit parfois encore affiner la vitesse nécessaire aux envolées sur les trois sauts du parcours, selon la qualité de la neige évidemment. « J’ai deux plans différents pour la finale, en particulier sur les sauts », a-t-elle précisé alors qu’elle avait déjà une bonne idée de son run avant d’arriver en Italie. « Je choisirai avec les entraîneurs la meilleure option, celle avec laquelle je suis la plus à l’aise. » De quoi enthousiasmer ses nombreux proches à avoir fait le déplacement, pour ses premiers Jeux olympiques hors d’Asie. « Plus il y a de monde, mieux c’est », s’extasie la Fribourgeoise, qui balaie d’un revers de la main toute pression. « C’est hyper motivant de savoir qu’il y aura tous ces gens pour me soutenir. Dans un moment de doute, ça peut faire la différence! »

Eileen Gu comme grande rivale

Et si la rideuse de La Berra compte déjà tous les métaux dans sa très chargée armoire à médailles, elle compte bien ne pas s’arrêter en si bon chemin. Cette fois, l’or olympique lui tend les bras. Mais malgré l’absence en slope de certaines des meilleures spécialistes, blessées ou convalescentes à l’image de l’Estonienne Kelly Sildaru, de l’Italienne Flora Tabanelli ou encore de la Française Tess Ledeux, la Gruérienne devra se méfier de la Britannique Kirsty Muir, qui l’a battue aux X Games il y a deux semaines, mais surtout de la Chinoise Eileen Gu, sa grande rivale.

Cette dernière pourra compter sur le soutien de l’entraîneur Misra Torniainen, qui avait lâché l’équipe de Suisse et Mathilde Gremaud avant les Jeux olympiques de Pékin pour finalement guider celle qui allait logiquement devenir l’une des grandes stars du rendez-vous de 2022 (3 médailles dont 2 en or et une en argent, derrière Mathilde Gremaud en slopestyle). Après avoir participé à quelques entraînements aux côtés de « MG » à Corvatsch au mois de décembre, il a finalement fait volte-face, retournant auprès de la Chinoise qui a grandi en Californie… Heureusement et sans aucune forme d’inquiétude, la Fribourgeoise peut compter sur l’entraîneur de l’équipe de Suisse Greg Tuscher, qui l’a accompagnée dans ses plus grands exploits et en qui elle a une confiance totale.

Tout est en place

Rien ne semble pouvoir interrompre la marche en avant de la double championne du monde en titre dans la discipline lors de ces Jeux. C’est elle qui s’était imposée avec brio l’an passé à Corvatsch aux Mondiaux, à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau. Et c’est bien elle qui semblait la plus détendue lors de la dernière session d’entraînement dimanche à mi-journée, sûre de son fait et de ses capacités. Eileen Gu, elle, était encore en phase d’analyse des différentes possibilités pour son run de finale. Mais lorsqu’on connaît les capacités de la Chinoise, tout reste évidemment ouvert, même si celle-ci sera plus attendue en halfpipe.

En attendant, aucun grain de sable n’est venu gripper la machine enneigée de la Rochoise, qui a d’ailleurs logiquement préféré ne pas participer à la cérémonie d’ouverture vendredi soir, à la veille des qualifications. « On m’a demandé de porter le drapeau à Livigno », a-t-elle malgré tout confié. « Mais c’était trop compliqué ici et impossible à Milan. Peut-être que cela sera possible dans quatre ans, lorsque je serai plus vieille et que j’aurai moins de chances de gagner (rires). » Détendue et sereine, Mathilde Gremaud.

Laurent Morel, Livigno