Le Vaudois a décroché l’or olympique ce vendredi grâce à la victoire de l’une de ses protégées, l’Australienne Josie Baff. Un titre qui vient récompenser un travail de longue haleine avec les snowboardeurs Down Under. Rencontre.

Phénoménal! Le terme n’est pas usurpé lorsqu’il s’agit d’évoquer la trajectoire de Harald Benselin, qui a su utiliser tout son expérience pour permettre à Josie Baff de devenir championne olympique ce vendredi à Livigno. L’entraîneur en chef de l’équipe d’Australie de snowboardcross a réussi à couvrir d’or sa protégée au terme d’une finale de folie, qui a vu la Bernoise Noémie Wiedmer terminer au pied de la boîte.

Un parcours semé d’embûches

Pour le cinquantenaire, cette victoire est un véritable aboutissement, 20 ans après le premier titre olympique, qu’il avait décroché en entraînant l’équipe de Suisse de Tanja Frieden, 16 ans aussi après le bronze d’Olivia Nobs. Dans le milieu du snowboard depuis ses 20 ans, le résident de Leysin a tout connu ou presque, quel que soit sa destination. Ancien rider sous les couleurs de la Belgique, Harald Benselin s’est retrouvé en 2000 à entraîner l’équipe de Suisse et ce, durant 15 années remplies de succès avec de nombreux podiums à la clé donc, que ce soit lors des Jeux olympiques, des Championnats du monde et évidemment en Coupe du monde. Ejecté, il a ensuite rebondi sous les couleurs des kangourous australiens, dès 2016 alors que les Espagnols et les Coréens lui faisaient également les yeux doux. Désormais, c’est entre la Suisse et Down Under que l’entraîneur partage sa vie.

Après avoir commencé comme assistant, Harald Benselin a rapidement pris les rênes des riders océaniens. Et avec succès, notamment grâce à Alex Pullin, triple médaillé mondial. Mais sa star, surnommée Chumpy, est décédée dans un accident de snorkeling en 2020. Pourtant, le Vaudois a une nouvelle fois su rebondir avec l’équipe de l’hémisphère sud, qui a connu des hauts et des bas avec notamment la 4e place de Belle Brockhoff à Pékin, jusqu’à ce vendredi majestueux, qui couronne dix ans d’une carrière intense, avec de très nombreux voyages à l’autre bout du monde, qu’il a fallu concilier avec sa vie de famille dans les Alpes vaudoises. « Mon épouse ne me voit pas souvent », concède-t-il. « Je vais entre trois et quatre fois par an en Australie. En fait, je vis quasiment toujours en hiver. »

« Avoir une équipe soudée »

Né au Plat-Pays d’un père belge et d’une mère mi-danoise mi-norvégienne, Harald Benselin a principalement grandi en Suisse. Désormais, il réside à Leysin, lorsque son emploi du temps le lui permet. Mais alors comment a-t-il permis aux Australiens de réagir après la déception de 2022? « C’est vrai que c’était difficile à digérer, la période était compliquée », admet-il. « Et puis il y a eu une grande remise en question avec le but de réussir à décrocher une médaille ici en Italie. » Finalement, il y a deux ans, le coach qui est employé par le comité olympique d’hiver australien a accepté de changer sa manière de travailler. L’idée? Laisser beaucoup plus de liberté à ses protégés.

Contrairement aux Européens, qui peuvent rentrer à la maison entre deux compétitions, ce n’est quasiment jamais les cas des Australiens, qui passent leur vie dans des hôtels sur le Vieux Continent. « Les athlètes restent en Europe de mi-octobre jusqu’au mois d’avril », relève Harald Benselin. « Ce n’est pas toujours simple à gérer. En plus de tout ce qui est entraînement, je dois m’occuper de la logistique, des voyages et des gens. Ils sont loin de la maison pendant six mois. Il faut trouver un équilibre entre les entraînements, le repos et aussi s’amuser. Le but a toujours été d’avoir une équipe soudée car on vit ensemble. On essaie de se créer une famille en quelque sorte. » Le Vaudois le reconnaît, ce n’est pas simple non plus pour le staff, qui doit accompagner tout ce beau monde.

« On a trouvé un chemin »

« Il y a un rythme à trouver mais c’est très pesant », ajoute l’entraîneur. « Cependant, depuis deux ans, on a trouvé un chemin. » Concrètement, qu’est-ce qui a changé? « Il n’y a aucun secret dans la méthode d’entraînement mais j’ai donné beaucoup de flexibilité à mes athlètes, pour passer du temps avec leur famille, pour passer du temps avec leur conjointe ou leur conjoint. » Les entraîneurs (Harald Benselin est accompagné du Tchèque Jan Klemsa depuis sept ans) font l’effort de se déplacer pour rejoindre leurs athlètes et ne se retrouvent que lors de camps spécifiques. « Physiquement, chacun peut s’entraîner de son côté et c’est à nous d’aller les voir. En Australie, c’est parfois des immenses trajets. Et en Europe, je leur fais beaucoup confiance que ce soit dans l’entraînement, dans leur ressenti. C’est la clé. Je suis plus là quand ils ont besoin de voir quelqu’un. »

Josie Baff a réussi une finale de folie vendredi à Livigno. (Millo Moravski/Zoom)

Concrètement, Josie Baff peut ainsi passer beaucoup de temps avec son compagnon depuis deux ans Eliot Grondin. Le Canadien est devenu vice-champion olympique pour la deuxième fois d’affilée à Livigno. « C’est peut-être facile à dire, mais ce n’est pas simple car il faut respecter un calendrier », développe Harald Benselin. « Je ne sais pas si c’est la bonne recette, mais ça a marché. Tout le monde est content et en bonne santé. » De quoi réjouir les centaines de fans australiens survoltés à avoir fait le déplacement en Italie pour suivre les exploits de leurs idoles. »

Josie Baff, le titre après la grippe

Pourtant, la semaine à Livigno n’a pas toujours été simple. « Cam Bolton s’est blessé à l’entraînement et va devoir rentrer en Australie en étant médicalisé, c’est dur. Adam Lambert était en pleine forme et restait sur une victoire en Chine mais il a complètement disparu des radars le jour de la course. » Mais aujourd’hui, c’est Josie Baff que l’entraîneur tient à féliciter. « Surtout qu’elle est tombée malade la semaine dernière… Elle n’est pas sortie de sa chambre pendant trois jours. On a commencé à être nerveux mais heureusement, aujourd’hui, elle était en mode ‘je vais toutes les éclater’. Ce qu’il a changé depuis deux ans au niveau de l’entraînement physique et mental a fini par payer! »

Le Belge jette également un regard optimiste sur l’équipe de Suisse féminine, qui retrouve des couleurs après de longues années de disette, grâce notamment à Sina Siegenthaler et surtout Noémie Wiedmer. « Ça m’a touché de voir qu’elle n’allait pas repartir avec une médaille aujourd’hui », regrettait presque le Vaudois. « Mais l’avenir est brillant en Suisse. Et les épreuves qu’ont traversées les Suissesses les ont renforcé. » Le technicien parle évidemment du décès dans une avalanche de Sophie Hediger … C’est d’ailleurs lui qui avait lancé la Zurichoise à ses débuts au haut niveau.

Harald Benselin, lui, va encore vivre l’épreuve par équipe aux côtés des ses protégés dimanche, pour les grands débuts olympiques de la discipline. Avec des ambitions. Ensuite, « je vais prendre six à huit mois ‘off’, pour être avec mon épouse. » Et puis le sport va probablement à nouveau l’appeler. Pourquoi pas pour atteindre d’autres sommets encore. Aucun ne semble inatteignable pour celui qui a déjà tout gagné.

Laurent Morel, Livigno