Ramon Zenhäusern a enfin livré une prestation solide dimanche lors du slalom d’Adelboden en se classant dans le top 15. Performant à entraînement, le Haut-Valaisan se bloquait dès qu’il franchissait un portillon en Coupe du monde. Un déclic salutaire qui va apporter de la confiance bienvenue au géant de Bürchen. Réaction.
Les « Ramon, Ramon, Ramon » résonnent bruyamment dans le stade d’arrivée du slalom d’Adelboden, suivant le rythme des petits drapeaux suisses agités par les fans dans les tribunes. Sur son siège de leader provisoire, Ramon Zenhäusern savoure et affiche un large sourire. Cela faisait longtemps, très longtemps que l’on n’avait plus vu le longiligne slalomeur haut-valaisan afficher une mine réjouie après avoir livré enfin une manche, la seconde en l’occurrence, de référence. « Franchement ça fait du bien. Skier à Adelboden est toujours très émotionnel », sourit le skieur de Bürchen. « Beaucoup de souvenirs sont remontés, parce que j’ai déjà vécu énormément de choses ici. J’y ai marqué mes premiers points il y a presque 14 ans, signé mon premier meilleur temps, mon premier top 10, j’y ai décroché des qualifications importantes pour des grands rendez-vous. »
Il a fallu attendre donc son second passage sur la Chuenisbärgli pour voir à l’oeuvre le vrai Ramon Zenhäusern, celui capable de rivaliser avec les meilleurs athlètes mondiaux de sa discipline. D’ailleurs, il a signé le 2e meilleur temps derrière le lauréat du jour Paco Rassat, pour terminer au 15e rang. « Je me suis beaucoup battu ces derniers mois, même ces dernières années, pour revenir dans cette discipline, on peut le dire, qui est parfois de la merde. Ça n’a pas été simple. Ce résultat fait très chaud au cœur », poursuit le slalomeur qui, depuis deux ans et une 14e place ici-même dans l’Oberland bernois, n’avait comme seul résultat de référence qu’un 10e rang à Hafjell l’hiver dernier.
Le Ramon Zenhäusern qui s’éclate à l’entraînement
Et ce n’est pas forcément une surprise de retrouver celui qui portait le dossard 33 performant. Enfin, il est parvenu à se libérer sur la piste et à retranscrire en compétition les dispositions affichées, jour après jour, à l’entraînement où il mate souvent la concurrence. « Vous ne pouvez même pas imaginer comment il skie à l’entraînement. Mais en course, il avait toujours un blocage », confirme Thierry Meynet, l’un des trois entraîneurs de l’équipe de Suisse de slalom qui avoue avoir même « fermé les yeux en première manche » lorsque son protégé est passé devant lui. « Encore une fois, Ramon n’arrivait pas à se lâcher. Mais il a su utiliser son expérience dans le mur final pour se qualifier. »

La suite, on la connaît, une petite « Ramon-tada » pour grignoter 11 rangs en seconde manche et se classer dans la première moitié du classement. « ll y a énormément de skieurs qui peuvent aller très vite, qui ont les jambes et le niveau. Mais le plus dur, c’est de le retranscrire le jour J. Quand on le veut trop, on se crispe, on perd la fluidité », reprend Ramon Zenhäusern qui en a pourtant vu d’autres depuis ses débuts sur le Cirque blanc en novembre 2012. « J’ai presque tout connu, mais ce «mindset» reste compliqué à trouver. Il faut vouloir suffisamment, mais pas trop. Se lâcher, sans chercher à se rattraper à tout prix, trouver le bon équilibre, la bonne tension dans le corps. C’est très fin et très difficile à gérer. »
« Le rêve olympique continue »
L’histoire retiendra également que Ramon Zenhäusern a pu obtenir un classement dans le top 15, grâce à – ou à cause de – l’élimination de Loïc Meillard, qui skiait pour jouer le podium. Et avec ce résultat, le skieur de 33 ans vient gonfler les rangs des slalomeurs suisses qui ont déjà réussi la moitié des critères de qualifications pour les Jeux olympiques, en compagnie de Daniel Yule et Matthias Iten. Mais compte tenu des quotas restreints, ils ne seront que 11 skieurs suisses toutes disciplines confondues à pouvoir prétendre skier à Bormio dans un mois. Il n’est pas encore certain que les trois hommes soient du voyage en Italie avec Loïc Meillard et Tanguy Nef, qui ont déjà réalisé les minima.
« Pour moi, le rêve continue. » Le Haut-Valaisan, double médaillé olympique à PyeongChang en 2018, pourrait participer à ses quatrièmes Jeux. « Forcément, on commence à penser aux résultats, aux places, aux points, aux courses restantes. Mais ce n’est pas comme ça qu’on va plus vite. Il faut se reconcentrer sur l’essentiel, les sensations, le plaisir, la ligne de pente, virage après virage. Ne pas trop calculer et c’est dans cet état d’esprit que les bonnes choses arrivent. » Et peut-être dès la semaine prochaine à Wengen où il sera une nouvelle fois poussé par les fans suisses.
Johan Tachet, Adelboden
