Exceptionnelle en slopestyle, la Fribourgeoise est parvenue à défendre son titre pour glaner une quatrième médaille, la deuxième en or, en quatre compétitions olympiques. Extrêmement heureuse, elle n’a pas failli non plus lors du marathon médiatique qui a suivi son exploit. Interview.
C’est une Mathilde Gremaud fidèle à elle-même qui s’est confiée à la suite de sa nouvelle performance de très haut vol réussie ce lundi à Livigno. Vainqueure du slopestyle pour la deuxième fois consécutive, après avoir pris l’argent derrière Sarah Höfflin en 2018, la Gruérienne est entrée un petit peu plus dans la légende du sport suisse. Elle raconte.
Mathilde Gremaud, quelles sont les émotions que vous ressentez?
Franchement, c’était une pure journée. Je me sentais vraiment bien sur mes skis.
Est-ce que vous commencez à réaliser ce qu’il s’est passé?
Gentiment, mais sûrement. C’était intense, c’était fou. Il y a eu quand même énormément d’émotions dans tous les sens.
Lorsque vous passez devant Eileen Gu pour un souffle après votre deuxième run, vous pensez à quoi?
En fait, j’ai cru que j’avais obtenu 89 points et pas 86 et donc que j’avais un peu de marge. Ce n’est qu’en remontant que je me suis rendue compte de l’écart minime. Mais je suis restée confiante, même si c’était hyper serré. Je pense que même si elle plaquait son run, je méritais de rester devant.
Quand avez vous découvert que vous étiez championne olympique?
J’attendais au départ et du coup, je l’ai vu chuter. J’ai attendu deux secondes et Greg (ndlr: Tuscher, son entraîneur) m’a dit qu’il fallait fêter.
À ce moment, quel sentiment prédominait?
J’étais malheureuse pour elle qu’elle chute, mais soulagée de ne pas avoir à faire un troisième run. Je suis compétitrice et j’allais pousser jusqu’à la fin mais si j’avais dû remettre une couche, ça aurait été tendu.
De votre côté, vous avez chuté juste avant le début de cette finale. Qu’est ce qui s’est passé?
Les entraînements duraient jusqu’à 12h15 mais un peu avant midi, j’ai pris une « boîte » sur le premier rail. C’était assez violent. Je me suis blessée sur le flanc, j’étais et je suis encore toute râpée. Franchement, je me suis explosé l’épaule, mais heureusement, ce n’est que musculaire. En plus, je suis tombée tellement fort sur la hanche que j’avais plus de sensation. Elle a mis bien 15 minutes à se réveiller. Pendant 30 secondes, je me suis dit « c’est bon, c’est fini ». J’ai heureusement avalé un anti-douleur et un anti-inflammatoire. C’était encore la dernière petite piqure de rappel avant le grand moment. Après, en skiant, on oublie, c’est un détail.
Cet accident vous a-t-il enlevé une forme de pression?
Je me suis dit, de toute façon, ça ne va pas être facile. Je venais à ces Jeux olympiques en acceptant le challenge. Ça m’a aidé d’avoir cette petite phrase dans ma tête aujourd’hui.
On a presque l’impression que vous avez toujours besoin de vous mettre en difficulté pour aller chercher des médailles…
Non, je pense pas que j’ai besoin d’être en difficulté, mais le sport n’est juste pas facile. Cette saison, quasiment tout s’est bien passé. Depuis le printemps dernier, je suis au taquet, c’est fluide, ça marche. Je me suis bien entraînée, je n’ai eu que peu de doutes et je me suis toujours accrochée.
Cette médaille, elle représente quoi?
Plein, plein, plein de belles choses. Des hauts, des bas, beaucoup de soutien, beaucoup d’amour et de plaisir ces derniers temps et quand même beaucoup de travail et d’émotions.
Dans votre palmarès, vous la placez où?
Chaque nouvelle médaille est en haut de la liste. Ça vient « chapeauter » le tout. Il y a quand même un peu de différence parce qu’elle a été obtenue devant mes proches. L’ambiance est différente. Je sais qu’ils ont passé des excellents moments sans moi, grâce à moi, quand j’étais à l’autre bout de la Terre, mais c’est vrai que c’est cool de pouvoir de pouvoir vivre ça et d’avoir senti franchement l’énergie et l’amour que j’ai reçu de tous les supporters et de la famille.
Est-ce qu’on se rend compte qu’on est double championne olympique?
C’est drôle, parce que j’ai quand même l’impression que ça arrive à quelqu’un d’autre que moi, donc j’ai l’impression que je me vois peut-être un petit peu depuis l’extérieur… Je pense que ça va me prendre un petit peu de temps pour emmagasiner tout ça, mais c’est positif. Je parle tellement d’autres sportifs mais d’être double championne olympique, c’est quand même quelque chose qui n’arrive pas à tout le monde. Le fait que je sois dans cette position, c’est quand même assez spécial.
Et vous marquez l’histoire. Vous devenez notamment la première Suissesse à remporter des médailles lors de trois Olympiades différentes. C’est fou, non?
Oui, c’est assez fou. Franchement, j’ai eu l’occasion d’apprendre tellement de belles choses avec le sport. Ce sont des expériences de vie absolument incroyables alors que je n’ai que 26 ans. C’est une chance, un privilège d’avoir réussi de performer autant. Et 8 années de suite, franchement, c’est que du bonheur. En plus, j’ai encore une chance la semaine prochaine (en Big Air).
Comment c’était, de fêter avec votre famille, avec vos proches?
C’était très important et j’ai pu relâcher mes émotions. On a vraiment passé une bon moment avec la famille et le fans club.
Il vous restera cette nouvelle chance en Big Air, vous êtes confiante?
C’est que ça me libère mais je n’ai pas encore l’or dans cette discipline alors il faudra que je me bouge!
Laurent Morel, Livigno
Greg Tuscher, entraîneur suisse:
« Ca fait vraiment trop plaisir. J’ai beaucoup de respect pour Mathilde. Là, ce qu’elle a fait, le back-to-back, deuxième médaille d’or, c’est incroyable. Sur les rails, après sa chute, on a décidé de ne pas prendre tous les risques. Par contre, sur les sauts, c’est fou. C’est le premier run chez les dames où il y a trois « doubles ». On a essayé vraiment de construire un run où elle se sentait en confiance, où il y avait aussi des options pour des ajustements. Aujourd’hui, on voulait que la meilleure gagne. »
