Cette fois, c’est fait! « Il est désormais derrière, il ne reste plus qu’à voir la ligne d’arrivée et on sera bon! » Malorie Blanc sourit lorsqu’elle évoque son premier départ en Coupe du monde. La case a été cochée ce samedi, près d’une année après une tentative avortée à Crans-Montana, en raison d’une grave blessure au genou gauche survenue quelques jours plus tôt, en Coupe d’Europe. Grâce à une convalescence parfaitement gérée, la Valaisanne a pu reprendre le train en route, et vivre sa première parmi l’élite ce samedi lors du premier super-G de Saint-Moritz.
L’histoire ne retiendra pas forcément sa prestation, puisque la skieuse d’Anzère est sortie après trente secondes de course, tendant trop une de ses trajectoires. Reste que désormais, « Malo » est une skieuse de Coupe du monde. « J’étais un peu surprise par la neige, il y avait pas mal de trous », a reconnu la championne du monde juniors de la discipline. « Il me manque encore un petit peu de confiance avec mon genou sur une piste qui a marqué. »
Emmagasiner de l’expérience
Malorie Blanc n’a pas voulu prendre tous les risques, trop heureuse d’avoir déjà retrouvé un excellent niveau, qui lui a permis de décroché un premier succès en Coupe d’Europe à Zinal la semaine dernière, dix mois seulement après une déchirure du ligament croisé antérieur, ainsi que d’une déchirure du ménisque externe et une distension du ligament latéral interne du genou gauche. « Cette première a été un peu trop courte à mon goût », reconnaissait-elle toutefois. « Je me suis bien préparée, je ne ressentais pourtant pas un gros stress. Ça s’est moins bien passé que ce que j’espérais mais c’est des choses que je prends en compte et la prochaine fois je ferai mieux. »
Car c’est surtout de l’expérience que la skieuse de 20 ans est venu chercher en Engadine. « On m’a parlé d’oublier la course mais non, je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Il faut que je construise là-dessus. » Et notamment sur la manière d’aborder une telle compétition. « Il y avait beaucoup d’informations à prendre en compte, beaucoup de nouveautés. La prochaine fois, ce sera un petit peu moins nouveau, chaque fois moins d’ailleurs. » Que changera-t-elle? « À la reconnaissance, je vais peut-être pouvoir plus sentir la neige pour me préparer un petit peu mieux. Je vais aussi voir comment mieux gérer le temps avant ma course. Faut-il regarder les autres concurrentes à l’écran par exemple? C’est des questions qu’on ne se pose pas en Coupe d’Europe car ce n’est pas filmé mais là, c’est possible. Je vais devoir apprendre et assimiler plusieurs choses. Dans un premier temps, je vais déjà laisser retomber les émotions. » Quelques minutes plus tard, l’Ayentôte retrouvait d’ailleurs ses esprits et sa simplicité: « Il ne faut pas tout changer mais il faut s’adapter. Fondamentalement, il faut surtout que je me fasse confiance et ne pas tout remettre en question. »
Calme mais ambitieuse
Reste que lorsqu’on a goûté à la Coupe du monde, il est difficile ne pas vouloir y retourner. « Maintenant, je me rends compte que l’objectif est de participer au plus de courses de Coupe du monde possibles, histoire d’emmagasiner de l’expérience, d’apprendre à connaître les pistes. » Le tout sans se mettre de pression. Ses entraîneurs laissent évidemment la porte ouverte, mais ne veulent pas encore lui assurer une place au départ des prochaines courses de vitesse. Une décision sera prise au cas par cas.
« J’essaie de construire pas à pas. Je n’ai pas de stress car je reste assez jeune. Je ne veux pas brûler les étapes. Faire les choses avec calme, c’est ce qui me convient le mieux. » Surtout au retour d’une telle blessure. « Physiquement, je suis bien mais il me manque encore un peu de mental pour oser tout lâcher comme je le faisais avant mais ça va venir gentiment, course après course. L’hiver est long, j’essaie de regarder en globalité. » Reste qu’en revenant aussi vite à un tel niveau, Malorie Blanc s’est ouvert le champ des possible. « C’est fou, c’est vrai. Je n’ai en général par trop d’attentes alors quand ça se passe bien, c’est toujours un petit peu une surprise. »
Malgré tout, elle n’oublie pas qu’elle a besoin d’avoir faim pour espérer percer au plus haut niveau. « Maintenant, il faut aller de l’avant, être ambitieuse et aussi performer en Coupe du monde », lance la Valaisanne. « Il y a un pas à faire mais c’est possible. Les pistes peuvent me convenir assez bien. Il faut juste se faire confiance et y aller à fond. » Au final, Malorie Blanc retient surtout qu’elle est « motivée à bloc » pour la suite.
Laurent Morel, Saint-Moritz