Denis Wicki termine sa carrière d’entraîneur en fêtant l’argent de sa protégée Camille Rast. L’entraîneur de Vercorin n’a évidemment pas pu retenir ses larmes après une journée riche en émotions.

Médaille d’argent autour du cou, Camille Rast s’est précipitée, a sauté par-dessus les barrières, fermement gardées par des Alpini, les troupes militaires alpines italiennes, pour aller enlacer Denis Wicki, ému. Une belle accolade pour les deux Valaisans qui partageaient la piste pour la dernière fois. Après plusieurs années de collaboration, Denis Wicki va prendre sa retraite dès ce soir et laisser sa protégée voler de ses propres ailes. L’entraîneur de Vercorin n’aurait rêvé de plus beau dénouement avant de rejoindre sa famille.

Denis Wicki, comment avez-vous vécu cette magnifique médaille d’argent de Camille Rast?

C’était un moment magnifique. Une émotion très forte, de terminer ainsi. La saison était déjà grandiose, mais la conclure sur une médaille olympique, c’est exceptionnel. Quelle classe, cette jeune fille. Elle est vraiment formidable et elle va encore démontrer énormément de choses dans le futur. Je me réjouis de voir tout ça à la télévision avec mes petits-enfants.

Comment analysez-vous sa performance sur une piste qu’elle disait ne guère apprécier?

En première manche, j’étais un peu tendu. J’espérais qu’elle arrive quand même à sortir quelque chose. Mais elle a été trop classique, très propre, trop propre même, trop gentil, trop joli. Mais elle était là, en embuscade, même si Mikaela Shiffrin était bien loin devant. Entre les deux manches, on s’est regardés et on avait exactement les mêmes idées tous les deux, comme souvent, on était connectés. Il fallait davantage engager, prendre plus de risques, oser plus de choses. Et ça, ça m’a rassuré. À partir de là, j’étais tranquille. Je savais que le tracé était tournant, ça allait le faire même si c’était plat. Je sentais qu’elle allait s’en sortir. Et voilà, elle l’a fait.

Quelle a été votre réaction quand vous avez compris que Camille Rast était médaillée olympique?

Je me suis agenouillé et j’ai tapé par terre. Je me suis dit: ça y est, c’est fait. J’avais déjà fait ce geste quand elle a gagné à Flachau la saison dernière. De mémoire, il n’y avait jamais eu de succès suisse avant. Elle a été la première à gagner là-bas. C’est un mouvement qui me vient quand je sens que quelque chose est accompli, que la fin est là. C’était trop beau.

Que vous êtes-vous dit en vous retrouvant au bas de la piste?

Juste: « trop beau, merci beaucoup ». J’ai pleuré, j’ai eu énormément d’émotions. Elle l’a senti, elle savait. Elle connaît le bonhomme. Heureusement que j’avais des lunettes de soleil. Je n’arrivais plus à parler quand la RTS m’a interviewé. À un moment donné, je n’arrivais plus à sortir les mots.

Pour vous, c’était la plus belle des sorties possibles.

Rêvée, pour la médaille, bien sûr, mais aussi pour retrouver ma famille et entamer une nouvelle vie, plus proche des miens. C’était magnifique. Je me réjouis vraiment de cette après-carrière. Rentrer à la maison, être avec eux, tous ensemble, et vibrer devant la télévision.

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo