Contrairement à Kitzbühel, où seul la victoire en descente avait de l’importance pour le Nidwaldien, il aborde les Jeux olympiques avec moins de pression. Mais il espère bien sûr briller à Bormio, sur une piste qu’il apprécie.
Dans son phénoménal palmarès, Marco Odermatt n’a plus beaucoup de cases à remplir. S’il peut encore atteindre certains records, une victoire en descente à Kitzbühel et une médaille d’or olympique dans la discipline reine constituent probablement les deux plus grands objectifs restants à atteindre pour le génie de Buochs. Il lui a manqué 0″07 pour réaliser le premier en Autriche au moins de janvier et il a l’occasion samedi de réussir le second. Mais la pression n’est pas la même.
« Les Jeux, c’est quelque chose de différent », admet le Nidwaldien. « D’un côté, il y a les classiques, qui ont 70 ou 80 ans. Tu peux y gagner la même cafetière en zinc, la même cloche ou le même chamois chaque année. En tant qu’enfant, on en rêve. Les Jeux, c’est une course d’un jour. Beaucoup de skieurs n’ont rien à perdre. Il ne s’agit pas de points, pas de classements. Celui qui est 15e mondial ne pense qu’à une médaille et tente le tout pour le tout. C’est aussi pour cela que les courses olympiques réservent toujours quelques surprises. » Malgré les difficultés, le meilleur skieur suisse de l’histoire a toutefois déjà décroché l’or avec brio, il y a quatre ans, sous la neige lors du géant de Yanqing.
« Je suis déjà champion olympique, c’est un énorme privilège »
« Bien sûr, j’espère encore enrichir mon palmarès, mais si ce n’est pas le cas, ce n’est pas dramatique car j’ai déjà beaucoup de médailles », détaille-t-il. « Je ne ressens pas trop de pression. Je suis déjà champion olympique, c’est un énorme privilège. J’espère être encore là dans quatre ans mais on ne sait jamais alors au moins, je n’ai pas la pression de devoir combler cette lacune. Entrer dans ces Jeux avec cette médaille d’or rend les choses plus faciles. »
La descente est pour l’heure la priorité du skieur de 28 ans. « En tout cas, c’est bien de commencer avec cela », avoue-t-il. « On peut se concentrer dessus et ensuite, il restera d’autres chances. Mais j’ai déjà la médaille d’or en géant alors oui, je préférerais celle de la descente, ça reste la discipline reine. Après, si on a l’occasion de devenir champion olympique, dans quelque discipline que ce soit, il faut le prendre. » À noter que l’athlète de Suisse centrale devrait disputer le combiné avec Loïc Meillard pour une « dream team » qui sera largement favorite.
Pourtant, Odi est conscient que dans un rendez-vous olympique, il n’y a pas que la victoire qui compte mais bien toutes les médailles. « C’était le cas à Kitzbühel où j’avais déjà eu quelques podiums là-bas, mais pas de victoire », se souvient-il. « Mais ici, c’est ma première vraie chance pour une médaille en descente (ndlr: il ne faisait pas partie des favoris il y a quatre ans dans la discipline) et peut-être la dernière, on ne sait jamais. Ainsi, ce n’est pas juste cette médaille d’or qui a de la valeur. »
« Un peu différent sans Justin »
La Stelvio, s’il n’a pas encore gagné en descente, convient bien aux qualité techniques du skieur de Hergiswil. Il y compte deux victoires en super-G et deux deuxièmes places en descente lors des épreuves de Coupe du monde, traditionnellement disputées entre Noël et Nouvel An. « Il y a plus de neige qu’en décembre, c’est évident. donc cela rend certaines compressions certaines bosses un peu plus faciles à skier », décrypte-t-il. « La piste est moins glacée et la luminosité meilleure. Oui, ce sera plus facile qu’en décembre. Mais à la fin, c’est le même parcours, les mêmes virages. » Et l’ambiance est bien différente de celle de Pékin il y a quatre ans, se rappelle Marco Odermatt. « Le voyage est différent, j’arrive également avec un statut différent. À l’époque, j’avais accompli bien moins de choses, notamment en descente. »
Contrairement à il y a quatre ans, Odi ne pourra cette fois pas compter sur les conseils de son grand pote Justin Murisier. Le Valaisan a manqué sa qualification pour Bormio. « C’est vrai que c’est un peu différent sans lui », reconnaît-il. Nous partageons énormément de temps ensemble, sur les skis et en dehors. À la reconnaissance, on discute énormément, on soigne les petits détails ensemble. Il m’aide énormément, et me donne beaucoup de confiance. » Des regrets, donc, de ne pas l’avoir à ses côtés? « Oui, mais c’est la vie. Et j’ai déjà obtenu le titre en géant sans lui (ndlr: en 2023), par exemple. Donc je suis capable de le faire à nouveau. Mais c’est certain que ce serait plus amusant avec lui… »
Laurent Morel, Bormio
