Après un début de saison marqué par des doutes et un manque de motivation dans les disciplines techniques, Michelle Gisin a retrouvé le sourire lors des épreuves de vitesse de Beaver Creek. La skieuse d’Engelberg a d’abord pris une belle 8e place en descente sur une piste redoutable, réservée d’ordinaire aux hommes, avant de confirmer dimanche avec un 9e rang. « Je suis Miss Top 10 », se marre l’Obwaldienne qui en dénombre 113 selon son décompte. « C’est très spécial pour moi. Je veux encore avancer évidemment, mais il faut être reconnaissante, car ce n’est pas rien de skier à ce niveau. Sur cette piste, c’est presque impossible d’être parfaite. C’est tellement cool d’être aussi proche des meilleures alors que je fais quelques erreurs », a-t-elle confié, soulagée de renouer avec le plaisir et la performance.

Ces deux performances dans le Colorado marquent un tournant pour la skieuse de 31 ans qui avoue être de plus en plus attirée par les disciplines de vitesse. Après avoir longtemps jonglé entre le slalom, le géant et les disciplines de vitesse, elle semble prête à réorienter ses priorités. Les dernières semaines l’ont convaincue qu’il était peut-être devenu nécessaire d’adapter son programme pour préserver son énergie physique et mentale. »C’est peut-être gentiment le moment de passer le témoin en slalom aux jeunes Welsches. Elles sont très fortes, c’est bien », rigole-t-elle en faisant référence aux performances de choix livrées par Mélanie Meillard et surtout Camille Rast, qui a remporté son premier succès en Coupe du monde lors du slalom de Killington. « C’est vrai que je me sens de plus en plus à l’aise en vitesse. »

Trop de pression en technique

Le super-G et la descente apparaissent ainsi comme des refuges naturels pour la Suissesse. Moins exigeantes mentalement qu’une double manche de slalom, ces disciplines lui permettent de renouer « avec le plaisir de skier ». Un constat qui pourrait influencer les choix de la double championne olympique de combiné pour le reste de l’hiver: « Je vais voir comment je gère toute la saison avec toutes les disciplines, mais je vais sûrement sauter quelques courses. Après Killington, j’ai réalisé que c’était difficile de tout concilier. Je voulais faire toutes les courses encore pendant deux ans, mais je pense qu’il est nécessaire de progressivement réduire la cadence. »

Si Michelle Gisin rayonne à Beaver Creek, c’est aussi parce qu’elle revient de loin. Minée par un manque de motivation et des résultats très moyens en slalom – 24e à Levi, 19e à Killington et une non-qualification à Gurgl -, la skieuse obwaldienne a vécu des jours compliqués avant de retrouver ce qui la fait vibrer. « Il me manquait la motivation et la passion dans les disciplines techniques. Peut-être, aussi, que je m’étais mise trop de pression. Mais ici, à Beaver Creek, j’ai ressenti à nouveau le feu au départ. Et j’ai pris à nouveau du plaisir. » Michelle Gisin avoue avoir été grandement soutenue ces derniers jours par son fiancé Luca De Aliprandini et ses coéquipières de l’équipe de vitesse. « Tous m’ont permis de retrouver cette motivation. »

Faire des choix pour tenir le rythme

Les prochaines semaines seront décisives pour la skieuse qui pourrait ranger ses lattes à l’issue de l’hiver 2025-2026 après les Jeux olympiques de Milan-Cortina d’Ampezzo. « Je sais que je peux skier vite également en slalom, mais je dois avancer un pas après l’autre », poursuit-elle. « Je ne sais pas encore si je dois délaisser ou non le géant et le slalom. Mais une chose est sûre, je ne vais plus pouvoir continuer comme je le faisais jusqu’à maintenant. Je dois gérer mon énergie, faire des choix, car sinon mentalement, je ne vais pas être capable de suivre le rythme. »

La semaine prochaine, Michelle Gisin sera bien évidemment au départ des deux super-G de Saint-Moritz, avec l’envie de confirmer ses belles dispositions devant son public.

Johan Tachet, Beaver Creek