Après son extraordinaire doublé géant-slalom de Kranjska Gora, la Valaisanne a affirmé qu’elle n’était pas encore à 100%. Elle a pourtant réussi à dompter la reine Mikaela Shiffrin. De quoi rêver encore plus grand à quelques semaines des Jeux olympiques de Milan-Cortina. Explications.

Imaginez seulement. Lise-Marie Morerod, Erika Hess, Vreni Schneider et désormais Camille Rast. Le nom des skieuses suisses à avoir inscrit leur nom au palmarès des épreuves de Kranjska Gora a fière allure et il est d’autant plus impressionnant de savoir que la Valaisanne y est parvenue à deux reprises ce week-end en Slovénie. Comme la Vaudoise il y a 50 ans. Comme Mikaela Shiffrin il y a huit ans, qui a cette fois dû céder devant sa rivale helvétique, dont elle sent de plus en plus fort le souffle dans la nuque au sommet du ski mondial.

Car oui, Camille Rast est probablement la meilleure skieuse du moment, du moins dans les disciplines techniques. « C’est assez fou, c’est vrai », soulignait-elle au bout du fil dans une joie toute contrôlée quelques minutes après son nouvel exploit, synonyme de 4e succès en Coupe du monde. « Après le podium, Mikaela Shiffrin m’a glissé que gagner deux courses le même week-end, ce n’est pas si simple que ça… Performer lors de quatre manches en deux jours, c’est un gros challenge. J’ai réussi à faire des manches qui suffisent et c’est toujours gratifiant et satisfaisant de voir du vert à l’arrivée. » Elle en a donc vu à quatre reprises, rien que ça.

Au sommet aussi en géant

Samedi, la Vétrozaine a montré tout son talent de géantiste et a enfin pu le concrétiser au plus haut niveau mondial, en décrochant un premier succès dans la discipline après avoir particulièrement mis l’accent sur cette spécialité lors de sa préparation estivale « pas forcément uniquement par choix, mais parce que j’avais beaucoup plus mal à ma hanche meurtrie en slalom ». Sur la Podkoren 3, la skieuse de 26 ans s’est imposée avec la manière, après avoir déjà dominé la première manche, pour finalement devancer l’Autrichienne en forme Julia Scheib et l’Américaine Paula Moltzan. De quoi jubiler, mais surtout un bel hommage aux personnes touchées par le drame de Crans-Montana, qui a également beaucoup perturbé les Suissesses lors de leur préparation pour le week-end dans la station de Haute-Carniole. « À distance, on ne peut pas s’imaginer comment c’est à la maison », soutient-elle, désemparée. « Mais c’était un message de soutien et j’espère que les émotions du sport ont pu amener un peu de joie. »

Comme un exploit ne vient que rarement seul, Camille Rast a récidivé dimanche, en dominant ni plus ni moins donc que la reine Mikaela Shiffrin, qui restait pourtant sur six succès en slalom et qui pensait avoir réussi deux manches la rendant presque intouchable. Plus loin, à près de deux secondes, Wendy Holdener est montée sur son premier podium de l’hiver et complète la joie helvétique.

La Valaisanne, elle, a encore franchi un palier entre les piquets serrés et a skié d’une manière aérienne pour prouver, s’il le fallait encore, que son titre de championne du monde décroché il y a un an à Saalbach n’avait rien d’usurpé. De quoi entrer dans l’histoire, un peu plus. « Mais je skie car j’aime skier et non pas pour écrire l’histoire », rappelle la championne en pleine confiance. « Malgré tout, c’est assez incroyable, oui! » Pourtant, sa grande pote sur le Cirque blanc Mélanie Meillard n’est pas vraiment surprise. « Ça ne m’étonne pas du tout qu’elle soit aussi forte », rigole celle avec qui elle partage sa chambre sur le circuit. « Elle ne change pas mais simplement, tout fonctionne pour elle, elle skie parfaitement et on sait que la confiance fait énormément. C’est juste dingue et magnifique! »

« Je ne suis pas encore à 100% »

Désormais, Camille Rast fait mieux que jouer dans la cour des grandes, elle en est l’une des principales animatrices. Et cet état de fait laisse augurer des jours très heureux à l’ancien grand espoir du ski suisse, longtemps freiné par des blessures. « Ça peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre », tempère toutefois la technicienne, qui ne connaît que trop bien son sport et ses dangers. « Il faut rappeler que l’année passée, j’avais le dossard rouge en slalom à la moitié de l’hiver mais que ça a tourné. Au final, j’aurais arrêté ma saison si je ne l’avais pas porté après ma chute à Sestrières. » Reste qu’elle ne pointe « plus qu’à » 120 points de Mikaela Shiffrin au classement général de la Coupe du monde et que le momentum semble avoir changé de camp. Il n’y avait qu’à observer la mine déconfite de la championne américaine lorsque la Valaisanne l’a dépassée dimanche pour comprendre… Les prochaines semaines s’annoncent palpitantes.

Pour Camille Rast, qui s’est envolée dimanche soir pour la Suisse depuis Ljubljana, les quatre prochains jours avant le déplacement à Flachau rimeront avec récupération, soin et préparation physique, toujours entourée de son cercle proche composé de son préparateur physique Florian Lorimier, de son entraîneur Denis Wicki et de son technicien Simon Vicenzi. « Ça va me faire du bien car je ne suis pas encore à 100% », confie-t-elle, laissant augurer un futur radieux alors même qu’elle souffre toujours d’une hanche après sa blessure subie la saison dernière à Sestrières (syndrome de Morel-Lavallée). Et ce qui est certain, c’est qu’elle n’est de loin pas rassasiée. « J’ai encore la possibilité de m’améliorer, on peut toujours grappiller », insistait-elle dès ses premières réponses après avoir quitté Kranjska Gora.

L’appétit vient en mangeant et même si elle est désormais une vraie prétendante au gros Globe de cristal, « Fast Rast » ne veut pas s’enflammer. « Il ne faut pas oublier que la saison de vitesse n’a pas encore véritablement commencé et que des filles vont revenir », rappelle-t-elle. « Ce n’est pas un objectif ou quoi que ce soit. Je ne me mets vraiment pas de pression par rapport à ça. Le ski est une histoire de centièmes, de centimètres. On en reparlera peut-être aux finales. » Avant cela, il y aura les Jeux olympiques à Cortina d’Ampezzo. On attend que ça!

Laurent Morel