Petit, Tanguy Nef rêvait d’être champion olympique. Le Genevois a accompli son songe en se parant d’or lors du combiné par équipes, en compagnie de Franjo von Allmen. Et si le Bernois récolte une seconde médaille dorée à Bormio, il la doit beaucoup au Genevois. Réactions des deux champions.
À voir Franjo von Allmen sprinter avec son drapeau suisse vers Tanguy Nef, on peut se demander à quel moment le Bernois s’est montré le plus rapide ce lundi: au moment de dévaler la Stelvio lors de la descente ou lorsqu’il s’est précipité dans l’aire d’arrivée pour enlacer le Genevois. Et il y avait de quoi, car le skieur du bout du lac venait de réussir un slalom fou, une performance qui allait porter le duo helvétique vers l’or olympique du combiné par équipes. « Tanguy a tout simplement été impressionnant. Cette nouvelle médaille d’or, je la lui dois », savoure le skieur de Boltigen.
De son propre aveu, Tanguy Nef a peut-être réalisé « la plus belle course » de sa carrière. Le Genevois, qui a si souvent peiné par le passé, à réussi à sortir une performance d’anthologie le jour-J. « Il est vrai que je n’ai pas toujours réussi à donner mon meilleur par le passé, que ce soit en Coupe du monde, ou à l’entraînement. Mais aujourd’hui, c’était l’occasion de tout poser sur la ligne », sourit le slalomeur romand, inspiré par son binôme. « J’ai toujours énormément admiré Franjo, son style de ski. Si lui skiait à fond, je me devais de lui rendre la pareille. » Sur la piste de la Stelvio, Tanguy Nef a volé. Que ce soit sur la pente initiale ou sur le plat final, le Genevois n’a rien laissé au hasard, ni à ses adversaires. « Je me suis dit que les Jeux olympiques, c’est peut-être une fois dans une vie, donc autant tout tenter. Je me sentais très rapide. C’était une manche stratosphérique que j’aurais plaisir à revoir. » Le meilleur temps de manche et un écart de près d’une seconde sur toute concurrence permettent de mettre en perspective sa performance.

Franjo von Allmen dans l’histoire du ski suisse
Pourtant, avant de s’élancer, le slalomeur de 29 ans accusait un retard de plus de quatre dixièmes de retard sur la tête du classement, après la 4e place provisoire de Franjo von Allmen sur la descente. Si dans le portillon Tanguy Nef se sentait serein, ce n’est pas le cas du Bernois. « J’étais tellement nerveux », souffle le skieur du Haut-Simmental au moment de raconter ses sensations. « Franchement, je préfère nettement skier que de devoir attendre avec cette tension qui monte. » Pourtant, le colosse bernois n’est pas le premier venu après avoir déjà été le premier champion du monde du combiné par équipes l’hiver dernier à Saalbach, en compagnie de Loïc Meillard.
Aujourd’hui, Franjo von Allmen rentre un peu plus dans l’Histoire du ski suisse, à seulement 24 ans, en devenant le premier skieur helvétique à remporter deux médailles d’or aux Jeux olympiques. Un exploit que Bernhard Russi, Pirmin Zurbriggen, Beat Feuz ou Marco Odermatt n’ont pas accompli au cours de leur incroyable carrière. Pourtant, être champion olympique n’a jamais été un fantasme pour le solide gaillard. « Quand j’étais petit garçon, je n’ai jamais rêvé de gagner une médaille d’or. Je skiais pour le plaisir et c’est toujours ma devise. Avec le temps, évidemment, on se fixe des objectifs élevés, comme aller aux Jeux, mais cette médaille veut surtout dire beaucoup pour mon équipe et pour ma famille qui m’ont accompagné jusqu’ici. »
« Petit, je simulais les Jeux à la maison »
À ses côtés, Tanguy Nef vit pour sa part un rêve éveillé, en admirant sa breloque dorée, les yeux encore embués. Il se revoit, dans son jardin, à imiter les grands champions. « Franchement, petit, c’était un rêve lointain, un rêve de gamin. Je me rappelle avoir simulé les Jeux à la maison. Aujourd’hui, c’est ma passion qui m’a amené à être ici. Après, pour gagner, il faut de l’audace et du courage. Et c’est ce que j’ai réussi à accomplir. » Souvent placé, jamais sur le podium en Coupe du monde, le Genevois récolte une seconde fois le fruit de son travail, de sa patience et de son abnégation, après avoir glané l’argent mondial dans cette même épreuve, avec Alexis Monney.
Coup d’essai, coup de maître ainsi pour le skieur de Veyrier qui remporte le plus beau des métaux pour sa toute première course olympique. « La constance se construit sur la durée, grâce à une incroyable équipe. Le travail dur finit toujours par payer. Mais franchement, je ne sais pas ce que cela signifie concrètement d’être champion olympique. J’ai de la peine à réaliser. Il se passe tellement de choses, c’est une vraie frénésie ici: des télévisions partout, des gens du monde entier. L’impact est encore différent de ce que j’avais connu aux Championnats du monde. »
Quel que soit leur prochain résultat en slalom et en super-G, Tanguy Nef et Franjo von Allmen ont déjà réussi leurs Jeux. Sur la Stelvio, les deux athlètes ont touché ce que tout athlète poursuit sans jamais être sûr de l’atteindre. L’or et des moments suspendus qui restera gravé bien au-delà de cette quinzaine.
Johan Tachet/LMO
