Depuis plusieurs saisons, la Valaisanne, qui part dimanche à la conquête d’une médaille olympique, a tout entrepris pour mettre les atouts dans son camp. Avec son entraîneur Denis Wicki et son préparateur physique Florian Lorimier, le petit groupe forme désormais une structure semi-privée qui veille au bien-être et à la progression de la championne.

Camille Rast s’avance avec une étiquette de sérieuse candidate aux médailles pour le géant et le slalom olympiques. Comment pourrait-il en être autrement après deux victoires et six podiums lors des neuf dernières courses de Coupe du monde, sans jamais sortir du top 4. Pas de quoi alourdir les spatules de la championne du monde des virages courts, qui aborde ces Jeux sans en faire une fixation. « Pour moi, rien ne change véritablement par rapport à une course de Coupe du monde. Je veux profiter, me faire plaisir. Du moment que je porte un dossard, j’ai envie de skier à fond. »

Un chrono que la skieuse de Vétroz se plaît à défier, tout comme ses rivales sur la piste. À 26 ans, elle fait partie de la crème du ski mondial. Mais pour pouvoir rivaliser avec Mikaela Shiffrin en slalom ou avec Julia Scheib et Sara Hector en géant, Camille Rast n’a lésiné sur aucun détail. Et elle a notamment choisi de s’entourer, sous la forme d’une cellule semi-privée, de deux personnes de confiance: Denis Wicki, son entraîneur à Swiss-Ski, et Florian Lorimier, son préparateur physique et mental personnel, qui travaillent de concert. « C’est une vraie collaboration, nécessaire pour gérer les charges d’entraînement, le mode de travail et les plages de récupération. Pour continuer à progresser, j’ai dû investir dans ma propre carrière. »

Cheffe d’une petite entreprise, tournée vers la performance

Cette structure était devenue nécessaire. Camille Rast l’a vite compris en observant ce que font plusieurs de ses principales rivales, comme Mikaela Shiffrin ou Lara Colturi, pour ne nommer qu’elles. « Il faut analyser ce que fait la concurrence pour être au top. Regardez Shiffrin: elle appartient à l’équipe américaine, mais cinq à sept personnes lui sont entièrement dédiées. Les skieuses qui jouent le top 3 disposent toujours d’un entourage rapproché. C’est ce que j’essaie de mettre en place avec Denis (Wicki), Florian (Lorimier) et mon serviceman (Simon Vicenzi). » Ici, naturellement, tout est une question de compétence et de performance, où le moindre gain marginal peut permettre de gagner des titres. « Je prends ce que la fédération m’apporte et le reste, je l’organise moi-même pour aller chercher ces petits pourcentages qui font la différence. »

Toutefois, il est difficile de faire comprendre à Swiss-Ski que la réussite ne passe pas uniquement par un modèle centralisé. Le cas Lara Gut-Behrami, quelques années plus tôt, en est un parfait exemple. « C’est toujours compliqué d’amener quelqu’un de l’extérieur. Mais si je veux que ma petite cellule fonctionne, cela demande beaucoup d’organisation, de logistique, mais aussi un grand investissement financier », poursuit la Valaisanne qui se place désormais comme chef d’une petite entreprise.

Denis Wicki, qui s’occupe essentiellement de Camille Rast et de Mélanie Meillard dans le groupe suisse, en a pleinement conscience également. « Si tu veux être au contact, devant, tu dois sentir que tu as toute cette structure à disposition. Pour atteindre les sommets, il n’y a pas le choix, la Fédération doit trouver des solutions pour intégrer davantage de staff à sa disposition pour avancer vers la performance », lance le coach de Vercorin. « Swiss-Ski doit être conscient qu’avec les résultats que Camille réalise, cela amène également des retours à la fédération, notamment au niveau des sponsors », poursuit Denis Wicki qui rappelle que les entraîneurs et les moyens dépensés sont deux fois plus nombreux dans les équipes masculines suisses que féminines.

Denis Wicki (à d.) est l’un des hommes de l’ombre des succès de Camille Rast. (Christophe Pallot/Zoom)

L’humilité pour trouver le chemin du succès

L’entraîneur valaisan est un homme respecté et écouté. Et si Camille Rast s’est installée parmi les meilleures techniciennes de la planète, c’est en grande partie grâce à lui. « Son œil avisé, son expérience et sa personnalité m’ont permis de grandir et de progresser », assure la skieuse. Denis Wicki n’a d’ailleurs jamais hésité à remettre sur le droit chemin sa protégée lorsqu’elle semblait s’en éloigner par le passé. « Je voyais son talent et sa capacité à performer. Mais il manquait deux ou trois éléments sur lesquels nous avons travaillés également avec Florian Lorimier pour trouver le chemin du succès. » L’humilité était l’un des termes qui revenait souvent. « C’est une base importante de travail. Par le passé, elle pouvait se montrer parfois désagréable auprès des coaches si elle ne parvenait pas à performer. Mais elle a changé. Maintenant, elle est la première à venir vers moi pour me demander si elle peut ranger des portes ou savoir quoi travailler. »

Désormais, Camille Rast possède toutes les cartes en main pour encore franchir un palier. Physiquement, mentalement, toutes les pièces du puzzle s’imbriquent. Reste à savoir jusqu’où cette mécanique de précision pourra la porter ces prochaines années, peut-être déjà jusqu’à l’or olympique en Italie.

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo