Face aux douleurs, à cette piste Olimpia delle Tofane qu’elle n’appréciait guère et à la pression, Camille Rast a répondu en championne pour sauver le clan féminin d’un zéro pointé en remportant l’argent du slalom. Une performance qu’elle dédie à son entraîneur Denis Wicki, qui va prendre sa retraite.
Sur le podium avec sa médaille d’argent du slalom entre les mains, Camille Rast aura sûrement fait un petit clin d’œil en direction du staff suisse et plus particulièrement à l’attention de Denis Wicki. Car c’est pour l’entraîneur de Vercorin, celui qui la suit au quotidien, que la skieuse de Vétroz s’est dépensée corps et âme sur cette piste de l’Olimpia delle Tofane qu’elle abhorrait. « Je voulais tellement cette médaille pour Denis, car c’était sa dernière course. Je suis heureuse d’y être parvenue. Partager cette médaille avec lui, c’est génial. »
Denis Wicki peut ainsi partir à la retraite le cœur léger. Après Michelle Gisin, dorée en combiné à PyeongChang et à Pékin, le coach valaisan se voit offrir un dernier cadeau. Car il n’y a pas de miracle. Si Camille Rast est devenue l’une des meilleures techniciennes du monde, avec désormais l’argent olympique qui est est venu se rajouter à l’or mondial de slalom, c’est grâce au travail fourni ces dernières années et mené de front avec son entraîneur. « Son œil avisé, son expérience et sa personnalité m’ont permis de grandir et de progresser », nous glissait-elle avant le début de ces Jeux. Un regard a toujours suffi pour que le coach et sa protégée se comprennent. « Avec les années, un simple geste suffisait », ajoute-t-elle après son exploit olympique. « Avec Denis, on se comprenait et il était mon équilibre. Moi qui ai toujours eu tendance à vouloir tout, tout de suite, il m’apportait du calme et a su me cadrer pour avancer étape par étape. »
Une forte pression pour sauver le clan féminin
Une saine collaboration, en toute franchise, entre la Vétrozaine et son entraîneur, comme lorsque ce dernier lui a fait comprendre il y a deux ans que l’humilité était une force de travail pour devenir une championne. Une championne qui a toujours su conserver son caractère. Lorsqu’elle a quelque chose à dire, elle le dit tout haut. À l’image de ses propos tenus ces derniers jours, répétant son désamour avec cette piste olympique de Cortina d’Ampezzo qu’elle jugeait « trop plate et trop courte ». « Camille aime dire les choses frontalement », reconnaît son papa Philippe. Pour sa maman Marlène, c’est aussi une forme de carapace, « pour relativiser et s’ôter de la pression ».
Car Camille Rast portait le poids de toute l’équipe de Suisse féminine de ski alpin. Après les sept médailles rapportées de Pékin, les craintes d’un zéro pointé helvétique augmentaient au fur et à mesure que les courses s’enchaîner. « Il y avait beaucoup d’attentes », reconnaît la Valaisanne qui se dit « soulagée » pour elle et pour toute l’équipe d’être parvenue à décrocher cette belle médaille. D’autant plus que cette pression s’était accentuée après le géant où elle manquait le bronze pour 37 centièmes. « Pour moi, ça a été une semaine assez difficile. J’étais très déçue après le géant. Et avec cette piste que je n’apprécie pas, il y avait pas mal de paramètres qui laissaient penser que ces Jeux n’étaient pas forcément tous au vert. Je voulais encore répondre présente dans ce grand rendez-vous. »
En mode compétition
Mais dès qu’elle met un dossard sur le dos, la technicienne valaisanne se transforme. Les douleurs à la hanche et au pouce droit ou l’environnement qui entourait ce slalom sont vite oubliés au profit de la performance. Camille Rast est une bête de course et l’a encore prouvé ce mercredi. Même si de son propre aveu, elle a « manqué d’explosivité », peinant à sortir de sa zone de confort sur le premier parcours, elle est parvenue à canaliser cette énergie sur la seconde. Et surtout à s’amuser sur ce tracé qu’elle avait jusqu’ici détesté, pour aller arracher une belle médaille d’argent, derrière l’intouchable Mikaela Shiffrin. « Rentrer avec une médaille autour du cou, derrière Mikaela qui a été très très forte, c’est positif. Je peux être satisfaite du travail accompli. J’ai été la seule à la battre cette saison, je me réjouis de retourner en Coupe du monde pour reprendre notre bataille. » Sans celui qui l’a menée vers les sommets, mais toujours avec la soif de progresser et d’atteindre les sommets.
Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo
