Le Français a enchaîné un énorme week-end à Kitzbühel avec un premier podium de Coupe du monde à Schladming. Avec ça, il peut encore espérer aller aux Jeux olympiques. Mais même si ce n’est pas le cas, il profite de chaque moment. Et du fait qu’il a réussi à battre Marco Odermatt. Entretien.

Alban Elezi Cannaferina vit un mois de folie. Déjà 14e du super-G de Kitzbühel ce week-end, puis 12e de la descente, et enfin 3e du géant nocturne de Schladming – son premier podium de Coupe du monde – le Français avait clairement de la peine à réaliser ce qui lui arrivait mardi soir au milieu des projecteurs et des 20,000 spectateurs agglutinés dans le stade de la Planai. À l’interview presque une heure après la fin de la course, l’incrédulité mais aussi le bonheur et la fierté se lisaient encore sur son visage.

Sur une piste qui était une véritable patinoire – des conditions qu’il affectionne particulièrement – le skieur de 22 ans a réalisé une superbe performance dans la nuit autrichienne pour afficher le meilleur chrono de la seconde manche. Et il n’a pas caché son souhait de décrocher le 8e ticket pour les Jeux olympiques récupéré à la dernière minute par l’équipe de France. Après un petit tour au fameux Tenne, le fameux bar après-ski de Schladming.

Alban Elezi Cannaferina, que représente ce premier podium de Coupe du monde pour vous?

C’est un rêve d’enfant, c’est quelque chose qui m’a animé depuis tout petit, qui m’a donné envie d’aller travailler tous les étés, d’aller sur les glaciers. On est tellement nombreux dans ma génération à avoir été au Pôle France, à s’entraîner dur, mais les places sont chères. C’est pour tous mes potes qui ont arrêté que je dédie ce podium. J’espère qu’il y en aura plein d’autres, mais celui-là, ici, à Schladming, c’est sûr que je m’en souviendrai.

Les nocturnes de Schladming, avec cette ambiance de folie et ces 20,000 fans, ça a une saveur toute particulière.

Je pense que faire son premier podium à Schladming c’est plutôt pas mal choisi comme endroit! J’ai toujours regardé les courses ici, depuis tout petit. J’ai des souvenirs des slaloms qui sont gravés dans ma mémoire. L’année dernière, c’était ma première fois ici, et je n’ai pas réussi à prendre la qualification. Mais j’étais bluffé à la deuxième manche en regardant l’ambiance autour de moi. Je me suis dit que j’avais envie de vivre déjà une deuxième manche, mais d’être sur un podium si vite: je l’espérais dans mes rêves, mais je n’y croyais pas.

Vous avez vécu une montée fulgurante ce mois-ci. Est-ce que vous arrivez à réaliser, est-ce ce que vous aviez imaginé dans votre carrière?

C’était un peu ce que j’avais en tête, on ne va pas se le cacher. Ça a toujours été mon rêve d’être là parmi les meilleurs. Je m’en suis toujours senti capable, même dans les moments compliqués. Et ça n’ira jamais trop vite. Je ne vais pas me priver de griller les étapes et de passer directement d’une 11e place à une 3e. Je pense qu’il y a des choses qui se sont passées ce dernier mois sur moi-même, sur comment j’apprends de jour en jour à mieux me connaître. Et je pense que mon fonctionnement est en train d’être vraiment clarifié. Aujourd’hui, on en a le résultat et c’est juste génial.

Avec cette 3e place, vous êtes dans une très belle position pour décrocher ce 8e ticket français pour les Jeux olympiques qui s’est libéré lundi soir.

J’espère qu’elle sera pour moi. En tout cas, j’ai tout donné en ce mois de janvier, entre Wengen, Kitzbühel, et maintenant ici. À l’arrivée, j’ai bien regardé David Chastan (ndlr: le directeur alpin de la fédération française) et je l’ai bien pointé du doigt. Déjà, à la première manche, je lui ai dit en rigolant que je voulais ma place et que j’allais aller la chercher. On verra demain après le slalom. Dans tous les cas, ce sera juste une superbe semaine et un super beau mois de janvier pour moi. Je n’ai pas envie de stresser, je vais plutôt profiter. Les sélections, on les regardera quand elles sortiront. Si ce n’est pas pour maintenant, ce sera pour 2030.

Vous partagez ce podium avec Loïc Meillard et vous avez relégué Marco Odermatt au pied de la boîte à 0″36. Qu’est ce que ça fait d’être en si belle compagnie?

Loïc c’est quand même un grand nom du ski. C’est un skieur magnifique à regarder, techniquement, il est juste incroyable. En plus, il est sur la même marque de ski que moi (ndlr: Rossignol). Du coup, j’en entends souvent parler par les chefs, un petit peu de « Loïc dit ça, Loïc dit ci » sur les skis, sur les chaussures, etc… Il a été super gentil, m’a félicité, m’a dit que c’était incroyable, qu’il fallait que je profite. Et je suis devant Marco! Je ne sais pas quoi dire, c’est fou. Il me montre la voie de ce que j’ai envie de réaliser un jour, de faire trois disciplines au plus haut niveau. Il gagne tout, il a les Globes et les gros Globes. C’est celui qui m’a montré qu’avoir un projet géant-vitesse, c’était possible. Être devant lui, c’est dingue. Je suis trop content.

Sim Sim Wissgott, Schladming