Seuls sept skieurs français chez les messieurs pourront aller aux Jeux olympiques à Milan-Cortina le mois prochain. La nouvelle a sidéré les athlètes et entraîneurs tricolores cette semaine, alors qu’ils espéraient obtenir 11 places. Des décisions difficiles vont devoir être prises, et plusieurs bons candidats vont devoir rester chez eux.

Alexis Pinturault devra-t-il suivre les Jeux olympiques de son canapé? Quels autres skieurs français n’auront pas la chance de participer au grand rendez-vous sportif de l’année, même en ayant réalisé un gros résultat cet hiver? C’est la problématique qui tourmente athlètes et entraîneurs français en cette fin du mois de janvier. Alors que le délai pour soumettre les sélections de chaque pays est lundi, l’équipe tricolore est confrontée à un scénario difficile: seuls sept skieurs alpins auront le droit de faire le voyage en Italie chez les messieurs, selon les quotas finaux publiés cette semaine – un chiffre bien bas quand on pense aux résultats qu’ils ont déjà réalisés cet hiver. Par comparaison, la Suisse et l’Autriche auront droit au quota maximum de 11 athlètes masculins, tandis que la Norvège et l’Italie auront droit à 10.

« Ça me fait chier! Ça me fait chier parce que ce n’est pas normal », a lâché Blaise Giezendanner en marge du super-G de Kitzbühel vendredi. Le skieur de Chamonix ne se sentait pas concerné par les quotas – malgré sa 14e place en descente à Val Gardena en décembre – mais il était remonté pour ses coéquipiers. « Il y a des gars qui font des super courses et qui ne vont pas y aller… Quand on se met une pression au début de l’année, qu’on nous annonce qu’on sera 11, qu’on ne sera que 10, finalement qu’on sera sept… Qui est capable de mettre sept noms sur une liste? »

Des performances solides

Bonne question. Rien qu’en regardant les classements de Coupe du monde dans les différentes disciplines, on trouve sept Français dans le top 15. Mais c’est sans compter les athlètes qui n’ont peut-être pas été réguliers sur toute la saison mais qui ont tout de même signé quelques bons résultats – et qui pourraient surprendre et performer le jour J si on leur donnait la chance. Des athlètes comme Thibaut Favrot (5e en géant à Sölden et 8e à Beaver Creek), Mathieu Bailet (5e en super-G à Val Gardena), Adrien Théaux (9e en descente à Val Gardena), Flavio Vitale (10e en géant à Sölden) ou Maxence Muzaton (11e en descente à Wengen, 13e à Beaver Creek).

Trop de slalomeurs?

Pour l’heure, les slalomeurs Clément Noël (le champion olympique en titre, avec une victoire et deux podiums cet hiver) et Paco Rassat (deux victoires, un podium) semblent presque certains d’aller aux Jeux. Tout comme Léo Anguenot (un podium en géant) et Nils Allègre (deux fois 4e cet hiver, en descente et en super-G). Au-delà de ça, tout est possible. Nils Alphand, Steven Amiez et Victor Muffat-Jeandet ont aussi de bonnes chances. Mais il se peut qu’un slalomeur soit sacrifié au profit d’un spécialiste de vitesse pour pouvoir présenter trois équipes françaises en combiné.

« Ça m’inquiète », a avoué Luc Alphand vendredi. « Tout le monde parlait d’un quota de 11 qu’on a toujours eu aux Jeux. Là, sept, ça va être terrible. C’est rien! Je trouve ça dérisoire. C’est même incompréhensible », a souligné l’ancien champion, en plaignant d’avance le directeur du ski alpin de l’équipe de France, David Chastan, qui devra trancher.

Changer les choses à l’avenir

La problématique n’est pas survenue du jour au lendemain. Les quotas et les critères – qui ont été décidés par le Comité international olympique – étaient connus en début de saison, y compris le fait qu’avoir des skieurs qui s’alignent dans plus d’une discipline serait un atout. Mais la France espérait jusqu’au dernier moment récupérer des places cédées par d’autres nations. « C’était à nous, à la Fédération, de bien se préparer et d’amener les garçons à ce qu’ils fassent deux disciplines », a regretté le triple vainqueur de Kitzbühel.

« Il faudra que la Fédération s’adapte, en essayant de travailler bi-discipline », a encore ajouté celui qui a participé à trois Jeux olympiques. « Parler avec le CIO, essayer de changer les quotas aussi, parce que là, on se retrouve avec des situations un peu rocambolesques: des ‘petits’ pays avec trois skieurs, comme le Brésil, et d’autres grosses nations, avec de vrais bons coureurs qui risquent de ne pas aller aux Jeux. » Outre sa star Lucas Pinheiro Braathen, le Brésil n’a aucun skieur en Coupe du monde.

Des Jeux sans Alexis Pinturault?

Mais alors que sur le Cirque blanc, ce sont les résultats qui comptent, les Jeux olympiques visent une participation plus élargie. Cela pourrait être au prix de quelques grands noms. Comme par exemple Alexis Pinturault, un triple médaillé olympique qui a signé trois top 15 cet hiver mais qui représente peut-être un nom de trop dans une discipline technique pour l’équipe de France.

Une situation intenable, s’est énervé Blaise Giezendanner. « Il y a des gars qui skient très bien qui ne vont pas aller aux Jeux, qui vont être comme moi, qui vont regarder à la télé et qui vont se dire ‘putain, pourquoi?’. » On en saura plus lundi.

Sim Sim Wissgott, Kitzbühel