Jean-Marc Chabloz a élu domicile avec sa famille en Scandinavie depuis près d’un quart de siècle. L’ancien biathlète romand, aujourd’hui à la tête de l’équipe de Suède, savoure pleinement sa vie dans le grand Nord. Rencontre en marge des épreuves olympiques avec le Montreusien.

L’œil droit collé à la jumelle, Jean-Marc Chabloz ne quitte pas Elvira Öberg des yeux au moment décisif. À chaque balle lâchée par sa protégée, il replace ses petits pions sur le tableau aimanté, schéma des cibles, en esquissant une petite moue frustrée à la vue de la Suédoise, candidate au podium de l’individuel, commettre une erreur dès son premier passage au pas de tir d’Antholz.

Pas le temps de ruminer. Une caméra et une journaliste, micro en main, se pressent derrière le coach suisse des Scandinaves. C’est du direct: la télévision nationale SVT souhaite avoir le plus rapidement possible, et en direct, l’analyse du coach helvétique sur la performance de son athlète. Avec le sourire, il s’y plie, dans un suédois parfait, dont seul l’accent trahit ses origines vaudoises. « Alors, ça c’est clair et net, je n’ai pas perdu mon accent », nous confie en rigolant celui qui a grandi sur les hauteurs de Montreux.

Le bonheur avec ses chiens dans la nature scandinave

Aujourd’hui, à près de 2’000 kilomètres du lac Léman, Jean-Marc Chabloz a trouvé son équilibre. Il mène une vie aussi paisible que passionnante, dans les environs d’Östersund, là où se trouve le poumon du biathlon suédois. Cela fait désormais 23 ans que le Vaudois habite en Scandinavie, après avoir suivi sa femme suédoise, une fois sa carrière terminée. « Quand j’ai arrêté la compétition, on avait décidé de s’installer en Suède. Cela a été un vrai changement: quitter sa famille et ses amis. » Dans le Grand Nord, c’est un environnement totalement différent, presque dépaysant. Lorsqu’il ne se trouve pas sur un pas de tir, il chasse avec ses chiens d’arrêt ou passe du temps dans les montagnes environnantes. « Ce ne sont pas des gros sommets, mais on trouve notre bonheur avec ma femme. J’aime la nature et la simplicité. »

Et en Suède, il est servi. Mais un quart de siècle après avoir quitté sa Suisse natale, le cœur sportif de Jean-Marc Chabloz est toujours helvétique, du moins en grande partie. « Si on parle de biathlon, je suis clairement pour la Suède, il n’y a pas de discussions. Mais pour le reste, je vibre pour la Suisse. Ce matin encore, j’ai savouré le titre de Franjo von Allmen lors du super-G. » La vie d’un entraîneur est si intense que le temps lui manque malheureusement pour venir régulièrement au pays. Il profite du passage chaque hiver de la Coupe du monde au Grand-Bornand, en France voisine, pour voir sa maman, sa famille et ses potes qui vivent toujours sur la Riviera.

Les frissons de la compétition

Jean-Marc Chabloz, c’est six participations olympiques, quatre en tant qu’athlète, sans manquer aucune édition entre Albertville 1992 et Salt Lake City 2002, puis deux en tant que coach de l’équipe de Suède à Pékin et, donc, ici à Milan-Cortina, ou plutôt à Antholz où se déroulent les compétitions de biathlon. « J’aime vraiment être là derrière la lunette, ressentir cette responsabilité. Je ne suis pas nerveux, mais je me réjouis de chaque course. Rien que d’en parler, ça me donne des frissons », savoure celui qui fait partie du staff des quatre entraîneurs de l’équipe « Tre Kronor » depuis désormais six ans. Un job où il est adepte du « coaching de proximité », en construisant une véritable relation de confiance avec ses athlètes. « Ce n’est pas seulement technique, régler une carabine ou une position, c’est beaucoup de discussions, de travail mental. Et ça, j’adore. »

Contrairement à de nombreuses équipes, il n’y a pas de distinctions de genres. Dans le groupe suédois, hommes et femmes se côtoient à l’entraînement, mais également en dehors des compétitions. « Nous avons de la chance car nous avons une équipe soudée, athlètes et entraîneurs », acquiesce le Vaudois. « Nous sommes une grande famille et c’est ce qui fait notre force. » Ce n’est pas un hasard, si le pays qui a enfanté Magdalena Forsberg, l’une des plus grandes biathlètes de l’histoire, fait partie des meilleures nations de la planète lorsqu’il s’agit de skier, carabine sur le dos.

Plus qu’une équipe, une vraie famille, cette équipe de Suède pour Jean-Marc Chabloz. (Kevin Voigt/Zoom)

Trouver le bon équilibre entre famille et biathlon

Aujourd’hui, la succession est assurée par les sœurs Elvira et Anna Öberg, Anna Magnusson et Sebastian Samuelsson, entre autres. Et naturellement, après avoir récolté quatre breloques lors des derniers Championnats du monde à Lenzerheide, les ambitions sont élevées en Italie. « Nous avons l’objectif de ramener au moins une médaille chez les filles et une autre chez les garçons », confie Jean-Marc Chabloz, même si ses troupes n’ont pas encore débloqué le compteur. « Mais on sait aussi qu’on veut rentrer avec plusieurs médailles. »

Après les Jeux olympiques, il sera l’heure de tirer le bilan pour le Montreusien de 58 ans. « Je sais que j’arrive un tournant. J’aimerais continuer à entraîner, mais il faut aussi que je me pose les bonnes questions. » Dans la balance, comment pouvoir profiter davantage de sa famille, tout en conciliant un job dévorant. « Je suis absent environ 130 jours par an, ma femme s’occupe des chiens à la maison et ça pèse. Je ne suis pas opposé à repartir pour un nouveau cycle olympique. Mais il faut trouver le bon compromis. J’adore coacher, mais j’ai aussi envie de profiter d’autres choses, de la montagne, de notre nouveau chalet que l’on vient de construire près d’Åre, d’autres petites occupations comme la chasse ou le métier de guide. » Toujours le regard affûté, qu’il s’agisse de traquer le gibier ou les dixièmes de seconde au pas de tir.

Johan Tachet, Antholz