Oubli de veste, grosse fête et futur tatouage, Gregor Deschwanden a vécu une folle soirée après avoir décroché la médaille de bronze sur petit tremplin. Vingt-quatre heures après son exploit, le Lucernois revient sur la plus grosse performance de sa carrière.

Le repos du médaillé, ce n’est pas pour tout de suite pour Gregor Deschwanden. Au lendemain de sa fantastique médaille de bronze sur le petit tremplin, le Lucernois a bravé la fatigue pour entreprendre les deux et demie de route qui séparent Predazzo, le site de saut à ski, et Cortina d’Ampezzo, le second centre névralgique de ces Jeux. Au programme, la tournée des télévisions suisses, et même internationales, puis une petite réception à la Maison suisse pour présenter sa breloque scintillante. Vingt-quatre après son exploits, le sauteur de Horw n’a pas encore totalement atterri. Interview.

Gregor Deschwanden dans ses oeuvres. (Michel Cottin/Zoom)

Gregor Deschwanden, comment s’est déroulé votre soirée après avoir reçu votre médaille de bronze?

On est restés ensemble en équipe et on a pris d’assaut un bar à Predazzo. On a trinqué, mangé des spécialités italiennes. Après un moment comme celui-là, c’est important de célébrer ensemble. Et honnêtement, cette saison, on n’avait encore pas eu énormément de raisons de faire la fête, alors on a pleinement profité de celle-ci.

Vous avez quand même réussi à dormir la moindre?

Oui, j’ai dormi. Mais aujourd’hui, que je sois un peu fatigué ou pas, ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est d’avoir partagé ces émotions en équipe. Et ça, on l’a fait.

Vous parlez beaucoup de réussite collective, pas seulement d’une médaille personnelle...

Oui, clairement. Si on regarde les résultats du concours, tous les Suisses engagés se sont retrouvés en finale. Tout le monde a fait de bons sauts. Bien sûr, cette médaille est la mienne, je ne vais pas l’offrir au physio (rires), mais derrière, il y a énormément de personnes. Toutes ont contribué à ce que je puisse monter sur le podium. Ma performance est aussi une façon de les récompenser.

Il paraît qu’il vous est arrivé une mésaventure. Vous avez oublié de prendre une veste pour le podium?

Effectivement (rires). c’est mieux d’être préparé. On dit souvent qu’il faut être confiant et être confiant, c’est aussi prendre ses vêtements de podium avec soi. J’ai pu en emprunter une, heureusement. D’ailleurs, le coach m’a même demandé si j’avais pris un peu de poids, mais j’ai pu l’enfiler. Après la première manche, je me suis même dit : “Tu es quatrième et tu n’as rien avec toi”. Je me me suis remis dans mon concours, d’abord je saute et ensuite j’avise.

Vous avez annoncé vouloir vous faire tatouer si vous réussissez à décrocher une médaille. C’est toujours le cas?

Oui, oui. Je n’ai pas encore fixé ce rendez-vous, mais je tiendrai parole. Je dois encore réfléchir à la forme que ça prendra. Je ne veux pas quelque chose de trop “olympique” ou trop évident. Peut-être quelque chose de simple. Je ne sais pas où je vais le faire non plus ce tatouage. En tout cas, pas sur le visage ni sur la poitrine. Je ne suis pas vraiment un homme à tatouages. Peut-être sous le genou ou entre l’épaule et le bras.

Le dernier Suisse médaillé olympique en saut à ski, c’est Simon Ammann. Et à chaque fois, il était monté à nouveau sur le podium sur grand tremplin, après y être parvenu sur le petit (ndlr: le Saint-Gallois a été quadruple champion olympique en 2002 et 2010)…

Les chances sont là. Il faudra refaire de bons sauts samedi. J’ai désormais plus de confiance en moi. Disons que je me lance avec plus d’assurance que sur le petit tremplin. J’arrive mieux à reproduire ma technique quand ça compte.

Avec un peu de recul, qu’est-ce que représente cette médaille?

C’est une forme de récompense pour une longue carrière, avec peu de grandes récompenses sur les grands événements. J’avais eu un podium aux European Games (ndlr: il avait pris la médaille de bronze lors des Jeux européens d’été en 2023 à Wisla), mais c’est un événement estival, ça compte… et en même temps pas vraiment. Les Jeux olympiques, c’est le plus grand événement en saut à ski. Gagner une médaille ici, tout le monde en rêve. Mais à la fin, il n’y a que trois places… ou quatre, si on compte les ex æquo (ndlr. Gregor Deschwanden partage la 3e place avec le Japonais Ren Nikaido), soit à peine 6 ou 7% des sauteurs. Je suis heureux d’avoir ça maintenant. C’est quelque chose de durable, auquel je pourrai repenser avec fierté. Même si la vie après le sport ne doit pas se résumer au passé, j’ai quelque chose qui marque un chapitre important de ma vie.

La médaille est encore intacte, on a vu que certaines se sont cassées…

Oui, je n’ai pas trop joué avec, on m’a dit qu’il y avait un mécanisme fragile à l’intérieur. Mais je pense qu’elle va rester en bon état. Désormais, elle est en sécurité.

Lorsque l’on voit que Simon Amman est toujours compétitif à 44 ans, vous êtes encore jeune pour gagner encore des médailles avec dix ans de moins?

(rires) Théoriquement, oui. Mais je connais aussi mes limites. Ces prochaines années, il y aura beaucoup de jeunes talents capables de gagner des médailles. Pour moi, c’est surtout beau que ça ait fonctionné maintenant. Je ne me vois pas forcément sauter encore dans dix ans comme Simon. Mais cette médaille me donne clairement un boost, en motivation et de la confiance. Et ça, je veux l’emporter avec moi pour la suite.

Johan Tachet, Cortina d’Ampezzo