La Vaudoise abordait ses cinquièmes Jeux olympiques sans être à 100%. Mais poussée par ses nombreux fans et sa famille qui ont fait le déplacement à Livigno, la skieuse de Villars, qui se sentait sous pression, est venue décrocher une magnifique médaille d’argent.
Les larmes de détresse de Pékin ont séché, elles ont été remplacées par des larmes de bonheur à Livigno. Quatre ans après sa rocambolesque disqualification – après avoir finalement récupéré cette médaille de bronze qui lui était due auprès du TAS -, Fanny Smith s’est arrachée pour orner son cou d’argent. « Cette médaille représente beaucoup. Cet argent a un goût exceptionnel », concède la Vaudoise qui remporte un troisième métal olympique (avec le bronze de PyeongChang et et de Pékin donc). Un authentique exploit lorsque l’on songe que les spécialistes de skicross n’ont qu’une seule chance de s’illustrer aux Jeux, contrairement à la grande majorité des sports. « Il y a une certaine fierté d’être toujours là, d’être constante et d’aller chercher une troisième médaille olympique dans notre sport. Il y a tellement d’incertitudes. Pour le moment, je suis la seule à avoir trois médailles olympiques. » Des médailles qui complètent huit titres mondiaux, dont deux sacres individuels, et quatre Globes de cristal. Tout simplement énorme.
Pourtant, cette dernière récompense a peut-être été la plus difficile à aller conquérir. D’une part, à cause de nombreux problèmes dorsaux rencontrés ces derniers mois à la suite d’une blessure contractée l’été dernier. La porte-drapeau helvétique a dû se lancer dans un contre-la-montre après s’être bloquée le dos lors de l’étape de Coupe du monde de Veysonnaz, qui a précédé la course olympique. La skieuse de Villars a débarqué en Italie sans être à 100% de ses capacités physiques.
De la tension et une finale « au mental »
À Livigno, elle y a retrouvé un parcours peu à son goût, qui manquait de difficulté et qui privilégiait les gros gabarits. Elle s’était ouvertement montrée critique et elle l’assume. « Ma médaille ne changera pas ce que j’ai dit », sourit-elle. « Si je parle ainsi, c’est aussi parce que j’essaie de porter une voix pour notre sport. Je ne veux pas qu’il aille dans une mauvaise direction, donc je suis parfois critique. » Sur la piste, elle parvient à faire la part des choses, « à faire le taf », comme elle dit.
Vendredi, elle a enchaîné les manches, avec maîtrise, même si de son propre aveu, elle se sentait « très tendue » avant son premier run. « Je suis passée par un peu tous les états d’âme. En skicross, il y a six runs jusqu’à la finale, avec l’entraînement, la qualification, les différentes. Les temps d’attente sont longs jusqu’à la grande finale. J’ai vraiment essayé de lâcher prise, mais physiquement c’était très dur » La finale, c’est « au mental » qu’elle l’aborde, pour aller chercher cette magnifique médaille d’argent. « Je suis quelqu’un qui est toujours très dur avec moi-même. Même lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée, je me suis dit que j’aurais été tellement heureuse de remporter la médaille d’or. Mais au final, ça ne l’a pas fait pour pas grand-chose. Mais je n’ai aucun regret. J’ai tout donné aujourd’hui. »

Fêter avant de penser à demain
Car Fanny Smith ne skiait pas uniquement pour elle, mais pour sa famille, ses amis qui avaient fait le déplacement pour les premiers de ses cinq Jeux qu’elle disputait à quelques encablures de la maison. « Il y avait une pression générale », assure-t-elle. « Pouvoir avoir tout ce monde, à mes côtés, c’est exceptionnel de partager ça avec eux. Mon manager est venu d’Angleterre, un ami des États-Unis, Mon père est indépendant, donc il peut s’organiser, mais ma maman, qui est prof, a dû poser congé. Elle le fait pratiquement jamais, juste pour les Jeux olympiques. C’est vraiment spécial. »
La skieuse de 33 ans le promet, elle va fêter dignement avec toutes ces personnes qui l’ont accompagnée et poussée vers ce nouveau podium olympique. Avant de penser à aller chercher l’or en France dans quatre ans pour terminer sa formidable carrière sur la plus belle des notes? « Je suis extrêmement reconnaissante pour toute la carrière que j’ai eue, pour ce que j’ai apporté au sport et pour ce que le sport m’a apporté. Je suis toujours là aujourd’hui. Mais je ne sais pas où je serai demain. Pour l’instant, je profite simplement du moment présent.»
Johan Tachet/LMO, Livigno
