Alex Fiva s’est battu pour aller chercher une seconde médaille olympique. Un exploit pour le vétéran grison de 40 ans qui a énormément souffert dans sa quête argentée du jour. Réaction.
L’âge n’a pas d’emprise sur Alex Fiva. Le nouveau quarantenaire vient de décrocher une incroyable médaille de bronze sur une épreuve de skicross où il a fallu se battre. Le Grison rentre dans le cercle très fermé des athlètes de plus de 40 ans qui ont réussi l’exploit de remporter une médaille olympique. Une caste où l’on retrouve notamment la légende du biathlon norvégien Ole Einar Bjørndalen, qui avait régalé à Sotchi, mais également le snowboardeur autrichien Benjamin Karl, titré en parallèle, ainsi que les bobeuses américaines Elana Meyers Taylor et Kaillie Humphries, qui ont ajouté leur nom à la liste en Italie.
Le fruit de la maturité pour Alex Fiva. « J’avais l’habitude d’être mauvais dans les grands rendez-vous », rigole-t-il. On ne peut lui donner tort. Avant ses 35 ans, Alex Fiva n’avait remporté aucune médaille mondiale ou olympique en une douzaine d’années au plus haut niveau, accumulant pourtant de nombreux podiums en Coupe du monde. Le vainqueur du Globe de cristal en 2013 n’a jamais été l’homme des grands rendez-vous, de ces courses d’un jour, malgré tout son potentiel. Le Grison s’en accommodait très bien. Tout a changé en février 2021. Enfin, le skieur de Parpan est parvenu à se libérer le jour-J pour devenir champion du monde à Idre Fjäll en Suède. Une année plus tard, il se paraît de l’argent olympique à Pékin. « Et maintenant, je les adore ces événements majeurs. »
Des jambes qui brûlaient
C’est d’ailleurs son expérience qui lui a permis d’aller chercher le bronze à Livigno, sur cette piste indigne d’une compétition olympique. « Putain, ça n’avançait pas. » Dès les huitièmes de finale, Alex Fiva s’est fait surprendre par la lenteur du tracé qui n’était déjà pas très pentu. « J’avais des crampes, mes jambes me brûlaient. Je me demandais comment j’allais survivre aux prochains tours. »
Son vécu lui permet de revoir sa stratégie. Plus question d’attaquer dès les premiers modules, mais de laisser souffler les jambes pour faire la différence en fin de parcours. « Après mon quart, où j’ai manqué mon départ, je savais que j’avais la possibilité de revenir depuis l’arrière. Je savais que ce n’était pas facile. Mais cela m’a permis de changer mentalement mon approche de la course et c’est ce qui m’a permis d’atteindre la finale. » Le Grison a ainsi remporté son quart et sa demi-finale, tout en gestion. Il n’a rien pu faire cependant en finale pour combler le retard accumulé dès le départ sur les Italiens Simone Deromedis et Federico Tomasoni, même s’il s’est arraché pour revenir sur le bas de parcours.

Les tournées de Simone Deromedis
Mais Alex Fiva s’est battu, non seulement contre ses adversaires, mais également contre les éléments et contre lui-même. « C’était ma pire course. Je crois que je sens mon âge actuellement », dit-il dans un petit sourire malicieux en revenant sur le poids de ses 40 ans. « J’ai l’habitude de dire que c’est juste un nombre. Mais aujourd’hui, cela l’était davantage. Je l’ai vu aux modules de départ, je me disais que ce n’était pas l’idéal pour moi. » Le champion olympique Simone Deromedis, du haut de ses 25 ans, se dit « impressionné » par son aîné et sa capacité d’être toujours performant. « Il est impressionnant. Je ne sais pas si je serai comme lui dans quinze ans. Mais cela me donne de l’espoir de tenir aussi longtemps que lui. »
Après avoir combattu sur la piste, les deux hommes se retrouveront pour fêter ce soir à Livigno. « Simone (Deromedis) a promis de payer toutes les tournées », se marre Alex Fiva qui ne va pas se faire prier pour boire un ou deux petits verres mérités avec le duo italien. Avant de se replonger dans le quotidien de la Coupe du monde. Jusqu’à quand? Le vétéran grison ne se fixe pas encore une date de sortie. « Ce serait super d’être encore présent pour les Jeux dans quatre ans. Mais mon âge est élevé. Je vais voir comment ça se passe, ce que je ferai ensuite. Je suis ouvert à toutes les possibilités. » Et comme Alex Fiva se bonifie avec le temps, il pourrait encore nous surprendre dans les Alpes françaises en 2030.
Johan Tachet
