Le Genevois aura l’honneur d’ouvrir le portillon lors du slalom d’Adelboden dimanche. Pour la première fois, Tanguy Nef s’élancera parmi les sept meilleurs spécialistes de la planète.du virage court, avec l’objectif de cueillir ce premier podium en Coupe du monde qui s’approche toujours davantage. Interview.
Tanguy Nef a réussi son premier pari de l’hiver. Le Genevois vient d’intégrer le cercle très fermé des sept meilleurs slalomeurs du monde. Au tirage, il a même hérité du dossard numéro 1 ce dimanche sur la Chuenisbärgli qu’il apprécie, comme en témoignent ses 6e (2021) et 8e (2025) places dans l’Oberland bernois. À 29 ans, le slalomeur du bout du lac semble mûr pour fêter un premier podium en Coupe du monde. D’ailleurs, il n’en est pas passé loin, une nouvelle fois, mercredi dans la nuit de Madonna di Campiglio. Et si son moment arrivait devant son public? Interview.
Tanguy Nef, trois jours après le slalom de Madonna di Campiglio où vous terminez 10e après avoir été sur le podium provisoire à l’issue de la première manche, qu’est-ce qui domine: la satisfaction d’un nouveau bon résultat ou la frustration d’être passé si près du podium?
Il y a un peu des deux. Pour les téléspectateurs, c’était sans doute frustrant, parce qu’on n’a pas l’habitude de ne pas voir de Suisses sur le podium, surtout que c’était à portée de main après la première manche. D’ailleurs, je me suis vraiment senti libéré sur ce premier tracé. Ma copine m’a même dit que j’avais volé sur la piste. En deuxième manche, c’était un peu plus compliqué. Le tracé me convenait moins et même si on n’a pas forcément envie de l’accepter sur le moment, ce n’était pas optimal.
Qu’est-ce qui a fait la différence en deuxième manche?
Quand j’ai analysé la course, j’ai vu Clément Noël (ndlr: qui a remporté le slalom de Madonna) partir juste devant moi avec le couteau entre les dents pour aller gagner. Moi, je n’étais pas tout à fait dans cette attitude. J’ai aussi su que certains de mes coéquipiers étaient partis à la faute, notamment sur un passage très glacé et délicat. Ça m’a un peu crispé. On a donc décidé d’ajouter un peu plus de carre. Le résultat n’est pas mauvais en soi, je termine à deux dixièmes d’un très bon classement, et à trois dixièmes du podium. Ce sont des détails, mais je n’étais pas prêt à prendre ce genre de risque à ce moment-là.
C’est frustrant de savoir que le podium était jouable?
Oui, forcément, parce qu’on sait qu’on était capable de faire quelque chose ce jour-là. Mais il faut aussi être patient et réaliste. Si je pars désormais dans le top 7, c’est grâce à la constance des deux dernières saisons. C’est ça qui, au final, paie en slalom. À Madonna, les choses ne se sont pas alignées, mais je reste très positif et très motivé pour la suite. Je sais que le moment viendra et il faudra le saisir.
La gestion de la pression entre les deux manches est-elle encore un apprentissage ?
Je commence à y être habitué. Je me suis raté plusieurs fois, mais j’ai aussi vécu des expériences très positives. L’an dernier aux Championnats du monde, grâce à Alexis Monney, je me suis élancé en dernier pour aller chercher une médaille lors du combiné par équipes. Ce sont toutes ces expériences qui permettent ensuite d’être plus lucide, de savoir où prendre des risques et où ne pas en prendre. Cette balance n’est pas encore parfaite, mais je n’ai aucun regret par rapport à Madonna.
Vous avez changé de réglages entre les deux manches. Pourquoi modifier un matériel qui avait bien fonctionné quelques heures plutôt?
C’est un choix qui peut être critiqué, mais on pensait que c’était le bon. Il y avait un passage extrêmement glacé, presque comme une vitre, où j’avais déjà failli sortir en première manche. Je ne pouvais pas me permettre de tomber à cet endroit-là. On a donc ajouté un peu de carre. Peut-être que ça m’a fait perdre un peu de légèreté et quelques dixièmes, mais on ne regrette pas cette décision.
Techniquement, on parle de détails invisibles pour le public…
Exactement. On parle de quelques centimètres à l’avant et à l’arrière de la fixation qui font la différence. Ce sont des détails, mais à ce niveau-là, ils comptent énormément.
Vous allez désormais vous élancer dans le top 7 pour la première fois de votre carrière lors du slalom d’Adelboden. Qu’est-ce que cela change?
Fondamentalement, ça change beaucoup de choses. C’était un objectif de la saison d’être dans le top 7 en janvier. Bon, j’ai eu une course de retard, mais j’y suis parvenu. C’est là qu’on entre vraiment dans la cour des grands. On peut commencer à prendre davantage de risques, tout en restant lucide. En première manche, on peut peut-être un peu gérer, puis attaquer plus fort en deuxième. Mais je reste réaliste, il y a aussi des adversaires très solides derrière moi et il faudra être à la hauteur.
Est-ce que cela signifie que vous allez vraiment vous lâcher désormais?
Oui, c’est clair. À un moment donné, il faut prendre des risques, sinon on se fait dépasser. Mais je ne vais pas non plus oublier ce que j’ai construit ces deux dernières saisons. On va rester sur de bonnes bases et espérer que certaines choses s’alignent. Si je me sens à l’aise sur mes skis et dans les conditions, les choses devraient venir assez naturellement.
Adelboden arrive ce week-end, une piste qui semble vous convenir si on se fie à vos résultats lors des saisons précédentes.
J’aime beaucoup skier ici. On est porté par la foule, c’est un sentiment unique. Pour nous, les Suisses, c’est un honneur particulier de s’élancer sur cette piste et dans ce mur final. Ça donne automatiquement envie d’aller chercher la pente et de briller.
Johan Tachet, Adelboden
