Si le Grison s’est qualifié pour la descente olympique au détriment du Zurichois à la faveur d’un meilleur entraînement ce jeudi sur la Stelvio, c’est surtout l’esprit apaisé des des deux hommes qui transparaissait dans l’aire d’arrivée. Réactions.
Disputé sous un soleil fringant ce jeudi, le deuxième entraînement en vue de la descente olympique de Bormio samedi a livré son verdict dans le camp suisse. Sans réelle surprise, Stefan Rogentin a obtenu son ticket, en devançant Niels Hintermann de 0″43 après une minute et demie de course, au temps intermédiaire qui était pris en compte par les entraîneurs. Fin du « drama » donc au sein de l’équipe helvétique, alors que le Zurichois avait regretté dans un premier temps la manière de procéder du staff avant de s’excuser dans la soirée.
Stefan Rogentin: « J’ai pu faire ce que je voulais »
« C’était un peu comme une course pour moi », a rappelé Stefan Rogentin, 25e dans la discipline reine il y a quatre ans à Pékin. « Ma descente était bonne, j’ai pu faire ce que je voulais. J’avais aussi de bonnes sensations sur les skis et c’était agréable de descendre ici sous le soleil. C’était quelque chose de tout à fait nouveau. » Le Grison n’a pas été perturbé le moins du monde par la polémique de la veille. « Je ne me suis pas occupé de ce sujet. Je m’attendais à ce qu’il y ait une qualification, et il y en a eu une avec les personnes désignées. »
Le skieur de 31 ans espère par ailleurs que l’entraînement de vendredi sera annulé pour se reposer, une situation probable au vu de la météo annoncée. « C’est une descente épuisante, même si tu vois un peu plus, même si c’est peut-être un peu moins rapide que d’habitude », rappelle-t-il. « C’est tout de même tout très difficile. Donc je ne dirais pas non à un jour de repos. » Surtout que le 10e du dernier classement général de la Coupe du monde disputera le super-G mercredi et probablement le combiné par équipe lundi.
Niels Hintermann: « Je n’ai jamais eu l’intention de nuire à qui que ce soit »
Bien que déçu de ne pas pouvoir avoir sa chance samedi, Niels Hintermann semblait soulagé de pouvoir se livrer devant la presse ce jeudi. « J’aurais aimé participer mais c’est ainsi, je l’accepte. Je pensais initialement rester jusqu’à lundi en attendant une éventuelle participation au combiné mais dans les circonstances actuelles, je crois que je préfère rentrer à la maison. « Hier, j’étais extrêmement en colère, puis je me suis mis en colère contre moi-même d’être en colère en skiant, car j’ai réalisé à quel point cela me bloquait », a avoué le Zurichois dans un long monologue. « Je n’ai jamais eu l’intention de nuire à qui que ce soit. J’ai simplement explosé émotionnellement hier et je n’ai pas réalisé à quel point cela prendrait de l’ampleur dans les médias. Je n’ai pas eu le temps de réagir dans l’après-midi mais à un moment, ma femme m’a écrit: ‘Tu devrais peut-être ouvrir les yeux et voir ce qui se passe’. C’est là que j’ai réalisé qu’il y avait pas mal de commentaires méchants. »
Le colosse de Hausen am Albis a poursuivi. « Cela ne me dérange pas que l’on ne m’aime pas ou que l’on me trouve antipathique. C’est le droit de chacun, mais… j’ai commis une erreur et ce n’était pas mon intention. J’ai remarqué qu’une véritable guerre faisait rage dans les commentaires. Et ce n’était absolument pas mon but. À mon avis, le sport est là pour rassembler les gens, pas pour les diviser. Je voulais donc clarifier que de mon côté, je ne suis absolument pas contre Alexis (ndlr: Monney) ou Stefan (Rogentin). Je leur souhaite à tous les deux de réussir, ce sont tous les deux des skieurs de classe mondiale. En plus, Alexis est clairement le meilleur en ce moment ou cette année. Il est mieux classé, c’est simplement la manière dont a été communiquée la décision qui m’a énervée. »
Enfin, Niels Hintermann a tenu à mettre définitivement un terme à cette affaire. « Aucun d’entre nous n’est parfait, tout le monde fait des erreurs », a-t-il rappelé. « Le problème, c’est que mes erreurs sont rendues publiques, contrairement aux vôtres. Et je suis assez grand et je ne suis certainement pas assez fier pour ne pas m’excuser. C’est ce que j’ai fait. Ceux qui acceptent mes excuses, merci beaucoup. Et ceux qui ne les acceptent pas, je suis désolé, je ne peux rien faire de plus. J’espère que vous êtes tous, quelque part, les personnes parfaites que vous prétendez être. Les choses vont probablement rentrer dans l’ordre si je ne surmonte pas cette épreuve maintenant. »
Laurent Morel, Bormio
