Vingt-huit ans après le bronze de sa maman Colette Brand, le Zougois a remporté la médaille d’argent en saut acrobatique. Il écrit l’histoire de son sport au terme d’un concours splendide. Réaction.

L’histoire est belle. Lors des Jeux olympiques de Nagano, en 1998, Colette Brand arrachait la médaille de bronze en saut acrobatique, huit ans après avoir décroché l’or à Albertville, alors que les aerials étaient un sport de démonstration. Cette fois, 28 ans plus tard, la Zougoise a vibrer aux exploits de son fils Noé. Le prodige helvétique a pris la deuxième place de la finale des Jeux olympiques à Livigno, échouant à un souffle du titre.

« C’est un rêve d’enfant qui se réalise », a avoué la souriant skieur de 26 ans. « Je suis extrêmement fier. » Le champion du monde en titre, entraîné depuis de longues années par son papa Michel, a eu une grosse pensée pour sa famille, présente en bas des tremplin. « C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’émotions et je suis tout simplement heureux d’avoir pu réaliser ça avec mon père, surtout que je ne sais pas s’il sera encore là dans quatre ans. » Michel Roth, qui portait un t-shirt « complete the mission » (réussis la mission) confirme. « Ce sont mes dixièmes Jeux olympiques », rappelle l’entraîneur national. « En quelque sorte, la boucle est bouclée. Je pense que je ne serai plus à cette place dans quatre ans. »

« J’aime sauter sous pression »

En difficulté lors de la qualification matinale (« ce furent les 20 minutes les plus stressantes de ma vie »), lors de laquelle il a terminé 12e et dernier qualifié (à l’image de Mathilde Gremaud en slopestyle il y a quatre ans à Pékin), Noé Roth a su élever son niveau au fil des tours, pour terminer tout proche de l’or grâce à un dernier back double full – double full – full. « J’aime sauter sous pression, je suis généralement meilleur, c’est une de mes forces », a souri le Zougois en zone mixte. « Je savais que je pouvais le faire, même s’il est vrai que j’étais très nerveux avant ce dernier saut. »

Lorsque ses notes sont tombées, on a senti une pointe de déception pour Noé Roth, qui n’était pas loin de mériter l’or, finalement remporté par le Chinois Xindi Wang. « Il y a une toute petite frustration de ne pas être tout devant mais après réflexion, je crois que ça m’est un peu égal. » Après avoir été félicité par ses proches dans un hôtel de Livigno, le Zougois est passé sous la tondeuse comme de nombreux membres de l’équipe. À la sortie? Un mulet digne des plus beaux du pays.

Malgré plusieurs reports durant la semaine en raison de la météo, Noé Roth a su garder son calme. « C’est évidemment un petit peu pénible pour la tête », admet-il. « Mais cela m’était déjà arrivée il y a quelques années en Géorgie (ndlr: aux Championnats du monde en 2023, qu’il a remportés). Je savais que je pouvais gérer. Je crois que ça m’a donné un bon pressentiment. Je n’étais pas forcément au top ces derniers jours, mais aujourd’hui, je me sentais vraiment bien. J’étais confiant et très excité. »

Briller en équipe

Cette médaille récompense aussi la grande famille du ski acrobatique helvétique, qui brille depuis plusieurs années dans une ambiance très familiale autour de Noé Roth et Pirmin Werner. « C’est vrai, ça récompense toutes ces années de travail, d’amitié », confirme Noé Roth. « Tout l’équipe donne son maximum tous les jours pour Pirmin et moi et j’en suis hyper reconnaissant. Cette médaille est aussi pour tout le staff. J’aurais juste espéré que Pirmin puisse aussi monter sur le podium. » Le Zurichois a manqué son « hurricane » lors de la finale 2, échouant à la 5e place, après avoir déjà terminé 4e il y a quatre ans à Pékin. « Je suis évidemment déçu pour lui car il est comme un fils pour moi et il a fait une petite erreur qui lui coûte une médaille alors qu’il est tellement fort », a déclaré Michel Roth. « Mais ce qu’on a réussi, avec nos moyens dérisoires en comparaison de la Chine, c’est exceptionnel! »

Pour lui comme pour son binôme et Lina Kozomara, il reste encore l’épreuve par équipe de samedi, lors de laquelle la Suisse peut rêver de médaille. « Il faut encore mettre les bouchées doubles », rappelle Noé Roth, très motivé. « En équipe, tout est possible et je me réjouis beaucoup. Ensuite, on fera la fête. »

Laurent Morel, Livigno