La Neuchâteloise peinait à contenir sa joie à Bormio après avoir décroché une première médaille olympique historique lors de l’épreuve féminine de sprint. C’est un rêve qui se réalise pour la championne du monde Réaction.
Les très nombreux succès de Marianne Fatton ne l’ont pas préparée à un tel succès. Ce jeudi, elle est devenue la toute première championne olympique de ski-alpinisme sur la mythique Stelvio de Bormio. Comme Franjo von Allmen et Loïc Meillard. À l’heure de recevoir sa (lourde) médaille d’or – « je commence à avoir mal au dos », la Neuchâteloise était euphorique, bondissante, et juste un tout petit peu incrédule. Réaction de la skieuse de 30 ans, qui s’est confiée après avoir pris trois minutes pour manger une petite barre céréalée au cœur des sollicitations médiatiques auxquelles elle a dû faire face.
Marianne Fatton, vous êtes la première championne olympique de votre sport. Est-ce que vous réalisez?
Oui, gentiment. Après, je ne sais pas encore trop ce que ça signifie parce que c’est la première fois que je participe aux Jeux olympiques et voilà, c’est évidemment aussi ma première médaille olympique. Je ne sais pas ce qui s’est passé! C’est incroyable. J’y ai tellement cru et ça s’est réalisé.
C’est le plus beau jour de votre vie?
Je pense que ça rentre en concurrence avec les Championnats du monde à Morgins. Toute ma famille et mes proches étaient là et j’ai gagné. Aujourd’hui, c’est peut-être un niveau au-dessus, c’est plus prestigieux, mais les deux sont magnifiques.
Comment s’est déroulée la finale? Racontez-nous.
Je me suis dit qu’il fallait rester au contact jusqu’à la fin des portions techniques, des diamants, et qu’ensuite ce serait mon moment. Quand j’ai remis mes skis après les escaliers et que je suis repartie en tête, je savais que je devais tout donner. Je me suis répétée: « Maintenant, tu n’as plus d’excuse! Vas-y! » Je n’avais plus rien, mais il fallait quand même tout donner et rester devant.
Vous avez particulièrement travaillé les transitions. C’est ce qui a payé aujourd’hui?
Oui, j’ai bien réussi mes transitions, donc je suis contente. J’ai vraiment beaucoup travaillé cet aspect, très dur, et ça me fait plaisir d’avoir réussi à tout poser correctement.
Que s’est-il passé dans votre tête au moment de franchir la ligne d’arrivée?
Au début, je me suis simplement dit que j’étais arrivée première et que c’était incroyable. Puis je me disais que ce n’était pas possible, parce que je n’avais encore fait aucun podium en sprint cette saison. Il y avait comme un combat dans ma tête: « tu l’as vraiment fait? »
Vous êtes devenue championne d’Europe en 2024, du monde en 2025 et olympique en 2026. Comment faites-vous pour être si forte lors des grands rendez-vous?
C’est complètement fou, c’est vrai. Quand on y pense, j’ai gagné trois sprints ces trois dernières années, les plus importants. Sinon, je n’ai rien gagné. Honnêtement, je ne sais pas comment j’y arrive. Avant le sprint aujourd’hui, j’essayais même de me rappeler comment j’avais fait l’année passée à Morgins pour mon titre mondial, mais je n’avais pas de réponse. Alors j’ai arrêté de réfléchir et je me suis dit: cours!
Cette joie vient aussi faire taire certaines critiques, qui regrettent que le ski-alpinisme soit représenté par le sprint aux Jeux olympiques?
Moi, j’adore le ski-alpinisme pour tout ce qu’il représente. C’est un sport très complet. Le sprint est une discipline spectaculaire et agréable à regarder, et pour nous aussi c’est vraiment fun à courir. Avec les spectateurs qui nous encouragent, c’est incroyable.
Justement, que pensez-vous de l’ambiance d’aujourd’hui?
C’était fou. Déjà au départ, quand ils nous appelaient pour aller sur la ligne de départ, tout le monde criait et on avait des frissons. J’ai adoré courir ce sprint. Je me disais déjà que c’était le plus beau sprint possible dans une carrière d’athlète. Alors avec la médaille en plus…
Quelles émotions vous ont traversée lors de la cérémonie de remise des médailles?
C’est vrai, des larmes sont venues. Je me suis dit que c’était complètement fou ce qui se passait.
À qui pensiez-vous à ce moment?
Je pensais à ma mère, qui a aussi participé aux Jeux (ndlr: l’ancienne fondeuse tchèque Anna Janoušková à Albertville en 1992). À mon copain, qui m’entraîne depuis quatre ans et qui donne tout pour moi. À son père aussi, qui a construit chez moi les escaliers sur lesquels je m’entraîne pour me préparer à cette course ici à Bormio. Je pensais à toutes ces personnes qui m’ont soutenue. Cette médaille est aussi pour elles.
Cette fois, votre mère a avoué que vous l’avez surpassée. Ça vous fait sourire?
Oui, parce que, pour moi, ma mère était tellement forte que ça semblait presque inaccessible. Elle reste incroyablement forte à mes yeux. Quand elle était jeune, elle n’était jamais fatiguée, elle nous tirait partout et nous a transmis cette passion du sport. Je suis très fière d’elle et heureuse aussi pour elle aujourd’hui.
Laurent Morel, Bormio/SSW
