Deux ans après les Mondiaux de Saalbach, les Autrichiens veulent prendre leur revanche sur les Suisses à Crans-Montana. Sans la pression de performer à domicile, ils comptent bien faire retentir l’hymne autrichien sur le Haut-Plateau. Certains ont même déjà fait un premier repérage des lieux. Rencontre.
L’an dernier, ce sont eux qui avaient le « Heimvorteil » – l’avantage, mais peut-être aussi la pression, de disputer des Championnats du monde à domicile à Saalbach. À Crans-Montana en février, Conny Hütter, Marco Schwarz, Manuel Feller et Cie sont bien décidés à faire vivre l’amicale rivalité austro-helvétique et à donner du fil à retordre aux skieurs à la croix blanche. Certains ont d’ailleurs profité de l’été pour prendre déjà quelques repères.
Lorsque leur camp d’entraînement à Saas-Fee en août a été écourté en raison de la fermeture du glacier, Marco Schwarz et ses collègues se sont aventurés du côté du Haut-Plateau et se sont essayés une première fois aux deux pistes des Mondiaux, la Nationale et la Mont Lachaux… à pied.
Une première reco
« On est remontés le long de la piste de descente des messieurs et on est redescendus du côté des dames, et c’était vraiment très cool », nous a raconté le polyvalent skieur lors de la traditionnelle journée médiatique de Ski Austria vendredi. « C’était comme une première reco: j’ai pu un peu visualiser la piste, j’ai pris beaucoup de photos, j’ai essayé de m’imprégner de l’endroit. Et je dois dire que les sensations étaient déjà très bonnes. »
Tandis que les techniciens découvriront la station valaisanne, qui n’a pas accueilli de slalom ou de géant en Coupe du monde depuis 2016, les spécialistes de vitesse se réjouissent déjà de revenir à Crans-Montana, où certains ont connu leurs premiers succès. « J’aime beaucoup cette piste qui est très technique. C’est là que j’ai signé mes deux premières victoires en Coupe d’Europe (ndlr: en 2018), alors je me réjouis beaucoup et j’espère être de la partie », a confié Ariane Rädler, qui a déjà goûté à la gloire parmi l’élite en se parant d’or dans le combiné par équipe aux Jeux olympiques en février.
Là où tout a commencé
Conny Hütter, également médaillée à Milan-Cortina, a une relation plus compliquée avec le Haut-Plateau: une grave chute lors de la descente en 2022 lui a causé une commotion cérébrale, un traumatisme crânien et des trous de mémoire. Mais cela est du passé, a insisté la Styrienne, qui s’apprête à disputer sa dernière saison sur le Cirque blanc. « Je n’ai plus du tout de sentiments mitigés concernant Crans-Montana. En fait, j’ai remporté deux médailles là aux Mondiaux juniors en 2011. Alors je me réjouis de terminer ma carrière avec un grand rendez-vous en Suisse, là où j’ai connu mes premiers succès internationaux. »
La skieuse de 33 ans espérera ajouter à la médaille de bronze en super-G qu’elle a décroché à Courchevel-Méribel en 2023 et sait ce qu’elle a à faire, étant déjà montée deux fois sur le podium en Valais. « C’est une piste très cool, très exigeante, très technique, mais il faut aussi pouvoir prendre de la vitesse avec soi. Bref il faut tout pouvoir: glisser mais aussi skier des virages très étroits, très raides. Je crois que cela donnera des courses passionnantes. »
La revanche autrichienne
Deux ans après le triomphe de l’équipe helvétique à Saalbach, les Autrichiens comptent prendre leur petite revanche quand les rôles seront inversés en février. « Ce n’est pas toujours un avantage de skier à domicile, ils vont avoir la pression », a noté le spécialiste de géant et de super-G Lukas Feurstein, en ajoutant, le regard espiègle: « Nous, on n’a rien à perdre! »
Pour Manuel Feller, Crans-Montana sera une découverte, mais l’habitué des podiums d’Adelboden et de Wengen pourra compter sur le solide soutien de ses nombreux fans helvétiques. « Je ne connais pas du tout la piste! Je n’ai encore jamais posé les pieds à Crans-Montana, je connais seulement à travers la TV. Mais j’adore les courses en Suisse, j’adore le public suisse. Et mes enfants ont un passeport helvétique, alors ce seront presque des Mondiaux à domicile pour moi », s’est amusé le slalomeur, qui a depuis peu retrouvé la neige après des problèmes de dos. Les Suisses seront bien sûr les favoris en février, « mais je ne vais pas leur faire de cadeau! » a-t-il promis.
Qui gagnera le plus de médailles?
Marco Schwarz a bien l’intention de remettre les pendules à l’heure en Valais: « J’espère qu’on va entendre l’hymne national autrichien en Suisse, parce que l’hymne suisse a quand même été joué très souvent à Saalbach. » Pour rappel, les skieurs helvétiques ont décroché 13 médailles, dont cinq en or, dans la station salzbourgeoise, contre sept médailles dont deux en or pour les Autrichiens.
La gentille rivalité entre les deux pays va bon train. « Vous êtes nos voisins préférés, alors on doit se taquiner un peu mutuellement », a noté en rigolant Conny Hütter. « J’espère qu’on finira devant la Suisse au tableau des médailles. C’est tout de même important », a renchéri Ariane Rädler. Ses prévisions: « Neuf médailles pour l’Autriche, huit pour la Suisse. » Le champion du monde en titre en géant, Raphael Haaser, est plus ambitieux: « Tout! On va tout rafler. » Vivement février!
Sim Sim Wissgott, de retour de Pasching
